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"Très souvent (trop souvent, à mon gré) j’ai été photographié en le sachant. Or, dès que je me sens regardé par l’objectif, tout change : je me constitue en train de « poser », je me fabrique instantanément un autre corps, je me métamorphose à l’avance en image. Cette transformation est active : je sens que la Photographie crée mon corps ou le mortifie, selon son bon plaisir."

Roland Barthes, La Chambre claire , 1980, in Oeuvres complètes V. Livres, textes entretiens 1977-1980 , Editions du Seuil, 2002. Page 796.

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Pour ce quatrième épisode, Laure Adler reçoit Colette Fellous, romancière, et Bernard Comment, écrivain, qui ont tous deux été les "élèves" ou "enfants" de Roland Barthes. Ils nous parlent du professeur Barthes, de souvenirs de ses conférences au Collège de France, et de la façon dont le sémiologue décortiquait les signes du réel.

Roland Barthes, 1975
Roland Barthes, 1975

Quand Barthes parle de lui-même, il semble hésiter sur le pronom à utiliser : « Il y a cette guerre entre comment être « je », être « moi », et comment garder une opacité. » , explique Colette Fellous. « On n’existe que par les autres , ajoute Bernard Comment. C’est très proustien. »

La présence de Barthes et l’importance de sa pensée sont encore très importantes aujourd’hui. « Il avait cet extraordinaire clarté dans des choses les plus complexes , explique Bernard Comment. Il pouvait se saisir d’objets conceptuellement complexes et nous donner les moyens de s’aventurer dans ces questions les plus complexes. C’était un professeur d’intelligence et aussi un professeur de vie. »

Selon Colette Fellous, Barthes professeur leur a transmis quelque chose de l’ordre d’un goût pour la « gourmandise du réel ». « Tout ce qu’il y a dans votre vie, les petites et les grandes choses sont à disséquer, à découper. Il nous a donné le bonheur de la culture et le plaisir du savoir. » Et en plus, précise Bernard Comment, « c’était un homme bienveillant et extrêmement gentil. »

Roland Barthes avait cette particularité d’être un écrivain qui a réfléchi sur ce qu’est l’écriture. *« Il critique et décortique cette machine du sens qui peut sembler une évidence, pour lui il n’y a jamais d’évidence. » * Depuis Mythologies , il défait les évidences, « tout ce qui semble aller de soi dans la langue et par la langue. La littérature va dans ce sens de l’interrogation des automatismes du langage. » Bernard Comment continue : « Jamais de jugement chez Barthes » : ce qu’il fait c’est « simplement entrer dans la littérature pour comprendre comment ça fonctionne… »