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"La langue est comme une Nature qui passe entièrement à travers la parole de l’écrivain, sans pour autant lui donner aucune forme, sans même le nourrir : elle est comme un cercle abstrait de vérités, hors duquel seulement commence à se déposer la densité d’un verbe solitaire."

Roland Barthes, Le Degré zéro de l’écriture , 1953, in Œuvres complètes I. Livres, textes, entretiens 1942-1961 , Editions du Seuil, 2002. Page 177.

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Roland Barthes (1915-1980)... Figure majeure de la critique littéraire française, l'auteur de Mythologies , Le Degré zéro de l'écriture , Fragments d'un discours amoureux , Sur Racine marqua profondément notre approche à la littérature. Pour commémorer les cent ans de sa naissance, semaine spéciale dédiée à Roland Barthes. Pour ce premier épisode, entretien avec Tiphaine Samoyault, biographe du célèbre sémiologue.

Roland Barthes, 1930
Roland Barthes, 1930

La pensée de Barthes n’est pas autoritaire, pas dogmatique, explique Tiphaine Samoyault. « Il a beaucoup contribué à se rendre insaisissable. » A première vue, il a une vie qui peut paraître un peu ennuyeuse (il a vécu toute sa vie avec sa mère), « mais elle est beaucoup plus intéressante que ces quelques traits biographiques. »

Sa vie est marquée par des événements difficiles et notamment par la mort de son père à la guerre. « Dans ses archives personnelles, Barthes évoque beaucoup son père mort. » Mais aussi toutes ces années de la guerre passées dans un sanatorium isolé. « Ces deux histoires sont marquées par l’absence. Il entreprend une quête qui se caractérise toujours par une absence d’autorité. Ce qui se caractérise chez lui est son refus des idéologies oppressantes et oppressives. »

Sa relation à sa mère est forte, elle le définit, tout comme son rapport au corps. *« Il écrit à partir de soi puisqu’il ne s’autorise pas de raison extérieure. Ce soi implique le corps dans l’espace. » *

Pour Barthes, « être écrivain, c’est inviter chaque personne qui vous lit à le devenir aussi, c’est prendre en charge une part de l’autre. Il ne veut pas être dans l’autorité dans un champ de savoir » , poursuit Tiphaine Samoyault. Parfois il ne se disait pas écrivain, « il mettait l’écriture sous le désir » , et d’autres fois, il acceptait ce statut. « Il ne voulait pas se réfugier dans une seule identité... »