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Quinze ans après la tragédie du Koursk, plongée dans les souvenirs insubmersibles de l’amiral Lubin, retraité de la Royale. Un récit de vieux loup de mer aux yeux clairs, morceau de carnet de bord feuilleté le temps d'un après-midi, furtivement, silencieusement, comme dans un sous-marin.

Le Triomphant, sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de nouvelle génération de la marine nationale française
Le Triomphant, sous-marins nucléaires lanceurs d'engins de nouvelle génération de la marine nationale française
© Maxppp

Il y a quinze ans jour pour jour les 118 sous-mariniers du Koursk, ce fer de lance des sous-marins nucléaires russes, périssaient dans la mer de Barents. Après un incendie et une série d'explosions à bord, on dénoncera l'attitude du gouvernement russe qui refuse dans un premier temps l'aide internationale pour leur porter secours. Ce naufrage reste encore aujourd'hui un mystère, coincé entre le secret d'Etat, les théories du complot et les questions des familles endeuillées. Pour tirer un bord un peu plus loin de cet événement dramatique mais en restant sous la mer, plongée en ondes avec l’amiral Gérard Lubin, retraité de la Royale.

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Plongée, acier, sueur
Bouts de vie, tranches de fond, remontés des abysses, de l'Ariane, le premier sous marin où il embarque, aux sous marin nucléaires lanceur d'engin, ceux qui se tapissent au fonds des mers pour déclencher, en cas de besoin, l'arme atomique. Des souvenirs, aussi, du Provence, le dernier submersible qu'il arme. Dix-sept ans de marine retrouvés en voix dans le livre de sa vie : un inédit rouvert pour l’occasion sur ses copains d'en bas, chacun solidaires, camarade polyvalents dans leur monstre d'acier pour vivre mieux les longues semaines de plongées.

Restée à terre, la femme du sous-marinier attend
Il évoque en aparté l'odeur de graisse, des batteries qu'on recharge, du gazole et de les sueurs des hommes, qui jamais ne les quitte. La houle, aussi, qui empêche de refaire surface, l'adversaire qui guette sous l'eau, sur l'eau ou dans les airs. Leur ennemi le bruit, les Russes pistés vingt-mille lieux sous les mers, comme on joue au chat et à la souris. Les torpilles chargées à la main un jour où rien ne marche et, là haut, sur la terre ferme, la femme du sous-marinier qui attend, patiemment, que son marin rentre au port.

700 fois Hiroshima
A bord de leurs navires, prêts à frapper n'importe où n'importe quand, presque 700 fois Hiroshima serrés dans leurs entrailles d’acier pour garantir la paix par la terreur. Un récit de vieux loup de mer aux yeux clairs, un morceau de carnet de bord feuilleté le temps d'un après midi, furtivement, silencieusement, comme dans un sous-marin, là où les forçats des abysses patientent, là bas sous les mers.

Un reportage de Ludovic Pauchant.