France Culture
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Jonathan Rochart
Jonathan Rochart
© Radio France

L’Atelier intérieur s’ouvre à ces êtres qui vivent entre deux langues. Il n’y a pas de corps muets, ça n’existe pas : la langue les fait toujours parler. Sans que les mots ne soient prononcés, ils ont façonné notre façon de marcher. Alors quand à l’intérieur d’un être cohabitent plusieurs langues : comment reste-t-il droit ? A quelle vitesse marche-t-il ? Doit-il choisir ? Il y a les langues d’où nous venons, et les langues vers lesquelles nous allons. La langue maternelle c’est le départ, la provenance. Les autres, ce sont des directions et c’est avec ça que nous vivons. Il y aurait donc, des langues du passé et des langues du futur sur la ligne de chaque vie. L’image de départ ce soir c’est celle donnée par Luba Jurgenson : elle écrit « *En russe, je marche plus lentement * » : *cela date du temps où les Russes avaient l’éternité devant eux. * Puis elle ajoute : Il est étrange de penser aujourd’hui que tout ce que j’ai dit ou pensé avant le 1er juin 1975 c'est-à-dire jusqu’à l’âge de 17 ans, a été dit et pensé en Russe. Cela me fait une vie antérieure . Est ce qu’au nombre de langues il y a un nombre de vies ? Une langue nouvelle c’est un monde nouveau, une façon différente d’aimer, d’avoir peur, de crier. Amir Hassan, lui, a écrit le premier septembre dernier : «aujourd’hui cela fait 5 ans que j’ai commencé à apprendre le français, je ne savais pas qu’on pouvait aimer des gens en langue étrangère ». On pourrait s’amuser tous, à traduire notre vie, pour observer les nuances, et voir dans lesquelles on se préfère. On pourrait choisir sa langue, comme on choisirait sa famille. Incliner le récit : s’appeler Luba ou Lioubov selon la décision. C’est se choisir une naissance, renommer ce qui l’a été sans nous. Etre à l’origine du mot et faire des associations pas par répétition mais par amour des sons. On n’est pas d’un pays pour toute une vie. C’est une expérience et presque un devoir que de se traduire, renouveler ses mots pour éviter la boucle. On aimerait parler français à la radio comme si nous élisions chaque mot. A nous ils ont été transmis, mais vous allez entendre ceux qui les ont choisis et on ne parle pas d’accent ici, pas du tout, on parle de la pensée, de l’espace, de la profondeur, de l’infini, on parle d’écouter ceux qui ont accès à plus de mondes que le notre – c’est ça qui est beau et possible à la radio

**Luba Jurgenson ** (russe-francais), écrivain traductrice, auteur de Au lieu du péril chez Verdier sur le bilinguisme.

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Amir Hassan ** (arabe-francais), étudiant gazaoui qui écrit poèmes et nouvelles en français.**

Lectures ** par la réalisatrice et comédienne à ses heures, Mélanie Delloye**

LIVE : SWANN, ** pour le vinyl de reprises "The wonderful world of Swann"**

(commandes : swannvinyle@gmail.com)

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3 min

Amélie Bonnin dessine l'émission en direct

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Références

L'équipe

Aurélie Charon
Aurélie Charon
Aurélie Charon
Production
Inès de Bruyn
Collaboration
Lionel Quantin
Réalisation
Alice Ramond
Collaboration