La Montagne Sainte-Victoire, en novembre 2016
La Montagne Sainte-Victoire, en novembre 2016 ©AFP - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
La Montagne Sainte-Victoire, en novembre 2016 ©AFP - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
La Montagne Sainte-Victoire, en novembre 2016 ©AFP - ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP
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Explorons une obsession : les lumières de Provence, étudiées par Cézanne avec la montagne Sainte-Victoire, puis par Nicolas de Staël pendant sa période provençale.

La Montagne Sainte Victoire a constitué le cœur de l'œuvre de Paul Cézanne dans les dernières années de sa production. Il la représentera sous plusieurs axes, à plusieurs moments de la journée, chaque fois avec une lumière différente - parfois à peine perceptible - pas moins de 87 fois !

Cézanne, dont l’atelier se situait non loin de la montagne, face à elle, aura fait corps avec la Sainte-Victoire et le mystère de sa présence. Un atelier où la lumière pénètre par l’immense verrière de plusieurs mètres construite sur l’un des murs de la pièce. Derrière, une verdure, une jungle, se déploie, laissant cette lumière entrer de manière diffuse, mesurée.

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A voir ces tableaux les uns à la suite des autres, à s’y perdre sans fin, on sera tenté de penser que ce qui rendait cette montagne si insaisissable, peut-être, c’était la manière qu’elle avait de changer selon la lumière à laquelle elle était exposée - et que ce serait donc la lumière que Cézanne aurait tenté toute sa vie, et aura réussi, par bribes, à créer sur ses toiles.

Mais c'était aussi autre chose qui le fascinait dans cette montagne, et qui l'a sorti du "pur" impressionnisme. Ce n’était pas seulement la lumière nette ou diffuse, d’une journée à l’autre, mais bien la montagne même - et plus précisémment, comment la lumière rendait sa présence différente.

Finalement, c’était percer le mystère, percer l’énigme du visible, de la présence des choses sous le regard ; une tentative de compréhension de ce qu’il y avait de permanent derrière la variation, et par là comprendre, peut-être, comment la lumière change un lieu. Par sa représentation obsessionnelle, Cézanne tente de percer le mystère de la Sainte-Victoire mais aussi le mystère de la fascination pour un lieu.

Un autre peintre sera lui aussi happé par les lumières de la Provence, Nicolas de Staël. Très influencé par Cézanne, Nicolas de Staël s'installe un an en Provence. Entre juillet 1953 et juin 1954, il peint une série de tableaux inspirés par les paysages de la région et ses lumières. A la différence de Cézanne cependant, Staël poursuit principalement la lumière, qui devient son obsession, sans attache à un lieu précis en Provence.

Une progression s'observe d'ailleurs dans les tableaux de cette période : il passe du figuratif, de quelques formes géométriques qui forment un paysage, à de purs aplats de couleurs, qui ne racontent plus que la lumière. Une couleur violette, pourpre, intense, symbolise subitement le ciel, alliée à l’ocre d’une route et au jaune aveuglant de champs.

Les lieux ne sont alors plus que vecteurs pour exprimer la lumière …

Il faut voir son tableau sobrement intitulé Le Soleil. De petite dimension, les éclats des lumières d’un paysage se rejoignent en touches de couleurs différentes pour finalement ne transmettre que la sensation du soleil, qu’on pourra enfin regarder à l’œil nu grâce à sa toile.

Staël, en Provence, sera peut-être le peintre qui aura le mieux réussi non seulement à saisir le dégradé, les différences et nuances d’une seule et même lumière, mais aussi à l’exprimer dans ses plus violentes différences au sein d’un même lieu …

La lumière est bien entendu toujours primordiale dans le travail du peintre, mais certains lieux, certaines régions, retiennent plus particulièrement les éclats, les mordorés, les sous-tons, qui se prêtent plus que d’autres à ses variations.

Et la Provence serait peut-être de ces régions … Où la lumière s’apprivoise mais ne se saisit jamais complètement, et impose la quête d’une forme d’absolu aux peintres qui s’y confrontent.

Laissons le mot de la fin à Nicolas de Staël : « Il n’y a qu’une seule chose intéressante là, je saisis ou pas la lumière d’ici, c’est tout ».

Musique diffusée : Le Sud de Nino Ferrer