Manifestation en Turquie pour la liberté des femmes en réponse à la mort de Mahsa Amini
Manifestation en Turquie pour la liberté des femmes en réponse à la mort de Mahsa Amini ©AFP - Yasin AKGUL
Manifestation en Turquie pour la liberté des femmes en réponse à la mort de Mahsa Amini ©AFP - Yasin AKGUL
Manifestation en Turquie pour la liberté des femmes en réponse à la mort de Mahsa Amini ©AFP - Yasin AKGUL
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Depuis l'annonce de la mobilisation partielle en Russie, des milliers de jeunes Russes fuient le pays refusant de mourir pour une guerre "injuste". En Iran, depuis la mort de Mahsa Amani, des milliers d'Iraniens et d'Iraniennes manifestent contre le port du voile et contre le régime.

Le 13 septembre, alors qu'elle faisait du tourisme dans la capitale avec ses parents, Masha Amini a été arrêtée par la police des mœurs pour un voile mal ajusté. Elle est morte le 16 septembre des coups reçus après son interpellation par la police des mœurs. Mahsa Amini a été enterrée le 17 septembre à Saghez, sa ville natale, avant même qu’un médecin légiste ne puisse l’examiner. Les responsables iraniens continuent à affirmer que la jeune femme est morte du fait de « problèmes [de santé] antérieurs », selon les mots du ministre iranien de l'Intérieur, Ahmad Vahidi

Mahsa Amini érigée en martyr

Il y a encore quelques jours, ce n'était qu'une Iranienne comme une autre. Après sa mort, elle est devenue, en quelques jours, un des symboles de l’oppression que le gouvernement iranien fait peser sur les femmes, aux côtés de Neda Agha-Soltan, une femme de 26 ans qui avait été tuée par balle lors des manifestations de 2009, et Sahar Khodayari, 29 ans, qui s’était immolée par le feu en 2019 après avoir été condamnée à de la prison ferme pour s’être déguisée en homme afin d’assister à un match de football.

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Depuis sa mort, nombre d'Iraniennes se sont filmées en train de se couper les cheveux. Puis elles sont descendues crier leur colère face à une oppression qu'elles ne tolèrent plus. Ces manifestations remettent notamment en cause la loi instaurée depuis la révolution islamique de 1979, qui impose à toutes les femmes de porter un voile recouvrant la tête et le cou et dissimulant les cheveux. Dans les manifestations qui se multiplient depuis la mort de Mahsa Amini, les femmes clament haut et fort leur droit à la liberté, scandant le slogan "Zan, zendegi, azadi" ("Femme, vie, liberté"). Désormais, les femmes et les hommes sont des dizaines de milliers dans les rues et les manifestations sont devenues un immense cri de protestation contre le régime des mollahs. À la différence des révoltes passées, les femmes ont pris le leadership en sortant dans la rue avant d'être rejointes par les hommes dans un contexte de difficultés économiques et sociales liées à la baisse du pouvoir d’achat.

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Un cri de protestation contre le régime partout en Iran

Le mouvement est également très dispersé, géographiquement, socialement, et démographiquement. Des manifestations ont eu lieu dans des villes habituellement très paisibles, comme dans l’île de Kish par exemple (station balnéaire du Golfe persique). Dans les grandes villes, ce ne sont pas uniquement les quartiers étudiants et politisés qui sont mobilisés, mais la plupart des quartiers, de façon décentralisée, ce qui leur permet de plus aisément déborder les forces de police. Il semblerait également que le mouvement touche des populations de différentes classes sociales, mais aussi de tous les âges ; des personnes âgées se joignant également aux manifestations.

Selon un dernier bilan donné mardi par l'agence Fars, "environ 60 personnes ont été tuées" depuis le début des protestations. Selon l’ONG Human Rights 76 personnes auraient été tuées. Les autorités ont fait état de 10 morts parmi les forces de l'ordre mais il n'était pas clair si ceux-ci figuraient parmi les 60 morts. Les autorités ont fait état en outre de l'arrestation de plus de 1200 manifestants depuis le 16 septembre.

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L'Iran, un pays exsangue

Au-delà de leur liberté, le cri de colère des Iraniens est dirigé contre le régime. Les manifestations se multiplient contre la vie chère, la corruption et le délabrement des services publics illustrés par les inondations meurtrières, les coupures d'eau et d'électricité ou divers effondrements d'immeubles. Des manifestations où retentissent des slogans, impensables il y a quelques années, de "mort au régime". Le pays traverse une crise économique majeure. Selon la banque mondiale, le PIB par habitant serait cette année à peine supérieur à celui enregistré… Dix-huit ans en arrière. Alimentée par l'effondrement de la devise, le rial, tombé en juin à un nouveau plancher historique, qui renchérit le prix des produits de consommation, en majorité importés, l'inflation atteignait officiellement 54 % en rythme annuel fin juin. Treize points de plus qu'un an auparavant à la même époque, sans doute bien plus en réalité. Et le chômage frappe officieusement un jeune sur quatre, voire un sur deux dans certaines régions.

Des manifestations qui gagnent l'étranger

Le soutien à ces femmes iraniennes qui se battent pour leur liberté a touché une grande partie du monde.  L'Union européenne a jugé dimanche "injustifiable et inacceptable" l'usage "généralisé et disproportionné de la force" contre les manifestants en Iran. Des manifestations soutenant le mouvement en Iran ont eu lieu dans plusieurs pays la veille, samedi : au Canada, aux Etats-Unis, au Chili, en France, en Belgique, aux Pays-Bas et en Irak, pays voisin de l'Iran. Au Kurdistan irakien, au moins treize personnes ont été tuées, mercredi dans des frappes iraniennes contre des groupes armés de l’opposition kurde iranienne, qui dénonce la répression des manifestations en République islamique. En Afghanistan, des femmes se sont filmées sans voile.

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