Atouts et handicaps du Président-Candidat Emmanuel Macron

Emmanuel Macron
Emmanuel Macron ©AFP - JOHANNA GERON
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A 48 jours de l'élection présidentielle, le président Emmanuel Macron n'a toujours pas annoncé s'il se représentait pour le scrutin de 2022 où 49 millions de Français sont appelés à voter. Quels sont les atouts et les faiblesses du Président ?

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Selon le dernier sondage Ifop pour Paris Match, LCI et Sud Radio, Emmanuel Macron est crédité de 25% d'intentions de vote. Depuis le début de la campagne, il arrive en tête de tous les sondages, loin devant ses futurs adversaires. Eric Zemmour est crédité de 16.5% d'intentions de vote et Marine Le Pen de 16%. Début janvier, dans un entretien publié par le Parisien, le chef de l’État ne laissait guère de place au doute sur un potentiel second mandat. "Il n’y a pas de faux suspens. J’ai envie", a-t-il reconnu. Toujours pas d'annonce officielle, mais Emmanuel Macron multiplie depuis plusieurs semaines les déplacements pour défendre son bilan économique, défendre son bilan sécurité, se place en arbitre dans la crise russo-ukrainienne... Une façon pour lui de dérouler son programme pour un futur quinquennat tout en continuant à être le Président des Français.

Face à lui, une gauche divisée et deux candidats d'extrême droite

La première force d'Emmanuel Macron réside incontestablement dans son statut de Président. Il va bénéficier de la prime au sortant. Le chef de l'état a réussi à tenir la barre durant les deux crises, celle des gilets jaunes et celle du Covid-19. Aux yeux de beaucoup d’électeurs, cela lui confère une densité politique dont les autres candidats ne peuvent pas se prévaloir. La deuxième force d'Emmanuel Macron est son positionnement idéologique au-delà des catégories droite-gauche. Grâce à son positionnement, il peut ratisser large et se positionner en père de la nation. Le fait que la gauche soit aussi divisée et qu'aucun candidat à gauche n'émerge vraiment va profiter à Emmanuel Macron. Il faut tout de même noter que Jean-Luc Mélenchon commence à faire une percée. Selon le dernier sondage Ifop, il est crédité de 10.5% d'intentions de vote. Aucun autre candidat à gauche ne dépasse la barre des 5% d'intentions de vote. Au sortir de la primaire populaire où Christiane Taubira a été largement élue, aucun candidat de gauche n'a voulu se rallier à sa proposition de la rejoindre et d'union des gauches... Résultat, la droite mène la barque et la gauche est à la traîne dans les intentions de vote.

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A droite, trois candidats se font face. Eric Zemmour est venu affronter Marine Le Pen sur son propre terrain. Celui de l'immigration, de la souveraineté de la France, de la laïcité. Et Valérie Pécresse (ne sachant pas bien comment se positionner) a emprunté le lexique de ses concurrents de l'extrême droite : "Français sans papier", "grand remplacement", "zones de non France". Pour le chef de l'état, c'est du pain béni. Si Valérie Pécresse se droitise davantage, il pourra espérer séduire les électeurs de la droite républicaine. D'ailleurs plusieurs politiques Les Républicains comme Eric Woerth, Natacha Bouchart, Nora Berra ou encore Catherine Vautrin ont annoncé se rallier à Emmanuel Macron. D’autres noms circulent, dont ceux de Jean-Pierre Raffarin et Maud Fontenoy. Nicolas Sarkozy lui hésite encore...

Mettre en avant son bilan économique

Une croissance de 7 % en 2021 (un record depuis plus de cinquante ans), un taux de chômage approchant les 7 % : le bilan économique du quinquennat d'Emmanuel Macron est une succession de bons indicateurs. D'ailleurs, dans l'entourage du Président, certains parlent d'un objectif de plein emploi en 2027. Ce pourrait même être le slogan de sa campagne. Le chef de l’État lui-même avait évoqué cette ambition en novembre : "Nous ne devons pas viser seulement 7 % de chômage, mais bien le plein-emploi." Même le rapport annuel de la Cour des comptes se montre très flatteur sur la politique économique du "quoi qu’il en coûte" en France. Mais la Cour des comptes alerte également sur la nécessité d'un "effort sans précédent" dans les prochaines années pour maîtriser les dépenses publiques et redresser les comptes de la France, mis à mal par la crise sanitaire. En 2022, la dette publique devrait atteindre 113.5 points du PIB, 16 points au-dessus de son niveau de 2019. Avec l'Espagne, la Belgique et l'Italie, la France fait partie des "bonnets d'âne". Alors certes, la politique du "quoi qu'il en coûte du Chef de l’État a permis de réduire le chômage, de sauvegarder les emplois... Mais à quel prix?

Rappeler qu'il a tenu ses promesses sociales

Remplacement de l’ISF par l’IFI, suppression de la taxe d’habitation sur la résidence principale, réforme de l’assurance-chômage, baisse des APL… Emmanuel Macron a mené un train de réformes en matière fiscale et sociale. Et a dû œuvrer au soutien d’une économie frappée par la pandémie et les restrictions sanitaires. Ce n’est pourtant pas forcément l’image qui circule dans le pays et c’est pour cette raison que son entourage veut y travailler : dans les prochaines semaines, l’Elysée compte bien rappeler les mesures sociales adoptées depuis 2017. "Le dédoublement des classes de CP, la PMA, le droit à l’oubli, le reste à charge zéro, le bien-être animal", liste ainsi un proche d’Emmanuel Macron.

Son bilan à l'international

Le jeu en solitaire d’Emmanuel Macron, humilié à Moscou et à Kiev dans la même semaine, n’a pas montré une France forte respectée et écoutée à l’international. Le dénouement de la crise russo-ukrainienne semble davantage se jouer entre les États-Unis et la Russie qu'avec l'Europe. Au Mali, la situation n'est guère plus reluisante. Depuis le début de l'opération Barkhane en 2014, 53 militaires sont morts. La lutte contre djihadisme dans les pays du Sahel n'a pas vraiment fonctionné.  Réimplantés dans la plupart des régions rurales, les groupes terroristes ont ainsi repris le pouvoir dans le pays. Lors de sa conférence de presse jeudi, Emmanuel Macron a récusé la notion d'échec de la France : "si la France n'avait pas fait le choix d'intervenir, vous auriez eu à coup sûr un effondrement de l'Etat malien", voire "une partition avec un califat territorial", avance-t-il.  "La France et ses partenaires ont infligé à Al-Qaïda et Daech des défaites qui ont changé la nature et la capacité de projection de ces deux organisations."

Son bilan sur la sécurité

Selon un sondage Ifop pour le Journal du Dimanche, la sécurité constitue pour l'opinion un point faible du bilan d'Emmanuel Macron, puisque 69% des Français le jugent négatif. Affrontements entre manifestants et forces de l’ordre lors de la mobilisation des gilets jaunes, rixes entre bandes rivales, règlements de compte liés au trafic de drogue, adolescents agressés par d’autres, violences conjugales ou policiers régulièrement pris à partie par des délinquants, le quinquennat d’Emmanuel Macron a été marqué par des faits d’insécurité qui ont frappé les esprits. C'est pourquoi, Emmanuel Macron fait des promesses pour renforcer la sécurité. À Nice le 10 janvier, le Président, pas encore candidat, a annoncé une loi d'orientation présentée en mars en Conseil des ministres prévoira 1 milliard de plus par an pendant cinq ans pour le ministère de l'Intérieur.

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