Le président de la conférence mondiale pour le climat, Alok Sharma ©AFP - PAUL ELLIS / AFP
Le président de la conférence mondiale pour le climat, Alok Sharma ©AFP - PAUL ELLIS / AFP
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Résumé

La COP26 vient de s'achever ce vendredi 12 novembre à Glasgow. De nombreuses annonces ont été faites. Mais vont elles tenir ? Comment contraindre les pays à réduire leurs émissions de CO2 ?

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Monique Canto-Sperber (Philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et ancienne présidente de l'université Paris sciences et lettres (PSL), auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine), Frédéric Worms (Professeur de philosophie contemporaine à l’ENS, directeur adjoint du département des Lettres et membre du Comité consultatif national d’éthique, producteur à France Culture), Daniel Cohen (Économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure, Président de l'Ecole d'Economie de Paris), Thierry Pech (directeur général de Terra Nova).

En savoir plus

Le dernier rapport du Groupe d'experts intergouvernemental de juin 2021 souligne que l'objectif de maintenir la planète sous un niveau de réchauffement de 1,5 degré d'ici à la fin du siècle sera, à moins d'un effort titanesque, dépassé dans les prochaines années. Les impacts du changement climatique sont déjà dévastateurs et "le pire est à venir", détaille sur 4000 pages le rapport rédigé sur l'évolution du climat. Selon eux, près de 2,5 milliards de personnes supplémentaires seront affectées d'ici 2050 par des risques climatiques, des vagues de chaleur aux inondations, en passant par l'impact sur l'agriculture. C'est dans ce contexte que depuis le 31 octobre, 196 Etats se sont réunis à Glasgow pour trouver une solution au réchauffement climatique. Une COP inédite par son ampleur avec 40 000 participants enregistrés. Mais cette COP a aussi brillé par l'absence de certains des pays les plus gros pollueurs comme la Chine, la Russie et le Brésil par exemple. Le but de la COP : limiter le réchauffement climatique à 1.5°C. Avant le début de la COP, les Nations unies estimaient que le réchauffement d'ici à la fin du siècle était de + 2,7 degrés par rapport au début de l’ère industrielle. Selon les estimations, en prenant en compte les nouvelles promesses faites ces 15 derniers jours, le réchauffement se limiterait désormais à + 2,2 ou + 2,4 degrés.

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Des voitures neuves zéro émission d'ici 2040  

Pour la première fois dans l’histoire des conférences climat de l’ONU, la COP26 a accueilli une réunion de plusieurs ministres des transports dont le français Jean-Baptiste Djebbari et a consacré une journée à ce secteur responsable à lui seul de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES). Une trentaine de pays, des régions et une dizaine de constructeurs automobiles se sont engagés mercredi à "travailler" pour faire en sorte que d’ici 2040, toutes les voitures neuves vendues soient zéro émission. Parmi les signataires figurent quelques pays développés, dont le Royaume-Uni, l’Irlande, la Suède et Israël. En revanche, la Chine, les Etats-Unis, le Japon, la France ou l’Allemagne, parmi les plus importants pays constructeurs, n’ont pas signé. "Sur 2035 nous sommes d’accord sur le principe de la fin de la vente des véhicules non électrifiés", a commenté la ministre de la transition écologique française, Barbara Pompili, soulignant qu’un débat était en cours au sein de l’UE sur le fait d’inclure ou non les hybrides dans cette catégorie.Mercredi également, à la surprise générale et alors que leurs relations sont tendues depuis plusieurs semaines, la Chine et les Etats-Unis, premiers émetteurs mondiaux de gaz à effet de serre, ont annoncé "prendre des mesures renforcées pour relever les ambitions pendant les années 2020", réaffirmant leur attachement aux objectifs de l'accord de Paris.

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Neutralité carbone ?

À cette COP26, il y a eu beaucoup d’initiatives multilatérales sur la sortie des énergies fossiles. Certains pays émergents, comme l’Inde, en ont même profité pour prendre le leadership en annonçant qu’ils seraient neutres en carbone en 2070 et essaieraient de réduire drastiquement leurs émissions d’ici à 2030. La France a finalement rejoint l'accord mettant fin aux financements à l'étranger de projets d'exploitation d'énergies fossiles sans techniques de capture du carbone d'ici fin 2022. Un accord qu'une vingtaine de pays avait signé le 4 novembre. 

