France Culture
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**"Si apre come un'aurora ** "Et Rome s'ouvre comme

**Roma, dietro le spirali del Tevere, ** une aurore, derrière les courbes du Tibre,

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**gonfio di alberi splendidi come fiori, ** gonflé d'arbres splendides comme des fleurs,

**biancheggiante città che attende i non nati, ** blanchoyante ville qui attend ceux qui ne sont pas nés,

**forma incerta come un incendio ** forme incertaine comme un incendie

*nell'incendio di una Nuova Preistoria." ** * dans l'incendie d'une Nouvelle Préhistoire."

Pier Paolo PASOLINI, "Poesia in forma di rosa/Poésie en forme de rose", in Poésie en forme de rose , Rivages (Paris), 2015, traduit de l'italien par René de Ceccatty

Episode 3 : Dans l'atelier de pensée de P. P. P. , avec Georges Didi-Huberman

Accatone
Accatone

« C’est un très grand artiste, un de ces artistes qui ont modifié la pensée même, non pas seulement de leur propre art, mais de l’art en général, explique Georges Didi-Huberman. Il a inventé un style de pensée, c’est un grand poète. Je suis fasciné par le rapport qu’il a établi entre ses images et sa poésie. » Et d’ajouter : « Faire une image ou un poème, c’est faire effraction, c’est faire sauter les frontières. »

Le geste fondamental de Pier Paolo Pasolini, c’est justement cela, l’effraction : « Cela veut dire qu’on brise les frontières et qu’on se soulève. Sa façon même de prononcer avec douceur le mot « * polizia » * (« police » en italien, ndlr)* est une effraction. Ce mélange de douceur et de violence, et cette douceur est très importante. »*

Cette question du geste est fondamentale dans l’identité propre du cinéma de Pasolini. Ce geste peut être celui de mettre en lumière des gens et des langages que le cinéma ne donne pas à voir ou à entendre : « Il a un grand respect du langage populaire Pasolini se déplace du centre, c’est-à-dire la langue italienne normalisée. Ce qu’il aime chez Dante, c’est justement la présence de tous les jargons. »

Il se déplace aussi géographiquement : *« il va tourner dans les banlieues de Rome. Il dit que parmi les plus beaux jours de sa vie, il y a les repérages pour * Accatone pour lesquels il allait en banlieue, parlait avec les gens, prenait des photos. »

Georges Didi-Huberman revient également sur l’emploi de la tragédie dans le cinéma de Pasolini : « Pour lui, la tragédie n’est pas classique. C’est ce moment académique où l’on a décidé qu’il y aurait un genre qu’on appellerait la tragédie et un autre la comédie. Tout cela n’existe pas dans la Grèce antique. Pasolini réassume, avec une modernité absolue, quelque chose qu’on a pu voir comme un archaïsme. »

Pasolini idéalise l’archaïque mais il envisage « l’absolue jeunesse de ce qui est très ancien. Il ne cherche pas l’antiquité en arrière, mais l’antiquité en avant. » En réalité, « Pasolini voit dans des éléments supposément archaïques des opérateurs révolutionnaires… »