Bob Dylan "Blonde on blonde" (Columbia)
Bob Dylan "Blonde on blonde" (Columbia)  - photo by Jerry Schatzberg. infos : http://www.popspotsnyc.com/blonde_on_blonde/
Bob Dylan "Blonde on blonde" (Columbia) - photo by Jerry Schatzberg. infos : http://www.popspotsnyc.com/blonde_on_blonde/
Bob Dylan "Blonde on blonde" (Columbia) - photo by Jerry Schatzberg. infos : http://www.popspotsnyc.com/blonde_on_blonde/
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Si le premier volume des Chronicles relève à l’évidence de la littérature, que ses chansons, son œuvre, et leur impact dépassent le champ de la pop culture, Dylan reste en dépit du Nobel l’auteur d’une œuvre de textes et de sons.

« How many words must a man write down before you call him a poet? » Combien de mots faut-il qu'un homme écrive pour que vous l'appeliez poète ? se demandait un journaliste du Irish Times ( Gerry Smyth) en 2011 quand déjà le nom de Dylan figurait sur les listes des bookmakers parmi les nobélisables.

Dylan lui refusait déjà cette appellation en 1965 dans un célèbre entretien avec Norah Ephron et Susan Edminston * : « Vous considérez-vous surtout comme un poète ? Non (…) il y a d’une certaine façon une sorte de rythme qui est visible. Il n’est pas nécessaire d’écrire pour être poète. On peut travailler dans une station-service et être un poète. Je ne me considère pas comme tel (…) je suis un trapéziste ».

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Cette version de Blowin’ in the Wind « la réponse est dans le vent » comme le traduisit Hugues Aufray, Dylan l’a chantée lors d’un des premiers concerts de charité (en faveur Bengladesh en 1971) et si l’on en croit Stevie Wonder (qui lui aussi l’a souvent chantée) elle est « malheureusement » toujours valable depuis 50 ans : pour parler des droits civiques et du Vietnam dans les années 60, pour parler du Watergate, de Steve Biko et de l'Afrique du Sud dans les années 70, toujours valable pour parler de l'apartheid et de la faim dans le monde dans les années 80, toujours valable sans doute en 2016 alors que le Prix de Nobel de Littérature revient à Bob Dylan, un chanteur.

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Qui ces dernières années continue d’être là où l’on ne l’attend pas, en l’occurrence sur le répertoire de Frank Sinatra, dans l’album Fallen Angels paru en 2016 : “That old black magic” (Harold Arlen, Mercer)

Au moment où d’aucun défendront l’image d’un Dylan en troubadour contemporain, capable de signer des chansons aussi différentes et fortes que Masters of War, ou Every Grain of Sound (qui parle plutôt de foi) se référant même à Goethe dans « Tangled Up In Blue » et même si son livre Chronicles (en tout cas le tome 1 que j’ai lu) appartient évidemment à la littérature, le Nobel n’y changera rien : Bob Dylan n’est pas un écrivain mais quelque chose qu’on ne traduit pas en français, un songwriter.

Sa définition à propos de la chanson « I Want You » (dans Blonde on Blonde 1966) « Ce ne sont pas juste de jolis mots sur une mélodie ou une mélodie pour des mots, ce sont les mots et la musique, c'est le son de ce que j'ai à dire »**

Extraits diffusés :

  • Blowin' in the wind (Bob Dylan) - The concert for Bangladesh (1971)
  • That old black magic (Harold Arlen, Mercer) Album Fallen Angels (2016)
  • I Want You (take 4 - Complete) - The bootleg series Vol. 12 - The cutting edge - 1965-66 (Columbia 2015)

* : Positively Time Dream 1965 dans le livre Dylan Par Dylan – Interviews 1962-2004 Editions Bartillat, p.75

** : "It's not just pretty words to a tune or putting tunes to words... [It's] the words and the music [together]—I can hear the sound of what I want to say." Heylin, Clinton (2009). Revolution In The Air: The Songs of Bob Dylan, Volume One: 1957–73.

Bob Dylan Chroniques, Volume 1 éditions Fayard. 2005