Marie-Hélène Lafont
Marie-Hélène Lafont - Samuel Bernard Blatchley
Marie-Hélène Lafont - Samuel Bernard Blatchley
Marie-Hélène Lafont - Samuel Bernard Blatchley
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Romancière, Marie-Hélène Lafon célèbre, dans son univers, la ruralité et la paysannerie. Elle a reçu le prix Goncourt de la nouvelle pour son recueil "Histoires". Cette fille d’agriculteur-exploitant cantalous, professeure agrégée de littérature devenue romancière s'entretient avec Laure Adler.

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Si la carrière d’écrivain de Marie-Hélène Lafon n’a commencé que tard, elle a longtemps gardé le désir de partager l’univers dans lequel elle a grandi « Il m’est toujours apparu, (…) [que] si un jour je me mettais à l’écriture, (…) [je parlerais] de ceux qui sont les miens. ».

Du monde paysan, elle en évoque les maux et les angoisses : « j’ai toujours entendu scander sa mort » dit-elle. La paysannerie est-elle vouée à disparaître ? « Plus j’avance en âge, plus il m’apparaît que c’est une mutation profonde, radicale ». « Derniers indiens » d’une époque révolue, les paysans sont dans l’œil tourbillon des transformations actuelles. « On ne s’y reconnaît pas, on y perd son latin, on y perd le sens, et on y perd la confiance aussi. »

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Baisser les bras, regretter le passé, voilà l’écueil dans lequel Marie-Hélène Lafon ne souhaite cependant pas tomber. « Je ne peux pas uniquement écrire de la mort. En même temps, (…) il y a quelque chose qui s’invente. Une autre façon de vivre dans le monde rural et même dans le monde paysan. Et de revenir d’une certaine façon à la terre ; oui, de revenir en l’ayant choisie. »

Elle parle de son goût de l’écriture : « l’écriture c’est une affaire de corps. (…) Il s’agit pour moi d’incarner. Et si je veux que Joseph, [son personnage] s’incarne sur la page, il faut que ses gestes, sa façon d’être, sa façon de s’asseoir, sa façon de travailler. (…) Il faut que tout soit à plat, sur la plage, et que le lecteur s’en sente saisi ». Maîtresse de l’anaphore, elle ajoute : « Le sujet c’est le corps, le corps des gens, le corps des bêtes, le corps des pays, le corps du temps, c’est-à-dire la lumière, les saisons, la nuit, l’hiver, l’odeur de la rivière par exemple. »

Lorsqu’elle se lance dans l’écriture, Marie-Hélène Lafon a d’abord posé un pied timide dans la nouvelle. « parce que je croyais très naïvement que c’était plus facile parce que c’était moins long » avoue-t-elle. Elle en vient ensuite au roman, et y voit un nouvel élan, un nouvel espace de liberté ; mais aussi de travail méticuleux. « Cette idée de repousser le point le plus loin possible et de donner de l’ampleur et de l’amplitude à la phrase. D’une façon, même très grammaticale parfois, parce que j’ai le goût de la grammaire… »

http://www.lamontagne.fr/auvergne/mag/culture/livres-bd/2016/05/09/la-cantalienne-marie-helene-lafon-goucourt-de-la-nouvelle_11906077.html

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