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Stephane Remael
Stephane Remael
© Radio France

L’Atelier intérieur s’ouvre à notre ombre. A nos fugues. A ce jour où on aurait pu, où on a hésité, on a failli : céder à l’idée de changer de vie. S’évaporer, tout recommencer. C’est une phrase du japonais Murakami qui dit :* Derrière les choses ou les personnes que nous croyons connaître se cache toujours une part identique d’inconnu* . Il y a l’homme et il y a son ombre. L’image de départ ce soir colle à notre heure : un peu avant minuit, décor idéal pour une fuite discrète, un petit déménagement, undéménagement du soir , une disparition l’air de rien qui fera que rien ne restera demain matin. Au Japon il y a des évaporés. Le mot est tabou. Jo-ha-tsu . Des milliers de japonais décident de vivre en passager clandestin. De partir, pour échapper au déshonneur. S’éloigner de sa vie ordinaire, sa famille, son métier. De devenir alors leur ombre, une fiction, un possible. Ce n’est pas disparaître non, ce n’est pas sauter du haut de la falaise comme d’autres le font. C’est rester vivant et vivre dans un monde parallèle. C’est une situation littéraire. Romanesque. C’est une situation de vivants trop fiers pour faire face à certains mots : échec le premier. C’est aussi une histoire parallèle du courage. Boris Vian disait un homme digne de ce nom ne fuit jamais, fuir c’est bon pour un robinet . Au Japon un homme digne de ce nom s’en va. Au Japon le courage c’est de ne jamais coller avec la honte. Le panache c’est de partir. S’évaporer quand le monde dort, se soustraire. S’avouer vaincu, admettre, et rendre tout ce que l’on avait, par loyauté. Selon Kazufumi un évaporateur il faut vivre au jour le jour pendant au moins cinq ans pour vraiment, disparaître . Quitter une vieille peau et renaître. Il n’y a plus : soit la vie, soit la fin de la vie, il y a une troisième voie. Marcel Schwob, dans sa préface des Vies imaginaires écrit : La science historique nous laisse dans l’incertitude sur les individus . A la science historique, à l’étude, à l’enquête, échappent les êtres. L’homme total, l’homme défait de sa carte d’identité, d’une adresse périmée. Nous dédierons cette soirée ; à ce jour passé ou à venir, où l’on a hésité, failli céder : et s’évaporer. Et où finalement, on a été dans la situation de vivants assez fiers pour faire face à certains mots. Où finalement, on a fait co exister et l’homme, *et * son ombre. Où non, on n’a pas troqué sa mémoire et son passé contre une illusion de liberté. Où l’échec est resté dans la même pièce sans nous faire sortir. Où on a dégainé plus vite que notre ombre. On a déclaré la guerre, et on a gagné.

Céline Minard, ** auteur deKA TA** ** (Editions Rivages)**

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Séquence : démonstration de sabre japonais ** avec Eliza Meeker et Sergio Martins**

Léna Mauger et Stéphane Remael, ** auteurs deLes évaporés du Japon** ** (Editions Les Arènes)**

**LIVE : ** JOZEF VAN WISSEM

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2 min

Amélie Bonnin dessine l'émission en studio

Japon 1
Japon 1
Japon 2
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Japon 3
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Japon 5
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Japon 6
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Japon 7
Japon 7
Japon 9
Japon 9
KATA en studio avec Eliza Meeker
KATA en studio avec Eliza Meeker
© Radio France

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Références

L'équipe

Aurélie Charon
Aurélie Charon
Aurélie Charon
Production
Delphine Lemer
Réalisation
Lionel Quantin
Réalisation
Alice Ramond
Collaboration