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Finissons cette semaine musicale en poursuivant notre conversation avec Francis Wolff, professeur de philosophie à l'ENS de Paris, qui sera rejoint ce soir par le pianiste Bertrand Chamayou. Ensemble, ils concluront notre ballade dans l'univers de la musique en s'intéressant de plus près à l'instrument.

Où est-on quand on écoute de la musique ?
Où est-on quand on écoute de la musique ?

Certaines personnes, comme c’est le cas pour Bertrand Chamayou, ont ce qu’on appelle l’oreille absolue. *« L’oreille absolue, on ne peut pas la maîtriser : c’est une façon * * différente * d’écouter de la musique , explique Francis Wolff, c’est la mémoire des fréquences. » Votre cerveau arrive à déterminer qu’un ‘la’ est un ‘la’. D’emblée, c’est comme si on vous soufflait le nom des notes. « Chaque fois que j’entends une musique , approuve Bertrand Chamayou, j’ai le nom des notes qui s’affiche. Mais l’oreille absolue ne fait pas un bon musicien. C’est un phénomène assez rare, même si plus répandu chez les musiciens. »

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Ce qui est important, c’est d’avoir l’oreille relative, poursuit le philosophe. « La musique n’est pas un son. La note la plus belle au monde ne peut être que ce qu’elle est, une note. » La musique, donc, « c’est quand on crée une différence, un intervalle. Une note en elle-même n’a pas de sens musical, même si elle a un sens sonore très important. »

Bertrand Chamayou et Francis Wolff
Bertrand Chamayou et Francis Wolff
© Radio France - Corinne Amar

Selon Francis Wolff, il faut comprendre une musique pour l’apprécier. *« Pas nécessairement comprendre de manière conceptuelle. Mais plus vous entendez ce qui en elle représente tous les niveaux de musicalité, plus vous en jouissez. » * Il n’y aurait donc pas de grand plaisir musical qui ne suppose qu’on comprenne de façon perceptive la musique. Et Bertrand Chamayou de renchérir : la musique peut à la fois s’apprendre mais aussi se ressentir individuellement : « il faut alterner des phases de perception intuitive avec des phases plus explicatives ou éducatives. »

Où est-on quand on écoute de la musique ? « On n’est pas dans un monde spatial mais dans un monde temporel, estime Francis Wolff. On peut imaginer un monde de musique qui ne serait pas spatial (même si la musique a besoin d’espace), mais on a surtout besoin que le temps se ramasse sinon on n’entend pas la continuité musicale. »

Aujourd’hui, la musique peut s’écouter partout, tout le temps. « Même si on écoute la musique trop fort , poursuit le philosophe. Or plus on écoute fort, moins on entend bien, on entend moins certaines fréquences. Mais ce n’est pas si mal de pouvoir entendre sur tous ces supports la musique que l’on aime. » Il y a quelques générations, on ne pouvait entendre que la musique qu’on faisait soi-même. « Nous pouvons entendre ce que nous voulons quand nous voulons, je trouve cela extraordinaire. Au casque par exemple, le fait de pouvoir se retirer dans la musique est un grand plaisir... »

Extraits sonores :

  • Gilles Deleuze, extrait d’une conférence donnée dans la cadre des mardis de la fondation Fémis, 17 mars 1987
  • Extraits des Valses nobles et sentimentales (1911) de Maurice Ravel, interprétées par Bertrand Chamayou extrait de son album Maurice Ravel : Complete Works for Solo Piano , Warner Classics, 2016

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Un peu de musique ? Bertrand Chamayou joue "Noctuelles", extrait de *Miroirs * de Maurice Ravel, pièce qu'il reprend dans son album Maurice Ravel, Complete Works for Solo Piano , à paraître chez Erato en janvier 2016 (enregistré le 4 juillet 2015 à la Maison de la Radio (Paris) pour France Musique).

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Hors-Champs - LA MUSICA
#1 : Peter Szendy

#2 : Peter Szendy et Grand Corps Malade

#3 : Vincent Delecroix et Agnès Gayraud (alias La Féline)

#4 : Francis Wolff

#5 : Francis Wolff et Bertrand Chamayou

Références

L'équipe

Laure Adler
Production
Didier Lagarde
Réalisation
Elodie Royer
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Corinne Amar
Collaboration