France Culture
France Culture
Publicité

"Il cinema […] è fondato dunque sul tempo: e obbedisce perciò alle stesse regole che la vita: le regole di una illusione. Strano a dirsi, ma questa illusione bisogna accettarla. Perché chi […] non l’accetta, anziché entrare in una fase di maggiore realtà, perde la presenza della realtà: la quale dunque consiste unicamente in tale illusione."

"Le cinéma [...] est donc fondé sur le temps, et c'est pourquoi il obéit aux mêmes règles que celles de la vie : les règles d'une illusion. C'est étrange à dire, mais il faut l'accepter, cette illusion. Parce que [...] si l'on ne l'accepte pas, au lieu d'entrer dans une phase de plus grande réalité, on perd la présence même de la réalité, laquelle consiste donc uniquement en une telle illusion."

Publicité

Pier Paolo PASOLINI, Perché quella di Edipo è una storia , in Edipo Re , Garzanti (Milan), 1967

**Episode 2 : Le travail par les images, ** avec Bertrand Bonello et Hervé Joubert-Laurencin

Théorème
Théorème

« Il n’a jamais appris le cinéma ni dans une école ni comme assistant, mais il a appris sur le tas, à une vitesse incroyable, * explique Hervé Joubert-Laurencin. Avant de réaliser son premier film – qui est un long-métrage en plus, * Accatone – il a travaillé six ans comme scénariste. C’est quelqu’un qui corrigeait les scénarii des autres. »

Pour Pier Paolo Pasolini, le cinéma est une langue de plus, comme le dit Bertrand Bonello : « Pasolini, c’est la langue avant tout c’est cela qui l’obsède. Il passe de la poésie au roman, du frioulan à l’italien. A quarante ans, il se dit qu’il a besoin d’une autre langue, il passe donc au cinéma, pour raconter les obsessions qu’il a depuis l’âge de 7 ou 8 ans. Il choisit le cinéma car il sent qu’il y a là quelque chose de plus universel. »

Bertrand Bonello évoque l’un des films cultes de Pasolini, Théorème , sorti en 1968 : « Deux ou trois ans avant, il écrit déjà en quelques pages ce que sera * Théorème, dans un texte autobiographique intitulé * Qui je suis* : le film est exactement tel que Pasolini l’avait décrit dans ce texte, c’est incroyable. Ce film devient vraiment un théorème, quelque chose que l’on ne peut plus démonter. »*

Hervé Joubert-Laurencin, lui, nous explique que Salò , le dernier film de Pasolini sorti en 1976, est un film radicalement différent de tous les autres *« parce qu’il est très maîtrisé, et c’est là le sujet. Sade, c’est la maîtrise totale. Le film est tenu dans un corset, c’est un film très dur, très calculé, très géométrique pour faire mal au spectateur. La question est : est-ce qu’on est capable de le revoir ? » * Le film est une extrême provocation mais justement « pas une provocation du spectateur mais de la censure, ceux qui veulent éviter les sujets difficiles et graves. »

« Quand il fait un film, il y a deux choses qui sont importantes pour lui : le décor et le visage, explique Bertrand Bonello. Il ne s’est jamais trompé sur un visage. Le visage est un peu le plus beau décor de cinéma. * L’Evangile selon saint Mathieu est fait de visages. » * Et il revient sur l’association fréquente chez Pasolini de musique sacrée et de personnages prolétaires, « comme si l’on disait que le réel était sacré. »

Pour Bertrand Bonello, « c’est un cinéaste qui n’a pas fait « d’enfant ». Antonioni ou Fellini en ont fait des dizaines, il y a une ‘méthode Antonioni’, une ‘méthode Fellini’. Pasolini, c’est comme une météorite qui arrive, qui explose quand elle disparaît, et il n’en reste que des fragments… »