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L’alliance MoDem UDI

En formalisant l’alliance de leurs deux partis en novembre dernier, Jean-Louis Borloo et François Bayrou ont présenté une charte commune à ce partenariat baptisé « UDI-MoDem : l’Alternative». Ils y dressent la liste de leurs idées et valeurs : « humanisme », « Europe », « développement durable », « économie de liberté », « autonomie des collectivités locales ». Mais pour le politologue Gérard Grunberg, la question de l'espace qu’occupera cette alternative centriste « n'est pas d'abord un problème idéologique mais stratégique ». En effet, l’UDI de Jean-Louis Borloo est proche de l’UMP, alors que le MoDem ne se veut ni de droite ni de gauche, et que François Bayrou avait appelé à voter pour François Hollande en mai 2012. Comment constituer alors des alliances pour les élections municipales de mars ? La charte de l’Alternative favorise l’UMP. Les deux partis écrivent : « L'alliance avec le PS et les appareils de la coalition au pouvoir est impossible. En ce qu’elle respecte les valeurs humanistes, la droite républicaine est naturellement notre partenaire politique. »

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Mais cette préférence pour l’UMP pose problème dans 5 à 10% des villes, d’après les estimations du MoDem. Début janvier, le conseiller MoDem de Paris Jean-François Martins a été suspendu pour s’être rallié à Anne Hidalgo. Dans une trentaine de villes dont Dijon, Mulhouse, Nice, Chartres, Issy les-Moulineaux ou Lille, des élus MoDem locaux souhaitent reconduire leur alliance avec le PS et refusent de changer de camp au nom de l’alliance nationale avec l’UDI. A Marseille, les chefs de file MoDem ne veulent pas soutenir Jean-Claude Gaudin, qui a pourtant déjà le soutien de l’UDI. Dans le cas de Paris, un accord a cependant été signé le 1er janvier entre Nathalie Kosciusko-Morizet, Jean-Louis Borloo et Marielle de Sarnez. Deux têtes de liste sont UDI, et dix-sept UMP. Seul un différend subsiste dans le 20ème. Enfin, François Bayrou est candidat à Pau, et Jean-François Copé a autorisé le 17 janvier un accord local avec l’UMP. Une décision « inadmissible » et « immorale » pour Henri Guaino, député UMP des Yvelines qui a déclaré que François Bayrou devait « assumer la responsabilité » de son vote en faveur de François Hollande au second tour des dernières présidentielles.

UDI et MoDem ont pour ambition de se présenter « ensemble à toutes les élections nationales, régionales et européennes ». D’autres négociations s’annoncent donc compliquées, comme la désignation de la tête de liste en Ile-de-France pour les élections européennes : le MoDem soutient Marielle de Sarnez, et l'UDI Rama Yade. Les deux partis souhaitent aussi désigner un candidat commun à la présidentielle, « par une procédure démocratique ».

La crise politique en Turquie

La Turquie est secouée par un scandale de corruption qui ébranle le Parti islamo-conservateur AKP, au pouvoir depuis 2002. Le 17 décembre dernier, la justice turque a fait incarcérer une vingtaine d'hommes d'affaires et d'élus proches du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, et trois ministres ont été contraints à la démission. Le gouvernement dénonce une conspiration menée par la confrérie musulmane du prédicateur Fethullah Gülen. Cet ancien allié de l’AKP est accusé par les partisans de M. Erdogan d’avoir noyauté le système judiciaire et de manipuler l'enquête anticorruption pour faire tomber le Premier Ministre. Le dirigeant turc était déjà mis en difficulté par les grandes manifestations de juin dernier à Istanbul et par un isolement diplomatique de plus en plus important. Deux années de croissance en berne, auxquelles viennent s’ajouter une crise financière et monétaire, alimentent le mécontentement populaire.

Le gouvernement réagit à la crise avec autoritarisme. Plus de 2 000 hauts fonctionnaires ont été limogés, notamment dans la police, et une vingtaine de procureurs ont été déplacés. A l’inverse, M. Erdogan a tendu la main à l’armée, traditionnellement hostile aux islamistes. Elle a subi depuis 2008 une purge politique au terme de laquelle des centaines d'officiers accusés de tentatives de coup d’Etat ont été condamnés à de lourdes peines. Le Premier ministre s’est dit favorable à de nouveaux procès. Dans le même temps, le gouvernement a élaboré un projet de loi destiné à renforcer le contrôle de l'exécutif sur l'institution judiciaire. Cette initiative rencontre une très vive opposition en Turquie et l’Union européenne a fait part de ses préoccupations. M. Erdogan s’est rendu mardi dernier à Bruxelles pour défendre la poursuite des négociations d’adhésion, reprises en novembre après trois ans de gel. Les Européens l’ont mis en garde contre toute atteinte à l'Etat de droit et au principe de séparation des pouvoirs.

Le Président turc Abdullah Gül, réputé proche de la confrérie Gülen, a publiquement pris le contrepied du Premier ministre dans la crise en cours. Il a déclaré "Nous devons nous abstenir de toutes positions et comportements pouvant nuire à notre État de droit démocratique." Les deux hommes ont fondé ensemble le Parti de la justice et du développement (AKP) en 2001. Leurs différences ont éclaté au grand jour lors de la fronde antigouvernementale de juin dernier. Le Président s’était montré plus ouvert que le Chef du gouvernement qui traitait les manifestants de "vandales" ou de "pillards". En août prochain, les élections présidentielles seront disputées pour la première fois au suffrage universel direct et donneront donc davantage de poids politique au prochain Chef d’Etat. Le Président Abdullah Gül apparaît désormais comme le grand rival de M. Erdogan.

Invités

Michaela WIEGEL, correspondante à Paris de la Frankfurter Allgemeine Zeitung

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris

Max GALLO, romancier et historien

Marc-Olivier PADIS, directeur de la rédaction de la revue Esprit

Brèves

Sébastien LAPAQUE, Théorie de la carte postale (Actes Sud, février 2014)

Bertrand GOBIN, "Leclerc, l'indécent système", dans Au fait , décembre 2013

Panagiotis GRIGORIOU, La Grèce fantôme, Voyage au bout de la crise (2010-2013) (Fayard, octobre 2013)

"La passion des soldats de la grande guerre", les 7 et 8 février au Göethe Institut à Paris, mis en scène par Xavier GRAS, autour de Ceux de 14 de Maurice Genevois et Orages d'acier d'Ernst Jünger