George Steiner à son domicile en 2012
George Steiner à son domicile en 2012 ©Radio France
George Steiner à son domicile en 2012 ©Radio France
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Second volet de la semaine consacrée à l'oeuvre de George Steiner. Le philosophe nous parle de ses maîtres à penser, de Husserl à Heidegger en passant par Céline.

En évoquant les personnes qui ont façonné sa pensée et construit sa personnalité, l'écrivain George Steiner effleure avec prudence la problématique de la séparation entre l'oeuvre et l'intellectuel.

Pour George Steiner, la rencontre entre poésie et pensée atteint son paroxysme chez le philosophe allemand Martin Heidegger : "Cet homme, pour moi, pose l'insoluble. Je ne comprends pas qu'un homme proto-nazi qui a clamé la beauté des mains d'Hitler soit aussi l'un des penseurs les plus importants qui soient dans l'histoire de la philosophie."

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Nous sommes tous sujets à des vanités, des flatteries, des peurs, des angoisses, des intermittences de la raison. Je préfère dire merci aux grandes œuvres, aux poèmes.

Grand lecteur de Louis-Ferdinand Céline, Steiner nous évoque la complexe dualité de certains grands penseurs : "Céline, avec Rabelais, est l'un des plus grands magiciens de la langue française. Il y a dans cet homme terrible des grandeurs poétiques d'invention. Il y a aussi une immense pitié humaine."

Steiner insiste sur l'importance de son ami et écrivain Arthur Koestler dans sa genèse personnelle. 

Koestler a changé l'histoire moderne. Très peu d'hommes ont vécu leur siècle comme lui. Il l'a incarné, dans sa rage, sa jalousie. Il l'a vécu de façon très cruelle et avec grande intelligence, mais avant tout avec un courage fou. George Steiner

A l'évocation du suicide, le philosophe se positionne avec assurance : "Pour moi l'euthanasie est le prochain grand pas. Nous sommes entourés de personnes enfermées dans la démence, dans l'Alzheimer... C'est la souffrance atroce pour leur famille, pour leurs enfants, pour la société autour d'eux. On a le droit de dire au revoir, mais on n'a pas le droit d'imposer à ses enfants ce fardeau angoissant, cette lente torture."

Je ne suis pas un grand homme mais j'ai eu la chance d'être ce que j'appelle le postino, j'ai eu la chance de porter le courrier des grands hommes. Je l'ai porté à mes élèves, à mes lecteurs, et ça c'est une joie et un privilège énorme. George Steiner

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