Publicité
En savoir plus
Marina Poliakova
Marina Poliakova
© Radio France

L’Atelier intérieur s'ouvre à l’arbre. Au bois. C’est l’américain Henry David Thoreau qui a dit : Une compagne m’a enfin été trouvée. Je suis amoureux d’un jeune chêne. Qui a osé dire : je suis amoureux d’un arbre, voilà. Ca peut arriver à tout le monde. L’énigme essentielle reste alors : est-ce que l’arbre est muet ? S’il pouvait dire quelque chose malgré tout, il commencerait par quoi ? L’émotion que l’on a devant un arbre : c’est cette attente. L’attente d’un son, une voix, une expression, n’importe quoi. Il a l’air de savoir . Il pourrait témoigner. Les chênes, dans l’esprit des anciens, parlaient. Proust quand il rencontre les arbres écrit : « Dans leur gesticulation naïve et passionnée, je reconnais le regret impuissant d’un être aimé qui a perdu l’usage de la parole, sent qu’il ne pourra nous dire ce qu’il veut et que nous ne savons pas deviner ». L’image de départ ce soir serait celle d’un bois qui n’est pas muet, qui se met à parler. Il y a des hommes qui luttent contre l’aphonie. Qui attendent 300 ans, la bonne lune, et le repos de la sève pour couper le bois. Il y a des arbres qui ont une seconde vie : ils se mettent à sonner. Ils deviennent dans les mains du luthier, parlants. Les premiers instruments étaient des phalanges de rennes sifflantes… aujourd’hui les violons sont comme des visages : aucun n’est semblable, et le bois a devant lui une éternité. On a tous planté un arbre, on a tous planté une éternité. Mais jamais on ne l’a écoutée. Les mains du luthier arrivent et réalisent l’impensable, elles font parler. Elles redonnent vie. Oui, on peut dire : je suis amoureux d’un jeune chêne . De toute façon on a toujours aimé dire : c’est mon arbre . Le posséder. On a pu dire, enfant : c’est mon arbre , celui là. Il y avait un élu. Il avait des secrets, il les a encore. Quand on le voit on le reconnaît, il est « toujours là ». C’est mon arbre : parce qu’il semble garder un peu de nous ici quand on gesticule ailleurs. Il a en lui, discrètement, tous les sons, tous, les cris d’enfants, les naissances et les morts, les graves et les aigus. Puisque l’arbre existe sans nous. Il a en lui l’idée que : la vie continue. Il a les racines qui le poussent vers le haut. Il a son âge, qui embrasse tous les nôtres. C’est un être aimé, qui a perdu la parole . Donc on peut tout lui donner. Ce soir nous allons le faire parler, et sans qu’il ne révèle de secrets, on donnera de la voix au bois.

Emmanuel Carlier, ** archetier –pensionnaire de la Villa Médicis à Rome.**

Publicité

Patrick Charton, ** luthier à Paris, fabrique lui-même ses instruments, et l'altiste Jacques Borsarello.**

Écouter

3 min

**Damien Daigre, ** passionné d’arbres, jardinier au Jardin du Luxembourg à Paris.

LIVE : ARLT -nouvel album avec Thomas Bonvalet

Écouter

3 min

Pour afficher ce contenu Youtube, vous devez accepter les cookies Publicité.

Ces cookies permettent à nos partenaires de vous proposer des publicités et des contenus personnalisés en fonction de votre navigation, de votre profil et de vos centres d'intérêt.

Patrick Charton et son alto
Patrick Charton et son alto
© Radio France
ARchet
ARchet
© Radio France
ARLT
ARLT
© Radio France
Références

L'équipe

Aurélie Charon
Aurélie Charon
Aurélie Charon
Production
Inès de Bruyn
Collaboration
Delphine Lemer
Réalisation
Alice Ramond
Collaboration