L'aiguille d'Etretat en Normandie
L'aiguille d'Etretat en Normandie ©AFP - LOU BENOIST / AFP
L'aiguille d'Etretat en Normandie ©AFP - LOU BENOIST / AFP
L'aiguille d'Etretat en Normandie ©AFP - LOU BENOIST / AFP
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A Etretat, la fameuse aiguille, relique de la falaise, devient creuse sous la plume de l'écrivain Maurice Leblanc, et entraîne un rapport particulier au réel et à la fiction.

​ Les falaises blanches d’Étretat ont trouvé sous la plume de Maurice Leblanc une renommée mondiale. Amoureux de cette région de Normandie, l'écrivain n’a cessé de la prendre comme toile de fond pour les aventures d’Arsène Lupin, le fameux gentleman cambrioleur...

Si ces lieux furent une source d'inspiration pour Maupassant ou Flaubert, Leblanc dépasse la tradition du roman naturaliste français quand il parvient à confondre le personnage d’Arsène Lupin avec le paysage, à l’en rendre indissociable.

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C’est bien sûr tout particulièrement la fameuse Aiguille Creuse qui ancre définitivement Lupin dans le paysage normand : cette aiguille mythique, signature de la baie d’Etretat, relique de la falaise détachée par l’érosion, qui trône, seule dans la mer, à quelques mètres de l’une des arches creusées par les tempêtes.

Leblanc fait de ce paysage saisissant, de l’aiguille, qu'il invente creuse, avec une entrée dérobée, la cache du trésor accumulé par les rois et reines de France, mais aussi le lieu qui renferme un secret passé de générations en générations des rois et des empereurs : ainsi il prétend que de César aux rois d’Angleterre et aux rois de France, c’est la possession de ce secret, force motrice des enjeux politiques depuis des siècles, qui assurait leurs succès stratégiques ... Une grotte mystérieuse, devenue la propriété de Lupin, et qui contient aussi les originaux de tous les plus célèbres tableaux, qu’il a remplacé par des copies dans les musées où il les a volés. Ainsi La Joconde présentée au Louvre est fausse, et la vraie se trouve dans l’Aiguille Creuse ...

En creusant cette aiguille, Maurice Leblanc a déformé la toile de fond qu’il a patiemment établie au long des aventures de Lupin. Il pervertit soudain le réalisme du paysage, en y introduisant une part d'invention. La brèche qui s’ouvre permet alors de se poser la grande question, sur laquelle Leblanc jouera toute sa vie : et si, finalement, tout était vrai ?

Il jouera tant de cette fine ligne de partage entre réalité et fiction, qu’il ira notamment jusqu’à faire graver non loin de l’aiguille les lettres « D » et « F », premiers indices qui dans le roman permettent de résoudre l’énigme et de trouver l’entrée de l’aiguille creuse ...

​Si Maurice Leblanc a sciemment joué de la confusion entre paysage réel et paysage fictif pour ancrer le mystère de l’aiguille dans la réalité, ce plaisir de la confusion se poursuit non loin de là, au Clos Lupin.

Ancienne maison de l’écrivain, c’est aujourd’hui un musée dédié à sa vie, mais aussi au personnage d’Arsène Lupin. Une mise en scène facétieuse introduit soudain par les audio-guides Lupin, qui prend la place du premier guide. Après tout, qui, mieux que Lupin lui-même pourrait faire découvrir cette maison et cet univers ... Car qui est mieux renseigné que lui-même sur ses aventures ?

Cette nouvelle confusion entraîne cette fois-ci un dépassement du réel par la fiction. Maurice Leblanc l’avait déjà amorcé de son vivant : il ne cessera jamais en effet de raconter comment Arsène Lupin venait lui rendre visite dans son bureau pour lui confier ses dernières aventures ... A la fin de sa vie, il finira même par craindre cet être de fiction : il aurait fait mettre des verrous à ses fenêtres, de peur que Lupin entre de nouveau lui faire ses confidences... Dernier pied de nez au réel, ou, plus tristement, début d'une folie sénile ?

Une seule personne a la réponse, un certain gentleman cambrioleur qui se promène peut-être encore à Etretat, gardant un oeil jaloux sur son trésor ...