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Publié dans la Nouvelle Revue française entre juillet et novembre 1913, Le Grand Meaulnes manque d’une voix le Prix Goncourt, au 13ème tour de scrutin. Il est le premier, et l’unique roman d’Alain Fournier puisque celui-ci meurt au combat à 27 ans, le 22 septembre 1914. Le succès, pourtant immédiat, est encore renforcé par le destin tragique de son auteur et le livre, qui connaît une diffusion internationale dès sa parution et jusqu’à aujourd’hui, devient un des chefs d’œuvre de la littérature du XXème siècle, maintes fois adapté au cinéma, réédité, commenté.

Correspondant pleinement à la sensibilité de 1913, il semble répondre à celle de 2013 avec autant de pertinence : romanesque, attente de l’aventure, intuition, engagement, serment, amour impossible, et surtout jeunesse car Augustin Meaulnes n’a que 17 ans quand l’histoire commence, et le narrateur François Seurel 15 ans. En bref, c’est parce qu’il est un roman initiatique, doublé d’une quête d’absolu que Le Grand Meaulnes a su conquérir le public dès sa sortie, un public sans doute désireux de rester proche des lieux ruraux dont il est issu, des souvenirs d’enfance, d’une France traditionnelle, de moments poétiques et mystérieux. Si, durant cette année 1913, poètes, peintres et cinéastes dépeignent un pays moderne transformé par la révolution industrielle, le Grand Meaulnes semble atemporel, venu du pays profond, pour des sentiments éternels. Amour d’un jour et de toujours -c’est le lot du Grand Meaulnes- enfant de cet amour, mort de l’héroïne, voilà les ressorts du roman, fortement imprégné de l’expérience autobiographique.

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Car Alain Fournier, fils d’instituteurs, met en scène sa région – la Sologne – et sa propre expérience – une femme rencontrée, exprimant la pureté chevaleresque de l’idéal féminin, aux confins d’un rêve éveillé –. Le Grand Meaulnes, écrit par un homme très jeune, devenu un critique littéraire reconnu à la veille de la guerre, fait irruption dans une littérature marquée par l’analyse sociale ou psychologique propre à l’esthétique naturaliste de l’époque. L’introduction du rêve, du désir, de la quête en fait un livre d’apprentissage, à l’instar de ceux qui jalonnent le XXème siècle, de l’Attrape Cœur à l’Ecume des jours. Un roman de l’émotion et des affects bien propres à illustrer les attentes du siècle qui s’ouvre, malgré toutes les déconvenues qui suivront.

Et, inlassablement, depuis, une certaine littérature ne cesse de réécrire, avec les mêmes ingrédients, le Grand Meaulnes, mais en beaucoup moins bien !

Retrouvez aussi notre Grande Traversée consacrée à l'été 1913.