Limiter la déforestation

Pour enrayer la déforestation, une centaine de pays abritant plus de 85% des forêts du monde se sont engagés à préserver leurs écosystèmes. Les Etats-Unis, la France, la Chine et l’Australie ont aussi signé cet accord, qui prévoit la fin de la déforestation d’ici à 2030. Le plan a pour objectif de mettre fin à l’abattage à l'échelle industrielle des arbres d’ici à dix ans. Cette initiative va bénéficier d'un financement public et privé de 19,2 milliards de dollars (16,5 milliards d'euros).  Mais ces engagements avaient déjà été pris par 38 pays en 2014. 

Diminuer les émissions de méthane, deuxième gaz à effet de serre lié à l’activité humaine

Une centaine de pays se sont engagés dans "pacte global pour le méthane" à réduire d’au moins 30% leurs émissions de ce gaz à effet de serre d’ici à 2030. Ces pays, dont le Canada, le Japon, les Etats-Unis, l’Union européenne ou encore le Brésil, représentent environ 40% des émissions mondiales de méthane. C’est le tout premier accord mondial de ce type. Cependant, comme pour le charbon, certains des principaux émetteurs de méthane ont refusé de signer ce pacte, à savoir la Chine, la Russie et l’Inde. 

Vers la fin du charbon en 2040 ?

Jeudi 4 novembre, une quarantaine de pays se sont engagés à abandonner le charbon d’ici à 2030 pour les pays développés et d’ici à 2040 pour les nations les plus pauvres. Parmi les signataires de cet accord, certains des plus gros consommateurs mondiaux : le Canada, l’Ukraine, le Chili, le Vietnam, mais aussi la Pologne. Ces pays s’engagent également à ne plus financer de nouvelles centrales charbon, ni sur leur territoire ni à l’international, et à accélérer le déploiement des énergies renouvelables. Cependant, les poids-lourds de la consommation mondiale de charbon n'ont pas pris part à cet accord, à savoir les Etats-Unis, la Chine, l’Inde, le Japon ou encore l’Australie. Près de 16 milliards d’euros d’investissement par an passeraient ainsi vers les énergies renouvelables. 

Les énergies renouvelables 

Une coalition en faveur des énergies propres a été lancée à Glasgow. On y trouve des Etats, des industriels, des organisations internationales, des scientifiques et des regroupements de citoyens. Baptisée "Green grids. One sun, one world, one grid"  (Réseau vert : un soleil, une planète, un réseau), elle a pour objectif d’accélérer la construction de grandes centrales solaires et d’interconnecter les réseaux électriques. La France fait partie du comité de pilotage aux côtés de l’Inde, du Royaume-Uni et des Etats-Unis. 

Une agriculture plus respectueuse des écosystèmes 

45 gouvernements ont plaidé pour une protection renforcée de la nature et 95 entreprises de l’agro-alimentaire affirment vouloir changer leurs pratiques pour mieux préserver les milieux naturels. 26 Etats ont également déposé de nouveaux engagements pour changer leur politique agricole afin qu’elle soit plus durable et moins polluante. Autre référence intéressante : la reconnaissance du rôle de la biodiversité dans la lutte contre le changement climatique et la nécessité de préserver "l’intégrité des écosystèmes", notamment les océans et la cryosphère. Des annonces certes, mais les Etats vont ils les respecter ? En 2009, les pays riches avaient promis aux pays plus pauvres et plus exposés de porter leur aide pour la lutte contre le changement climatique à 100 milliards de dollars par an en 2020... Une aide dont les pays pauvres n'ont jamais vu la couleur...  Les pays riches assurent désormais pouvoir honorer leur engagement à partir de 2023, selon un nouveau "plan de livraison"...
 

Pas d'évolution sur l'aide financière pour les pays pauvres

La déclaration finale mise en ligne par la présidence britannique de la COP26 ne fait par contre aucune mention d'un mécanisme spécifique pour compenser les "pertes et préjudices" déjà subis par les pays les plus pauvres et exposés aux effets du réchauffement, une de leurs revendications fortes et un des points très controversés des négociations.