France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

Laure Adler s'entretient avec Yanik Lahens , romancière

Yannik Lahens
Yannik Lahens
© Radio France - Corinne Amar

Elle pose la question de l’altérité et du rapport d’Haïti au monde : « A partir d’Haïti, je comprends le monde. C’est un microcosme. Il y a à la fois le quart-monde, le tiers-monde, un monde ouvert sur l’Occident. A partir d’Haïti, je peux regarder défiler les interrogations d’aujourd’hui, les enjeux, la vulnérabilité, Haïti est une matrice des rapports nord-sud. »

Publicité

Le travail sur la langue et le rythme est un élément essentiel de son écriture. Elle explique d’ailleurs à propos de la langue au sein de la culture haïtienne : « C’est difficile de parler d’Haïti aujourd’hui, sans évoquer le créole. Car le créole, c’est un rythme, une respiration c’est le cœur d’Haïti. Je vois difficilement comment passer à côté de ce cœur. Dans mes textes, il a fallu trouver l’équilibre entre le français et le créole. »

Elle poursuit sur le mélange des langues en Haïti : « En Haïti, le français est une langue à laquelle nous sommes adossés depuis la fin du 18e siècle, il a donc un développement particulier. Aujourd’hui, le créole prend aussi de l’importance, avec certains jeunes qui ont un créole très pur car leurs parents ne sont pas francophones. D’un autre côté, avec notre diaspora, nous avons une littérature qui se développe en anglais et en espagnol. La langue c’est aussi l’ouverture, elle permet de comprendre le monde car toutes ces langues charrient des cultures, et je trouve cela très bien. »

Elle évoque les avancées sociales et politiques qui commencent à se produire en Haïti : « Aujourd’hui, il y a de petites avancées, même si cela ne fait pas la une des journaux. La question de l’éducation est une chose qui est prise au sérieux maintenant. L’avancée politique est visible, même s’il y a encore beaucoup d’obstacles. Le maillage routier est beaucoup plus développé. Ce qui reste à faire, c’est cette passerelle entre les gens de différentes sous-cultures et de différents milieux sociaux. »

*« Je ne suis jamais misérabiliste parce qu’on avance sans illusions mais sans renoncement. Cela explique la grande créativité artistique, dans l’écriture, la peinture, la sculpture, etc. C’est une manière d’avancer, d’opposer au malheur la force et la beauté. » *

Après le séisme en Haïti, elle s’est posé la question d’arrêter l’écriture : « Face à un tel séisme, je me suis dit : quel poids peut avoir les mots face à ce malheur ? Puis quelques heures plus tard, je me suis dit que si je n’écrivais pas, alors le malheur m’aurait eue deux fois... »

Références

L'équipe

Laure Adler
Production
Elodie Royer
Collaboration
Anne Kobylak
Réalisation
Corinne Amar
Collaboration