Emmanuel Macron et Joe Biden
Emmanuel Macron et Joe Biden ©AFP - LUDOVIC MARIN
Emmanuel Macron et Joe Biden ©AFP - LUDOVIC MARIN
Emmanuel Macron et Joe Biden ©AFP - LUDOVIC MARIN
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Joe Biden et Emmanuel Macron ont affiché l'amitié de leurs deux pays un peu plus d'un an après l'affaire Aukus. Mais l'Inflation Reduction Act (plan d'aide massif aux entreprises américaines), et la différence de prix du gaz entre les deux côtés de l'Atlantique pourrait-elle ternir leur entente ?

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Fin août l'IRA (inflation Reduction Act) a été votée aux Etats-Unis. Cette mesure très protectionniste risque selon Emmanuel Macron de "fragmenter l'Occident" et de faire de l'Europe et de la France une "variable d'ajustement" de la rivalité entre les États-Unis et la Chine.

Qu'est ce que l'Inflation Reduction Act ?

C’est un paquet de mesures qui prévoit près de 400 milliards de dollars d'investissements pour lutter contre l'inflation et réduire les émissions américaines de gaz à effet de serre. Du côté des entreprises, le plan prévoit des crédits d'impôts pour les investissements et la production dans le véhicule électrique, dans l'éolien, le solaire, la séquestration du carbone, l'hydrogène vert, les biocarburants, les batteries, etc. Des centaines de milliards de dollars de subventions, directement versées aux entreprises développant des énergies renouvelables. Le problème pour la France et l'Union européenne : les subventions ne seront versées que pour des produits fabriqués aux Etats-Unis, ce qui va favoriser par exemple les Tesla américaines par rapport aux BMW allemandes électriques, et l'acier américain pour des projets de parcs éoliens. Les Européens craignent surtout des délocalisations massives d'entreprises européennes ou américaines ayant investi en Europe et qui préféreront fabriquer sur le sol américain pour pouvoir bénéficier de ces aides. L'IRA conditionne aussi certaines subventions supplémentaires à la provenance des composants ou des matières premières : il faut s'approvisionner auprès d'entreprises américaines, ou bien simplement éviter les fournisseurs chinois.

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A l'issue de leurs entretiens, pas de changements côté américains. Les Etats-Unis n’ont pas accédé aux requêtes esquissées par la France. Aucune exemption au profit de certaines industries européennes n’est à ce jour envisagée, comme l’imaginait l’Elysée avant le voyage. Mais le président américain s'est voulu rassurant « Nous avons le même objectif : investir massivement dans les énergies propres. Nos équipes vont continuer à se parler, pour nous coordonner ». Mais d'ajouter « Les Etats-Unis ne s’excuseront jamais pour le plan que nous allons mettre en place », tout en assurant que les créations d’emplois aux Etats-Unis ne se feront pas aux dépens de l'Europe. Pour Emmanuel Macron « Une des conséquences [de ce plan d’investissement américain], c’est que des projets européens peuvent en pâtir, et ce n’est pas la volonté des Etats-Unis ». Le but est donc de « resynchroniser, la discussion a été parfaitement claire » sur ce sujet. « Ces effets domino doivent être réglés, on veut réussir ensemble, pas l’un contre l’autre ».

Des entreprises européennes impactées par le prix du gaz

Les entreprises européennes pourraient être d'autant plus tentées de délocaliser que, selon le Medef, leur facture énergétique qui aurait explosé de 16 milliards d'euros en 2022, dont six milliards pour la seule industrie. La secousse est rude pour le monde économique européen, avec un « rapport de 1 à 10 entre le prix de l'énergie aux Etats-Unis et en France », selon Geoffroy Roux de Bézieux*. « Il y a un risque général de compétitivité pour l'Europe vis-à-vis de la Chine, de l'Asie et des Etats-Unis ».*

La France s’échine depuis plusieurs semaines à déployer un plan d’aides aux entreprises parce qu'elle redoute les faillites, mais aussi les délocalisations. Le ministère de l'Économie a mis 10 milliards d'euros sur la table pour amortir leur facture énergétique, mais cela n’empêche pas d’entendre des entrepreneurs évoquer un départ outre-Atlantique.

Emmanuel Macron veut promouvoir le "Buy European Act"

Face à cette mesure très protectionniste américaine, Paris veut promouvoir, auprès des autres pays Européens, l’adoption d’une arme commerciale comparable au plan américain, dans ses contours. Un « Buy European Act » qui donnerait aussi, la priorité aux produits fabriqués sur le Vieux Continent. Paris et Berlin sont en tout cas d'accord pour pousser plusieurs axes d'amélioration de leur compétitivité face aux Etats-Unis, mais également à la Chine, par exemple en accélérant la délivrance des agréments pour les projets d'intérêt européens qui sont subventionnés, et en étendant ces derniers à d'autres domaines (hydrogène, batteries, santé, intelligence artificielle…).

Mais malgré tout des relations apaisées entre la France et les Etats-Unis

Depuis la rupture de confiance majeure de septembre 2021, l'épisode Aukus (qui formalisait une alliance entre l'Australie, le Royaume-Uni et les Etats-Unis dans l'Indo-Pacifique et qui a été vécu comme un point bas de la relation franco-américaine), les relations se sont apaisées. Après l'affaire Aukus, un communiqué commun des deux présidents français et américain - une rareté pour la diplomatie américaine - a admis l'absence de consultation et identifié un processus de rapprochement.

Des points de convergences ont été recherchés sur la question indo-pacifique, la défense européenne et la lutte contre le terrorisme au Sahel. Les visites se sont enchaînées à Paris : le secrétaire d'Etat, Antony Blinken, le conseiller à la sécurité nationale, Jake Sullivan, et la vice-présidente, Kamala Harris. Côté américain, on admet que l'incident a permis un certain nombre de conversations franches sur une variété de sujets.

L'agression de l'Ukraine par la Russie a mis un grand coup d'accélérateur dans le rétablissement des liens avec la France et raffermit l'alliance Atlantique. Les services de renseignements américains ont fait un grand effort de transparence. Le soutien financier et militaire des Etats-Unis à l'Ukraine, la volonté de circonscrire le conflit au territoire ukrainien et la candidature d'adhésion de la Finlande et de la Suède à l'Otan ont achevé de rapprocher les Etats-Unis de ses alliés européens.

Preuve de leur amitié, lors de la conférence de presse commune, Joe Biden s’est dit « ravi d’avoir eu ces conversations avec Emmanuel Macron ». Lequel « Emmanuel, est devenu un ami ». Le locataire de la Maison Blanche a poursuivi sur la relation entre les deux Nations : « Nous avons un programme commun, nous pouvons avoir des désaccords, certes. Mais si je devais faire le détail de toutes nos coopérations, on serait encore là ce soir ».

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