L'escalier de la villa Majorelle, exemple de l'Art Nouveau de l'école de Nancy
L'escalier de la villa Majorelle, exemple de l'Art Nouveau de l'école de Nancy ©AFP - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
L'escalier de la villa Majorelle, exemple de l'Art Nouveau de l'école de Nancy ©AFP - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
L'escalier de la villa Majorelle, exemple de l'Art Nouveau de l'école de Nancy ©AFP - JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP
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À Nancy, au XIXème siècle, naît un courant artistique qui prend rapidement une ampleur internationale : l’Art Nouveau, cet art floral qui puise dans les formes de la nature pour dessiner des lignes arrondies.

Louis Majorelle, ébéniste et décorateur, artiste majeur de l’école de Nancy, décide en 1901 de faire construire une maison qui respecterait les principes artistiques de ce mouvement, tant dans la décoration que dans l’architecture : c’est la naissance de la Villa Majorelle, qui devient tout à la fois manifeste et maison-témoin pour ses clients.

Elle est conçue selon le principe essentiel à ce mouvement : l’unité de l’art, caractérisé par le lien continu entre architecture extérieure et aménagement intérieur, mais aussi par la volonté d’alliance entre les différents talents : de l’architecture, au mobilier, à la verrerie, à la sculpture ou encore à la peinture !

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Car l’école de Nancy, c’est avant tout une idée d’alliance : entre nature et art de manière métaphorique, mais aussi entre les compétences de chacun, et surtout entre les artistes et les industriels : les fondements de ce mouvement artistique mènent donc rapidement une conception de l’art accessible à tous et pensé pour tous.

La Villa se distingue dans ce quartier aujourd’hui résidentiel, par sa structure particulière qui rassemble les préceptes de l’Art Nouveau : des sept cheminées qui peuplent sa toiture aux fenêtres en demi-cercles, soutenues par des rambardes aux finitions en forme de fleur, ou encore aux portes vitrées parcourues par des tiges de fer sinueuses comme autant de tiges florales, elle s’ancre parfaitement dans l’imaginaire de ce mouvement, offerte comme une fleur étrange et métallique aux regards des passants.

Une villa-fleur, donc ; le lieu idéal pour écouter le Morceau en forme de poire d’Erik Satie, lui-même contemporain de l’art floral.

Une réinterprétation de la nature qui semblait bien contaminer tous les arts, et que l’on retrouve aussi à l’intérieur de la villa Majorelle !

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On entre d’abord dans un écrin de boiseries, mais le regard est vite attiré par les frises peintes sur le haut des murs, qui représentent des animaux, des éléments végétaux, ou encore se porte vers les fresques : des femmes aux allures diaphanes et gracieuses, nonchalamment étendues, nous toisent depuis leur oasis de verdure.

Des cheminées aux hauts conduits, travaillés en torsades, évoquent une liane, tout comme le mobilier. En somme, une maison prise dans un même mouvement tourbillonnant, enveloppée par la lumière diffuse du soleil que laissent passer les vitraux aux couleurs douces, découpés selon les mêmes principes de courbes et d’entrelacements.

La construction, l’ameublement de la maison, sa décoration sont pensées en coordination avec plusieurs artistes : ainsi à cette maison contribuent Jacques Gruber pour les vitraux, Henri Royer pour les peintures, et surtout Henri Sauvage, tout jeune architecte, à qui Majorelle demande de dessiner l’intégralité de la maison : ce sera là sa première oeuvre d’une longue carrière florissante !

Une alliance de talents, une vision poétique même, qui trouve sa métaphore parfaite dans la rampe d’escalier : une tige de lierre, dessinée par Sauvage et sculptée par Majorelle, qui s’étend sur toute sa longueur en décroissant au fur et à mesure de la montée, traduisant un sentiment de dynamisme mais aussi parfaite imitation du lierre, dont le feuillage diminue à mesure qu’il grimpe.

Une maison aux vastes espaces, habités par une végétation de fer et de bois. On ne serait pas surpris qu’un jour, la nature y reprenne le pas sur l’art, et accomplisse la métamorphose.

Musique diffusée : Morceau n°1 de Morceaux en forme de poire, Erik Satie