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"Garbo appartient encore à ce moment du cinéma où la saisie du visage humain jetait les foules dans le plus grand trouble, où l’on se perdait littéralement dans une image humaine comme dans un philtre, où le visage constituait une sorte d’état absolu de la chair, que l’on ne pouvait ni atteindre ni abandonner."

Roland Barthes, Mythologies , 1957, in Œuvres complètes I. Livres, textes, entretiens 1942-1961 , Editions du Seuil, 2002. Page 724.

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Nous poursuivons notre semaine d'exploration autour du grand sémiologue français Roland Barthes... Troisième épisode en compagnie d'Eric Marty, éditeur des œuvres complètes de Barthes. Il évoquera, au micro de Laure Adler, leur rencontre, son statut d'intellectuel, son travail sur les "signes" et sa place résolument singulière dans la pensée de son époque.

Roland Barthes, 1953
Roland Barthes, 1953

Eric Marty évoque le monde intellectuel de la France des années 1950 : « L’amitié était très présente. Une amitié qui ne doit pas être idéalisée puisqu’il y avait aussi des oppositions. L’amitié est nourrie par un sol historique très profond. » La particularité des Barthes, Lacan, Deleuze, Foucault, explique Eric Marty, est qu’ils ont tous été « dans des systèmes un peu marginaux du milieu universitaire. »

L’éditeur donne sa vision de l’intellectuel : « Il y a chez tout intellectuel des moments, des périodes, cela ne peut être un engagement à vie. L’intellectuel a des choses à dire à un moment et une fois qu’il les a dites, il doit aller vers d’autres terrains. »

Il poursuit en explicitant la pensée de Barthes : l’intellectuel a deux tentations, la tentation critique où le réel est dissout, et la tentation poétique. « La situation historique nous condamne à mettre de côté la poétisation du monde et à entrer dans cette position critique disant que les choses sont des simulacres purement idéologiques. »

Quand il écrit L’Empire des signes en 1970, Roland Barthes va donc poser le Japon dans cette poétisation (les corps, les signes…). « Le Japon apparaît comme l’espace où l’on cesse d’être un intellectuel critique et que l’on devient un intellectuel romancier qui dévoile l’être des choses et pas le simulacre des choses. »

Dévoiler l’état des choses, décortiquer les signes, tel fut le travail de Barthes : « Il est un grand penseur de signes, celui qui nous dévoile le monde, et c’est cela la fonction de l’intellectuel… »