Le lac du Bourget en Savoie
Le lac du Bourget en Savoie ©Getty - Gregory_DUBUS
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Alphonse de Lamartine et Julie Charles se rencontrent en 1816 sur les rives du lac du Bourget. Leur rencontre donnera naissance à la poésie romantique française ...

Elle naît sur les rives d’un lac immense, entre les montagnes de Savoie. Environné par des monts aux noms mystérieux, le lac déploie ses courbes entre le massif de l’Epine, le Mont Revard ou encore le Mont du Chat. Sa forme, longue et vaste, invite à la paresse et à la langueur …

C’est en 1816 que le lac obtient ses lettres de noblesse. En octobre de cette année-là, Alphonse de Lamartine encore jeune adulte vient soigner sa dépression sur les rives du lac, dans la pension Perrier. Une jeune femme y est également pensionnaire : Julie Charles, qui séjourne au lac pour soigner quant à elle sa tuberculose.

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Venus l’un et l’autre vaincre une maladie, ils tombent éperdument amoureux durant le mois qu’ils passent ensemble, à arpenter le lac et ses alentours … Et c'est un événement en particulier qui avait scellé leur amour et l'avait lié pour l'éternité au lac du Bourget : le 10 octobre 1816, une violente tempête éclate sur le lac et Lamartine sauve du naufrage une jeune femme qui lui est encore inconnue, Julie Charles. Il écrira ensuite “j’ai sauvé avant-hier une jeune femme qui se noyait, elle remplit aujourd’hui mes jours”.

D’un événement à un lieu, leur amour se crée et se déploie le long des circonvolutions, des lacets du lac - et en particulier à la grotte de Bourdeau.

C’est une petite cavité isolée, difficile d’accès. Creusée dans le Mont du Chat, une plage de galets ouvre sur le lac et complète le tableau … Le jeune couple y passe les premières heures de son idylle. Rapidement, l'un et l'autre doivent malgré tout repartir à Paris : Lamartine à sa vie, Julie Charles à son mariage.

L’été suivant Lamartine séjourne de nouveau à la pension, mais son amante ne peut le rejoindre, déjà trop malade. Lamartine reprend alors les mêmes sentiers, refait les mêmes promenades qu’ils faisaient ensemble, accompagné par son absence, jusqu’à leur grotte. Ici, inspiré par son fantôme, il commencera à écrire son poème Le Lac, aux célèbres vers :

“Ô temps, suspends ton vol, et vous, heures propices !

Suspendez votre cours :

Laissez-nous savourer les rapides délices

Des plus beaux de nos jours ! “

Déplorant l’absence de Julie, renommée Elvire, il s’adresse au lac, seul témoin de leur amour …

Un lac-témoin, un lieu qui accueille la passion et dont l’atmosphère, les paysages, chaque pierre, souffle de vent ou ride sur les eaux devient une expression, une réponse, un écho de leur amour.

Trois mois après que Lamartine ait composé ce poème, Julie meurt de sa longue maladie. Le poème se pare alors d'une nouvelle teinte, celle de l'absence éternelle. La beauté époustouflante du lac, qui reflétait si bien la beauté de l’amour et l’attente heureuse de l’être aimé se transforme en écho du souvenir et de la douloureuse intransigeance de la mort. Le lac aux reflets chaleureux rappelle soudain son origine glaciaire, sombre écho aux tourments du poète.

Le drame de cette mort, Lamartine le magnifiera dans son recueil “Méditations poétiques” où Julie Charles, d’inspiratrice, devient celle qui aura fait Lamartine, comme le dira René Doumic : “Lamartine n’est devenu Lamartine qu’après sa rencontre avec Julie”.

Et avec ce recueil et la mort de Julie, Lamartine donnera le premier essor à la poésie des tourments intimes, qu’il magnifie et auxquels il donne la couleur des orages.

Aujourd’hui, la grotte est devenue un lieu de pèlerinage pour les amoureux et pour les admirateurs de Lamartine. Une grotte, un lac, symboles de la passion et de la perte qui nourrissent l’inspiration.

Son diffusé : Le Lac, sur une musique de Louis Niedermeyer