Les ruines du bagne sur l'île du Diable, en Guyane française ©AFP - JODY AMIET / AFP
Les ruines du bagne sur l'île du Diable, en Guyane française ©AFP - JODY AMIET / AFP
Les ruines du bagne sur l'île du Diable, en Guyane française ©AFP - JODY AMIET / AFP
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Résumé

Ce matin, nous partons vers trois îles au large de la Guyane française. Elles forment entre elles un triangle ... Ce sont les îles du Salut : l'île Royale, l'île Saint-Joseph, et l'île du Diable.

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On pourrait se laisser prendre au charme de ces trois îles aujourd’hui ... Depuis l’île Royale, l’île Saint-Joseph apparaît comme un bosquet de verdure. Une jungle imposante dévore l’île, c’est l’unique habitante. Quelques plages parsemées de palmiers face à l’océan rappellent les images d’îles désertes et désertées, rivages sur lesquels attendent désespérément, des années durant, marins échoués, ou pirates abandonnés.

Des palmiers qui prennent racine aussi dans les contours escarpés de l’île, des bananiers, des singes et des perroquets complètent un paysage d’une beauté indéniable mais où quelque chose semble sourdre … Et c'est au détour d'un chemin qu'on croisera les premiers indices !

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Car l’île Saint-Joseph est aussi parsemée de ruines, anciennes maisons dont les murs tiennent encore vaillamment debout, aux toitures déchirées, ou absentes. Des ruines qui rappellent l’usage de ces îles par l’Etat français pendant des années : elles accueillaient le bagne et les forçats de 1852 à 1953.

Le silence de ce lieu désaffecté, témoin d’une histoire pénitentiaire aux allures souvent horrifiques, se colore alors d’une dimension politique. De la rive de l’île Saint-Joseph se discerne la troisième île, l’île du Diable. On y détenait les espions et les prisonniers politiques …

Le plus célèbre de tous les détenus de cette île, Alfred Dreyfus, accusé à tort de trahison sur fond d’antisémitisme, y vivra à la toute fin du 19ème siècle. Dans sa petite case, la chaleur humide, l’écoulement d’un temps de plomb, rythmé par le ressac répétitif des vagues, et la solitude, seront certainement devenues les tortures les plus efficaces.

Trois îles qui forment un triangle des Bermudes de l’exclusion, de ceux qu’on rejette au loin, à une condamnation à mort qui ne dit pas son nom - la durée de vie des forçats de Guyane était estimée à cinq ans. Mais ce sont pourtant aussi des îles d’une beauté stupéfiante, riches d’histoire ! Et ces trois îles appartiennent aujourd'hui au centre spatial guyanais …

Au loin le rivage continental s'aperçoit, et sur le continent, la base de lancement des fusées françaises. Ariane, la première à s’arracher à l’attraction terrestre, s’élance en 1979 pour offrir à la France l’indépendance face aux autres puissances dans la course aux étoiles. Un lieu établi en 1968, choisi pour sa proximité avec l’équateur, situé à moins de 5 kilomètres de la base.

La pesanteur y est plus faible qu’aux pôles, ce qui permet un décollage plus facile et moins coûteux en carburant … Une base qu’on pourra visiter, ainsi qu’un musée de l’espace. Mais c'est surtout un lieu, une ville d’où on pourra observer un spectacle qui continue à faire rêver : le départ d’une fusée, le nuage de fumée blanche autour de sa base, les flammes, la force impressionnante qui envoie la fusée dans l’espace, entre les palmiers et l’océan ...

En somme, de l’enfermement à l’espace, il n’y aurait qu’un pas ... Et c’est à Kourou, en Guyane, qu’on pourra le franchir !

Archive diffusée : le texte J'accuse d'Emile Zola, lu et joué par un comédien, dans l'émission "Portrait souvenir" diffusée le 17/04/1961