France Culture
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"La cosa più importante della mia vita è stata mia madre.

**- Le si è raggiunto solo ora Ninetto - **

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Nel '42 in una città dove il mio paese è cosi se stesso

da sembrare un paese di sogno, con la grande poesia dell'impoeticità,

formicolante di gente contadina e piccole industrie,

molto benessere,

buon vino, buona tavola,

gente educata e grossolana, un po' volgare ma sensibile,

in questa città ho pubblicato il primo libricino di versi

col titolo allora conformista di Poesie a Casarsa.

[...]

Era scritto in dialetto friulano!

Il dialetto di mia madre!

*"La chose la plus importante de ma vie *

  • a été ma mère*

- à laquelle s'est ajouté maintenant seulement Ninetto.

En 42, dans une ville où mon pays est tant lui-même

qu'il me semble un pays de rêve,

avec la grande poésie du non-poétique,

fourmillant de paysans et de petites industries,

beaucoup de bien-être,

bon vin, bonne chère,

gens polis et rustres, un peu vulgaires

mais sensibles,

*dans cette ville, j'ai publié mon premier *

petit recueil de vers,

sous le titre, alors confirmiste,

de Poésies à Casarsa.

[...]

*[Il] était écrit en dialecte frioulan ! *

Le dialecte de ma mère !"

Pier PAOLO PASOLINI, "Who is me. Poeta delle Ceneri"/"Qui je suis" in Qui je suis , Arléa (Paris, 1994), traduit de l'italien par Jean-Pierre Milelli

E pisode 5 : Un peu de Pasolini en nous , avec René de Ceccatty, Hervé Joubert-Laurencin, Bertrand Bonello, Stanislas Nordey et Arnaud Meunier

Salò ou les 120 journées de Sodome
Salò ou les 120 journées de Sodome

Au matin du 2 novembre 1975, Pier Paolo Pasolini est retrouvé massacré sur une plage d’Ostie, près de Rome, assassiné brutalement. Un jeune homme de dix-sept ans est arrêté et reconnaît sa culpabilité, avant, quelques années plus tard, d’avouer avoir été manipulé et forcé à s’accuser. Aujourd’hui encore, les meurtriers de Pasolini restent inconnus et les circonstances de sa mort troubles.

Son assassinat est survenu à un moment très particulier de sa vie personnelle et de l’histoire de l’Italie. Dans la péninsule, depuis 1969, une série d’attentats ont assombri le paysage politique, une période qu’on nommera « les années de plomb », et déjà la justice a du mal à fonctionner. Quand Pasolini est assassiné, « il est très visible, explique René de Ceccatty. Il avait écrit des textes très violents dans le * Corriere della Sera, notamment sur le lien entre la mafia et la Démocratie chrétienne. »*

Beaucoup s’interrogent donc sur une possible raison politique à un tel assassinat. Car Pasolini ne cesse d’être au centre de discussions, débats, colloques, ouvrages : on décortique son œuvre cinématographique, on découvre son talent de poète et de dramaturge, on cherche à comprendre qui était l’homme Pier Paolo, un créateur plein de lumière, et d’ombres aussi. « De son vivant, précise Hervé Joubert-Laurencin, il était très critiqué en Italie, il s’est mis beaucoup de gens à dos, il n’avait pas peur de dire les choses, beaucoup donc le détestaient. »

Il faut dire que Pasolini n’est pas seulement un cinéaste différent des autres, provocateur pour certains, génie pour d’autres, à une époque du septième art italien qui compte parmi ses rangs Fellini, Antonioni ou Visconti. Il est aussi pleinement engagé dans le débat public, et s’exprime avec une lucidité sans filtre sur la vie de son pays et sur le capitalisme qu’il déteste. D’ailleurs, dans son roman laissé inachevé, Pétrole , il anticipe déjà le berlusconisme et décrit un monde politique italien en train de changer, et pas nécessairement pour le mieux.

Pasolini aura aussi été ce fils éternel, lui qui n’a jamais voulu devenir un père. Il vit avec sa mère jusqu’à la fin, une mère qui joue un rôle fondamental dans son initiation à la poésie : Susanna Colussi Pasolini a écrit des poèmes, ainsi qu’un long récit de l’histoire familiale, que le jeune Pier Paolo a lus et a voulu imiter. Et ce n’est à personne d’autre que sa mère qu’il a fait jouer le rôle de la Mère avec un grand « m » dans L’Evangile selon Saint Matthieu .

Pasolini cinéaste, Pasolini dramaturge, Pasolini romancier, Pasolini engagé, Pasolini provocateur, Pasolini poète. C’est un homme complexe que cet Italien amoureux des mots qui a marqué l’histoire de l’art de son pays et qui inspira beaucoup d’artistes après lui : « il a été un grand modèle pour toute une poésie italienne mais aussi tout un cinéma, conclut René de Ceccatty*. Il est à la fois mystique et engagé, c’est un Christ engagé dans la vie terrestre. »*