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Voilà une école que l’on adore détester ! ** L’Ecole Nationale d’Administration, fondée en octobre 1945 par le Général de Gaulle pour renouveler le vivier des haut fonctionnaires après la Guerre, serait devenue en 70 ans le symbole d’élites endogames, coupées du réel, non démocratiques, qui formeraient le véritable gouvernement de la France.**

Dans le hall d'entrée de l'ENA à Strasbourg, janvier 2009
Dans le hall d'entrée de l'ENA à Strasbourg, janvier 2009
© Reuters - Vincent Kessler

Les anciens de l’ENA occupent, c’est certain, de nombreuses positions très visibles dans la gouvernance française. Peu de nos auditeurs ignorent la manière dont la fameuse promotion Voltaire occupe, aujourd’hui encore, certains des postes les plus importants de la République. Les énarques sont omniprésents dans l’administration – c’est leur vocation, mais ils occupent aussi des places éminentes, et c’est leur singularité, dans le monde politique, dans celui des affaires ou dans les médias.

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Archives INA

- Charles de Gaulle, discours à l'occasion de l'Assemblée générale des anciens de l'ENA le 19 janvier 1963

-** Jean-Pierre Chevènement** , octobre 1975

  • Jean-François Deniau débat avec le journaliste Michel Schifres à l’occasion de la sortie de son livre L’Enaklatura , février 1987
  • Michel Debré , à l’occasion de la sortie de son livre Courte supplique au roi pour le bon usage des énarques, (Radioscopie, avril 1979)

Sur l’ENA, les avis sont toujours très tranchés. Ses défenseurs rappelleront que l’Ecole a contribué depuis sa création à former des fonctionnaires compétents et politiquement neutres, dévoués au service de la République et à la défense de l’Etat. Ses détracteurs – ils ne manquent pas – lui reprocheront une formation à la fois trop générale et trop technique, un formatage qui rend les énarques incapables d’inventer l’avenir du pays, un manque de courage généralisé et un entre-soi délétère.

Quoiqu’on pense de l’ENA, force est de constater que son rôle et son pouvoir réel ou supposé est au cœur de l’un des clivages centraux de la société française : celui du peuple contre les élites, qui recoupe une autre opposition entre le centre et la périphérie.

Ce clivage, de plus en plus marqué, pose de nombreuses questions : celle du recrutement et du fonctionnement de l’élite administrative et politique dans un pays soucieux d’égalité. Celle du déclin progressif de l’Etat, attaqué de toutes parts et trop souvent mal défendu par ceux dont la mission était de le préserver. Celle enfin d’une tentation bien française de refuser toute forme de corps intermédiaires au nom d’un peuple Un toujours tenté par l’idée de couper la tête de ses dirigeants.

Mais avant d’en arriver là, nous devons nous interroger sur le véritable pouvoir de l’ENA. Cette école gouverne-t-elle vraiment la France ? Que nous dit-elle en tous les cas de l’élite française aujourd’hui et de ses limites ?

Marie-Françoise Bechtel et Natacha Gally
Marie-Françoise Bechtel et Natacha Gally
© Radio France - CB

Pour en parler, nous recevons Marie-Françoise Bechtel , ancienne de la promotion Voltaire, députée de l'Aisne, ancienne directrice de l'ENA (2000-2002) et Natacha Gally, Maître de conférences en science politique à l'université Paris II Assas, dont la thèse soutenue en 2012 porte sur les politiques de la haute fonction publique en France et en Grande-Bretagne.

**La ** séquence internationale sera consacrée la Pologne et son ENA locale, la KSAP : avec Jérôme Heurtaux , maître de conférences en science politique à l'Université Paris-Dauphine.

Chronique Livre par Vincent Martigny: "Fils et filles de... Enquête sur la nouvelle aristocratie française " par Aurore Gorius et Anne-Noémie Dorion (La Découverte)

Fils et filles de ...
Fils et filles de ...

**Gorus et Doron nous disent que dans le système actuel, les dés sont pipés au départ. L’obsession de la transmission dans toutes les sphères empêche le renouvellement des élites dirigeantes et bloque la promotion de nouveaux talents. Ce phénomène génère une sclérose grave de la société et le sentiment qu’une aristocratie nouvelle domine la France. **

Références

L'équipe

Thomas Wieder
Production
Vincent Martigny
Production
Doria Zénine
Réalisation
Cyril Baert
Collaboration