Des réservistes partent combattre en Ukraine
Des réservistes partent combattre en Ukraine ©AFP - STRINGER
Des réservistes partent combattre en Ukraine ©AFP - STRINGER
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Mercredi 21 septembre, Vladimir Poutine annonçait la mobilisation partielle. Depuis, des milliers de jeunes Russes ont fui et nombre de manifestants ont été arrêtés. En parallèle, Poutine a annexé 4 régions après de prétendus référendums. Jusqu'où ira Poutine ? Jusqu'où la population le soutiendra ?

Avec
  • Sylvie Kauffmann Directrice éditoriale au journal Le Monde. Spécialiste notamment des questions internationales.
  • Brice Couturier Journaliste, producteur jusqu'en juin 2021 de la chronique "Le Tour du monde des idées" sur France Culture
  • Bertrand Badie Politiste, spécialiste des relations internationales
  • Thomas Gomart Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).

Cela fait plus de sept mois que la Russie a déclaré la guerre à l'Ukraine. Mais avant le 21 septembre, cette guerre ne concernait que les militaires russes et les Ukrainiens. En déclarant la mobilisation partielle, Vladimir Poutine a pris l’énorme risque social d’amener la guerre dans les foyers russes. Une décision qui n'est pas très populaire....

La mobilisation partielle vise tous les réservistes mais certaines régions et ethnies sont plus concernées que d'autres

300 000 c'est le nombre de réservistes qui seront mobilisables selon Vladimir Poutine. Mais le nombre de personnes mobilisées pourrait être beaucoup plus conséquent. Car contrairement à la France, chaque homme qui a fait son service militaire, qui est obligatoire, est considéré comme réserviste en Russie. Au total, cela représente environ 25 millions de personnes mobilisables, selon le ministère de la Défense. Mais peu de ces réservistes ont récemment suivi une formation militaire. Remettre à niveau plusieurs centaines de milliers de réservistes va donc demander du temps et des moyens, ce que n’ont pas nécessairement les Russes.

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Le ministère de la Défense a confié aux régions la responsabilité d’enrôler un nombre inconnu d’hommes. Les régions de Moscou et Saint-Pétersbourg apparaissent traditionnellement moins concernées, quand certaines régions voient des villages entiers raflés par la police...

Une mobilisation que les russes rejettent

Depuis le début de l'annonce de la mobilisation, au moins 1 332 personnes ont été arrêtées, selon un décompte réalisé par OVD-Info, une ONG qui couvre les manifestations et répertorie les violences policières en Russie. Au déclenchement de l’invasion russe en Ukraine, la même organisation avait fait état de plus de 13 000 arrestations de manifestants opposés à la guerre entre le 24 février et le 7 mars. Et 260 000 Russes ont fui le pays.

Cette guerre, les Russes n'en veulent pas. Et les révélations du New York Times en début de semaine ont renforcé ce sentiment. Le journal a publié des appels privés de soldats russes passés dans les premières semaines du conflit ukrainien. Ils montrent les doutes et même le désespoir dans les rangs de l'armée dès le début de l'invasion lancée par Vladimir Poutine.

Pour éviter la fuite des réservistes, Vladimir Poutine a signé des amendements prévoyant jusqu'à 10 ans de prison pour les militaires qui désertent ou refusent de combattre. Il a également signé une loi qui facilite l'accès à la nationalité russe pour les étrangers qui s'engagent pour une durée d'au moins un an dans l'armée.

Mais rien n'y fait, les Russes fuyant leur pays sont de plus en plus nombreux.

Les réservistes fuient mais où vont ils être accueillis ?

La question de l'arrivée de ces Russes préoccupe l’Union Européenne – les ambassadeurs des pays membres se sont réunis hier en urgence à Bruxelles. Si la France, l’Allemagne et l’Italie proposent d’accueillir ces déserteurs, la tonalité est radicalement différente à l’Est et au nord de l’Europe. La Pologne, les trois pays baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie), et la Finlande qui craignent pour leur sécurité ont décidé de fermer leurs frontières avec leur voisin russe et de limiter "significativement" l'entrée des citoyens russes sur son sol, en refusant désormais l'accès à ceux disposant de visas de tourisme d'un pays européen de l'espace Schengen.

Si les voix nationales discordent, les instances européennes se montrent, elles, favorables à un accueil.

Dans les pays voisins de la Russie, de nombreux réservistes affluent. C'est le cas du Kazakhstan, de la Géorgie, de la Serbie, de la Turquie, l'Arménie, la Biélorussie et le Kirghiszstan.

Lougansk, Kherson, Donetsk, Zaorijia : 4 régions annexées

Donetsk. Lougansk. Zaporijjia. Kherson. Russie ! : ce sont les affiches géantes installées sur la place rouge. Ces quatre régions ont été officiellement annexées lors d'une cérémonie vendredi, après de prétendus référendums régionaux organisés fin septembre à la hâte. Le vote a eu lieu sous surveillance de soldats en armes et a été qualifié de "parodie" par Kiev et ses soutiens occidentaux.

Vendredi, l'ONU préparait un projet de texte, visant à "condamner" l'organisation par la Russie de "soi-disant référendums illégaux" dans ces 4 régions et souligner qu'ils ne peuvent avoir "aucune validité" ni "servir de base à une altération du statut de ces régions", "y compris toute pseudo-annexion" par la Russie.
Mais la Russie a utilisé son veto pour empêcher l'adoption d'une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU condamnant ses annexions. Un texte qui va désormais être soumis à l'Assemblée générale où tous les États membres sont représentés. En dehors du veto russe, la résolution a recueilli 10 voix en sa faveur et quatre pays se sont abstenus, la Chine, l'Inde, le Brésil et le Gabon.