Giorgia Meloni, la leader du parti Fratelli d'Italia
Giorgia Meloni, la leader du parti Fratelli d'Italia ©AFP - Piero CRUCIATTI
Giorgia Meloni, la leader du parti Fratelli d'Italia ©AFP - Piero CRUCIATTI
Giorgia Meloni, la leader du parti Fratelli d'Italia ©AFP - Piero CRUCIATTI
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Ce dimanche, les Italiens sont appelés aux urnes pour élire leurs députés et sénateurs. C'est le parti post-fasciste de Giorgia Meloni qui est donné favori. Après la Suède, l'Italie pourrait-elle élire un parti d'extrême droite ?

Avec
  • Monique Canto-Sperber Philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et ancienne présidente de l'université Paris sciences et lettres (PSL), auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine
  • Giuliano da Empoli Essayiste, romancier et ancien conseiller politique de Matteo Renzi
  • Thierry Pech directeur général de Terra Nova
  • Aurélie Filippetti Femme politique, romancière, ancienne ministre de la Culture dans les gouvernements Ayrault puis Valls

Ce dimanche, les Italiens vont élire les 200 sénateurs et 400 députés qui composent le parlement après la démission de Mario Draghi le 20 juillet 2022.

Quels sont les partis en lice en Italie ?

Au-delà des difficultés avec la jeunesse, le leader du Parti démocrate et ancien Premier ministre Enrico Letta vit une campagne électorale compliquée. Après avoir tout fait pour éviter la chute du gouvernement de l’actuel Premier ministre Mario Draghi, Enrico Letta a eu le plus grand mal à mettre sur pied une coalition. Il a réussi à coaliser avec lui un tout petit parti Sinistra Italiana. Face à lui, le mouvement 5 étoiles de Giuseppe Conte qui a été à plusieurs reprises au pouvoir depuis 2018 mais qui est en perte de vitesse. Le 3ème pôle est celui d'un regroupement centriste unissant le parti Italia Viva de Matteo Renzi et celui Azione de son ancien ministre de l'Industrie, Carlo Calenda. Malgré leur inimitié personnelle, ils veulent constituer une force centriste créditée de 15 % par les sondages les plus optimistes. Et enfin la coalition de droite qui est donnée vainqueur avec 40-45 % des intentions de vote. Depuis le milieu des années 70, la droite est habituée à composer des unions. Mais le fait marquant c’est que la coalition est dominée par Fratelli d’Italia. La grande inconnue de ces élections reste néanmoins le taux de participation, qui pourrait avoir un impact sur les résultats finaux. En effet, selon une estimation, 41% de l'électorat ne prévoyait pas de se déplacer aux urnes.

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La coalition de droite en Italie dominée par un parti post-fasciste

La coalition d’extrême droite avec fratelli d’Italia de Giorgia Meloni, Forza Italia de Silvio Berlusconi et le mouvement La Ligue de Matteo Salvini. Giorgia Meloni caracole aujourd'hui en tête de toutes les enquêtes de popularité tandis que son parti est crédité d'environ 25 % des intentions de vote. Soit le quintuple des suffrages recueillis lors du scrutin de 2018. Fratelli d'Italia domine désormais largement la coalition de droite composée de la Ligue de Matteo Salvini (12,9 %) et de Forza Italia de Silvio Berlusconi (11,4 %)… La coalition de droite est donc créditée de 45 %-47 % d’intentions de vote.

Dieu, patrie, famille" : c'est l'un des slogans revendiqués par la potentielle future Première ministre italienne. Elle porte une ligne conservatrice, très identitaire et ferme sur l'immigration. Parfois comparée à Marine Le Pen, dont elle n’est pourtant pas particulièrement proche, Giorgia Meloni, la leader de Fratelli d'Italia a déjà été ministre (de la jeunesse), entre 2008 et 2011. Une présence dans le cadre des multiples coalitions gouvernementales faisant place à l’extrême droite et à la Ligue du nord sous Berlusconi (1994-1995 ; 2001-2005 ; 2008-2011) et lors des récents gouvernements Conte (2018-2019) et Draghi (depuis 2021). Giorgia Meloni a fondé Fratelli d'Italia en 2012. Il s'agit d'un parti ultraconservateur dont la boussole est la défense de la patrie. Ses points cardinaux sont clairs : la protection de la famille traditionnelle contre les droits LGBTQIA+, un souverainisme exacerbé contre le "danger chinois", un euroscepticisme virulent à l'encontre des technocrates bruxellois et une lutte féroce contre l'immigration avec l'intention d'instaurer un blocus naval au large des côtes africaines. Les thématiques qu'elle développe séduisent. C’est-à-dire une Italie plus souveraine, une Italie plus nationale, une Italie très hostile à l'immigration, à l'islam ou à ce qu'elle dénonce comme le lobby LGBT. Une Italie plus conservatrice, plus traditionaliste. Mais l'électorat est avant tout séduit par sa nouveauté. Giorgia Meloni et sa poignée de fidèles élus demeureront toujours dans l'opposition refusant de s'adonner aux combinazioni qui régissent le jeu parlementaire transalpin.

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Une alliance entre la droite et l'extrême droite en Suède

Il y a dix jours, ce sont les Suédois qui plaçaient au pouvoir une alliance entre la droite et l'extrême droite. Un bloc inédit réunissant la droite et l'extrême droite a remporté à une faible majorité les élections législatives en Suède il y a 10 jours face à la gauche sortante. Au terme d'une dernière journée de comptage du scrutin archi-serré de dimanche, la Première ministre sortante, la sociale-démocrate Magdalena Andersson, a reconnu la défaite de son camp mercredi 14 septembre et annoncé sa démission. Avec 176 sièges, dont 73 pour le parti d'extrême droite des Démocrates de Suède (SD), le bloc de quatre partis devance de très peu celui de gauche (173 sièges). Héritier d'un groupe néonazi à sa création en 1988, le parti d'extrême droite s'est peu à peu banalisé dans le paysage politique suédois, entrant au parlement en 2010 avec 5,7 %, puis grimpant à chaque élection, sur fond de forte immigration et de problèmes de gangs criminels en Suède. Le scénario le plus probable est que le SD, bien que plus gros parti des quatre, appuie seulement le gouvernement au Parlement, sans en faire directement partie.

L'Europe est-elle en train de se tourner vers l'extrême droite ?

La Pologne, elle, est toujours dirigée par un gouvernement ultra-conservateur. En Hongrie, Viktor Orban reste sur sa ligne populiste, autoritaire et eurosceptique. Hors Union européenne, la nouvelle première ministre britannique Liz Truss revendique un conservatisme affirmé. Elle maintient d'ailleurs le programme d'éloignement des demandeurs d'asile vers le Rwanda, expulsés du territoire britannique le temps que leur dossier soit examiné. Mais, cette vague populiste et conservatrice ne concerne pas tous les pays européens. Regardons chez nos voisins. L'Espagne et le Portugal ont un gouvernement socialiste. L'Allemagne est dirigée par une coalition entre les sociaux-démocrates, les libéraux et les Verts. En Autriche, c'est une coalition entre la droite et les écologistes.

Les idées d’extrême droite gagnent du terrain au sein de la population européenne. Les thèmes repris dans le débat se recoupent avec ceux exposés par le Rassemblement national en France : une économie protectionniste, un conservatisme sociétal et l’immigration en ligne de mire. Mais globalement, trois crises ont participé à la montée de ces partis, la crise financière de 2008, la crise migratoire à partir de 2015 et enfin la crise la représentativité. Les partis d'extrême droite ont aussi joué sur la dédiabolisation de leurs idées.