Elections législatives dans 1 semaine / Un cimetière à Marioupol ©AFP
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Résumé

La campagne des législatives est pour le moins originale : une alliance à gauche (Nupes), au centre (Ensemble), un parti de droite LR qui se fait discret. Mais les Français s'y intéresse peu. La guerre en Ukraine et ses répercussions sur le pouvoir d'achat les préoccupe davantage...

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Monique Canto-Sperber (Philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et ancienne présidente de l'université Paris sciences et lettres (PSL), auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine), Bertrand Badie (Politiste, spécialiste des relations internationales), Gérard Courtois (journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde), Hubert Védrine (diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand).

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Selon le dernier sondage Elabe pour BFM, l'Express et SFR, publié mercredi 1e juin, la Nupes devance Ensemble ! d'une courte tête au premier tour des législatives : l'alliance des gauches concentre 25% d'intentions de vote, la majorité présidentielle 24,5%, tandis que le RN en réunit 22%. Au 2ème tour, la majorité absolue n'est pas assurée pour Ensemble !, mais elle semble illusoire pour la Nupes : les sondeurs laissent espérer à Jean-Luc Mélenchon autour de 180 députés au maximum, loin des 289 élus nécessaires pour imposer une cohabitation.

Les stratégies des différents partis pour les législatives

Jean-Luc Mélenchon se voit en Premier ministre. Sitôt le second tour de l’élection présidentielle plié, et avant même que l’alliance des gauches ne voit le jour, il avait appelé les Français à “l’élire Premier ministre” aux législatives (fort de ses 22% de voix au premier tour de l'élection présidentielle). Pour avoir une majorité, il a créé une alliance entre le pôle écologiste (EELV, Génération Ecologie, Génération.s...), le Parti Socialiste, le Parti Communiste Français et La France Insoumise. En cas de victoire aux législatives, la Nupes a prévu de porter Jean-Luc Mélenchon au poste de Premier ministre.

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La droite suit la stratégie exactement inverse. Elle dispose d’une centaine de députés sortants qui pour la plupart cachent le logo de leur parti, les Républicains. Ils n’ont pas de leader national à mettre en avant. C’est une stratégie purement défensive. Pour sauver leur peau, ils misent sur leur notoriété, leur ancrage local, parfois en jouant d’une certaine ambiguïté vis-à-vis d’Emmanuel Macron, pas franchement pour mais pas totalement contre non plus.

La majorité, a décidé d'adopter une stratégie à mi-chemin, très "en même temps". D’un côté, son principal argument est institutionnel : il faut une majorité au président dont le visage est très présent sur les documents de campagne et qui recommence à se déplacer dans le pays, mardi à Cherbourg, aujourd’hui à Marseille. De l’autre, les marcheurs misent sur l’implantation de leurs 300 sortants de nouveau candidats.

La guerre en Ukraine

Après 100 jours de guerre, Moscou s’est emparé de 20 % du territoire ukrainien. Une guerre qui a de nombreuses conséquences militaires, diplomatiques, économiques ou judiciaires. Les forces russes se concentrent dans le Donbass et sa ville stratégique de Severodonetsk. Dans le Sud, les Ukrainiens s’inquiètent d’une possible annexion des régions conquises par les forces russes, Moscou évoquant des référendums dès juillet. En plus des territoires séparatistes de Donetsk et Lougansk, il pourrait aussi s’agir des régions de Kherson et Zaporijjia, dans le sud.

Selon l’Organisation internationale pour les migrations et le Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU, plus de huit millions d’Ukrainiens sont déplacés à l’intérieur de leur pays, et 6,8 millions ont fui à l’étranger. Selon Volodymyr Zelensky " au moins des dizaines de milliers" de civils ont été tués à ce jour. Rien qu’à Marioupol, les autorités avaient compté plus de 21 000 morts parmi ceux qui ne combattaient pas. Côté russe, les derniers chiffres officiels datent du 25 mars, lorsqu’un général a déclaré aux médias d’Etat que 1 351 soldats avaient été tués et 3 825 blessés. Un chiffre minoré, pour les observateurs occidentaux présents sur place. A la fin d’avril, le gouvernement britannique avait estimé les pertes russes à 15 000 hommes.

En moins de trois mois, le paysage de la Défense européenne a été profondément bouleversé. Après l'Allemagne, qui avait augmenté fortement le budget alloué à sa Défense, la Finlande et la Suède ont choisi de demander leur adhésion à l'Otan, et le Danemark vient d'abandonner son statut à part dans l'Union européenne, en votant massivement pour un alignement sur sa politique de Défense. Les Etats-Unis ont réinvesti l'Europe avec l'OTAN. Deux ans après qu'Emmanuel Macron a jugé que l'OTAN était en état de "mort cérébrale" , la guerre en Ukraine a permis un sursaut inattendu de l'Alliance atlantique.

Cette semaine les 27 pays membres se sont mis d'accord sur un embargo progressif sur les importations de pétrole russe. Il concernera dans un premier temps le pétrole transporté par bateau, soit les deux tiers des achats européens d'or noir russe. Une exemption temporaire a été prévue pour le pétrole acheminé par oléoduc, afin de lever le veto de Budapest. L'extension de l'embargo aux livraisons par oléoduc sera ensuite discutée "dès que possible" et, au total, c'est 90% des exportations de pétrole russe vers l'UE qui seront arrêtées d'ici la fin de l'année, Mais cet embargo n'est pas sans conséquences... Entamée lors de la crise du Covid19, l'inflation a atteint de nouveaux records depuis la guerre en Ukraine. En un an, le coût de la vie en Europe a augmenté de 7,8% par rapport à mars 2021. Les Pays-Bas doivent faire face à une inflation de quasiment 12%, l'Espagne et la Slovaquie de presque 10%, le Royaume-Uni, qui a annoncé plusieurs mesures jeudi 26 mai, de 9%. La France (5,1%) et l'Italie (7,5%) sont plus épargnés.

Références

L'équipe

Patrick Cohen
Production
Luc-Jean Reynaud
Réalisation
Anne-Claire Bazin
Collaboration