Flambée des prix de l'essence
Flambée des prix de l'essence
Flambée des prix de l'essence ©AFP - Bertrand GUAY
Flambée des prix de l'essence ©AFP - Bertrand GUAY
Flambée des prix de l'essence ©AFP - Bertrand GUAY
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Résumé

Depuis un an, les prix de l'énergie (essence, électricité, gaz) ont explosé et cela se voit sur la facture des ménages en fin de mois. Le gouvernement a multiplié les aides pour aider les plus pauvres. Comment expliquer cette hausse des prix? Comment lutter contre ?

avec :

Pascal Perrineau (Politologue et professeur des Universités à Sciences Po, ancien directeur du CEVIPOF), Dominique Schnapper (sociologue et politologue, directrice d'étude à l'EHESS), Gérard Courtois (journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde), Daniel Cohen (Économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure, Président de l'Ecole d'Economie de Paris).

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Sur un an, les prix de l’énergie ont augmenté de 18.6% selon le dernier taux d’inflation selon le dernier rapport publié par l’Insee le 4 janvier. Le prix du gaz a augmenté de 41%, celui de l’essence de 21% et celui de l’électricité de 3%.

L'Insee estime que la hausse des prix coûte 64 euros de plus par mois par foyer. L’Institut pointe que "le poids des dépenses d’énergie des ménages dans l’ensemble de leur consommation dépasse celui de l’automne 2018", date du début du mouvement des "gilets jaunes".

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Pourquoi une flambée des prix ?

La flambée des prix est due à des facteurs tels que l’augmentation de la demande mondiale à mesure que les pays se remettent de la pandémie, la réduction de l’offre d’énergie renouvelable et la baisse des approvisionnements supplémentaires en provenance de plusieurs pays. La Russie par exemple est le premier fournisseur de gaz naturel de l’UE. Elle préfère les contrats à long terme or les pays de l’UE veulent supprimer progressivement ces accords d’achat. Depuis le début de la semaine, les Etats-Unis et la Russie multiplient les réunions pour trouver une solution au conflit entre l'Ukraine et la Russie. Si la Russie envahit l'Ukraine, l'une des sanctions possibles concernerait le gazoduc Nord Stream 2 entre la Russie et l'Allemagne.

De nombreux pays veulent réduire leur production d'électricité à partir de centrales à charbon, souhaitent investir dans les énergies renouvelables. Du coup le coût de l'électricité a augmenté et cela se répercute chez les fournisseurs et les particuliers. En France, plusieurs usines ont été contraintes de baisser le rideau.

Pour contrer la hausse des prix, le gouvernement a mis en place un bouclier tarifaire et mis à contribution EDF

Face à cette augmentation des prix, le gouvernement a mis en place plusieurs aides. Ainsi, en avril, 1.8 millions de ménages ont reçu un chèque énergie d'un montant moyen de 150€. En décembre, ces personnes ont reçu une aide supplémentaire de 100 euros. Pour tenter de lutter contre l'inflation galopante, le chef de l'état a mis en place la prime inflation de 100 euros; une prime dont bénéficie les Français qui perçoivent un revenu inférieur à 2 000 euros net par mois, soit 38 millions de personnes.

D'autres mesures ont été mises en place en France. Depuis octobre 2021, le prix du gaz a été gelé et le 30 septembre, le Premier ministre Jean Castex annonçait un bouclier tarifaire en limitant à seulement 4% l'augmentation des tarifs réglementées de vente de l'électricité.

Pour limiter l'augmentation des tarifs EDF à 4%, le gouvernement va d'abord jouer sur les taxes : il va réduire au maximum la TICFE, la Taxe intérieure sur l’électricité, de 22 euros le mégawattheure (mWh), elle va passer à 50 centimes à peine, soit le tarif le plus bas autorisé par Bruxelles. Ça représente une perte importante pour les finances publiques : huit milliards d’euros en moins que l’État ne collectera pas. Le gouvernement a également demandé à EDF de vendre plus d'énergie à ses concurrents comme Total Energies ou Engie à un prix bas, cassé et plafonné. EDF le fait déjà. Mais là, le groupe va ouvrir un peu plus les vannes et leur réserver une partie de sa production. Le manque à gagner pour l’électricien est estimé entre 7,7 et 8,5 milliards d’euros. Enfin, Jean Castex l'a assuré, il n'y aura pas de rattrapage en 2023.

Être moins dépendant des pays étrangers

La Commission européenne a dévoilé mercredi une mise à jour de ses règles relatives au marché du gaz, qui prévoit d’interdire aux États membres de conclure des contrats d’approvisionnement en gaz avec des pays non membres de l’UE au-delà de 2049, soit la dernière année avant que l’UE n’atteigne son objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre. L'objectif: mettre fin à la dépendance de l’Union vis-à-vis des producteurs étrangers, Russie en tête. La Commission a également proposé un système volontaire d’achat commun de gaz et de stockage partagé pour les pays de l’UE, dont beaucoup ont exigé des changements radicaux sur le marché intérieur de l’énergie afin de freiner la hausse des prix de l’électricité. Bruxelles encouragera les États membres à procéder à des achats groupés en cas d’urgence.

Accélérer la transition énergétique

Le nucléaire n'a plus bonne presse en France et les centrales nucléaires doivent fermer. Le gouvernement souhaite passer de 70% à 50% de nucléaire dans notre mix énergétique. Or le nucléaire est bon marché. Les quelques centrales nucléaires qui restent en France ont plus de 30 ans. La pandémie a bousculé le calendrier de maintenance, rendant indisponibles une quinzaine de réacteurs sur cinquante-six au moment des pics de consommation.Le 9 novembre, Emmanuel Macron a acté le principe d'une relance de la construction de réacteurs nucléaires afin de garantir l'indépendance énergétique de la France. Deux mois plus tard, les modalités de cette décision ne sont toujours pas connues. Selon l’Autorité de sûreté nucléaire, la filière va avoir besoin de moyens très importants, et il faudra sans doute revenir sur la décision de fermer 12 réacteurs d’ici à 2035, pour redonner des marges de manœuvre au système électrique.

Le gouvernement français avait promis de les fermer une à une. Mais pas cet hiver. Au contraire, les deux dernières centrales à charbon encore en activité dans le pays sont parties pour « turbiner » plus que prévu. Quand bien même il s’agit du combustible le plus polluant, tout semble bon à prendre pour épargner au réseau électrique de fâcheuses ruptures d’approvisionnement. Un projet de décret, ouvert à la consultation par le ministère de la transition écologique jusqu’au 20 janvier, « vise à permettre une dérogation exceptionnelle ». En l’occurrence, il s’agira de rehausser le seuil d’exploitation pour les deux premiers mois de l’année.

Pour être moins dépendant des prix de l'énergie, la solution serait d'accélérer la transition énergétique. Mais cela prendra du temps, sera coûteux et nécessite de trouver un consensus entre pays sur le mix énergétique. Il faut également accentuer la part des sources d'énergie décarbonées : nucléaire, solaire et éolien. Inciter les Français à opter pour l'efficacité énergétique A plus long terme, la solution viendra d'investissements dans les batteries pour stocker les énergies renouvelables intermittentes et dans l'hydrogène.

Références

L'équipe

Patrick Cohen
Production
Luc-Jean Reynaud
Réalisation
Anne-Claire Bazin
Collaboration