Le prix de l'énergie
Le prix de l'énergie ©Getty
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Les ministres européens de l'Energie ont tenté vendredi de se mettre d'accord sur des mesures d'urgence pour enrayer l'envolée des prix du gaz et de l'électricité provoquée par l'offensive russe en Ukraine. De nombreux pays ont déjà mis en place des plans d'aide pour aider les ménages à faire face.

Avec
  • Thierry Pech directeur général de Terra Nova
  • Daniel Cohen Économiste et directeur du département d'économie de l'École Normale Supérieure, Président de l'Ecole d'Economie de Paris
  • Bertrand Badie Politiste, spécialiste des relations internationales
  • Christine Ockrent Journaliste et productrice de l'émission "Affaires étrangères" sur France Culture

Depuis bientôt sept mois, l'Europe traverse une crise énergétique sans précédent. Car depuis le printemps, la Russie se sert de ses approvisionnements restants comme d’un levier pour obliger les différents pays à assouplir les sanctions sur les transactions financières et les technologies. Depuis début juillet, elle n’envoie plus qu’un tiers des volumes prévus. Les prix du gaz dans l’Union Européenne ont par conséquent plus que décuplé et les gouvernements européens essaient de protéger les consommateurs contre ce choc tarifaire, en distribuant des milliards de subventions. Les sanctions de l’UE contre la Russie ont entraîné une réduction significative de l’approvisionnement russe.

L'UE multiplie les réunions pour trouver une solution commune

Les ministres européens de l'Énergie se sont dits favorables vendredi à une série de mesures d'urgence pour enrayer la flambée des factures de gaz et d'électricité,

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Bruxelles propose de plafonner les revenus des énergéticiens (renouvelable, nucléaire), qui vendent leur électricité à un prix bien supérieur au coût de production. Un prélèvement de la différence entre ce plafond et le prix du marché servirait à financer les aides aux ménages et aux entreprises. De nombreux Etats ont affiché leur soutien à ce mécanisme de redistribution, y compris Paris et Berlin. Dans les détails, beaucoup de choses restent à discuter, comme la forme juridique que prendra l’instrument et surtout, le niveau du plafond.

La proposition de la Commission de plafonner les prix du gaz russe ne fait pas consensus en revanche. Quant au soutien à apporter aux fournisseurs d’électricités, à court de liquidités, les choses sont plus consensuelles. Autre suggestion de la Commission européenne, pour desserrer les tensions sur l’offre et la demande : fixer des objectifs contraignants pour réduire la demande d’énergie. Elle met sur la table l’idée d’une baisse de 10 % de la consommation mensuelle nette de chaque Etat.

Pour aider les ménages, les chefs d'état multiplient les aides et cherchent de nouvelles sources d'approvisionnement

L’inflation annuelle dans les 19 pays de la zone euro a connu une nouvelle hausse au mois d’août, s’établissant à 9,1 %. Des taux inédits qui sont principalement portés par la hausse des prix de l’énergie (38,3 % d’inflation en août 2022).

Pour tenter d’aider les ménages à faire face à l’inflation, plusieurs gouvernements ont mis en place des mesures d’urgence.

Aujourd'hui, les pays européens frappent à la porte des producteurs qu'il s'agisse de l'Algérie pour l'Italie ou la France, ou du Qatar pour l'Allemagne. D'ailleurs, Berlin affirme se trouver "en bien meilleure position" pour faire face "aux menaces" de la Russie, selon le chancelier Olaf Scholz.

L'Espagne s'est elle aussi tournée vers le GNL américain. Madrid, qui ambitionne de devenir la principale plateforme de GNL pour l'Europe, dispose déjà de six ports méthaniers, qui gèrent 40% des capacités totales de l'Europe. Au printemps, Bruxelles et les Etats-Unis ont déjà signé un accord pour acheminer 15 milliards de m3 supplémentaires d'ici a fin de l'année, mais cette option reste plus chère et plus polluante que les gazoducs.

Mais jusqu'où pourra tenir l'opinion publique ?

Pour certains pays, la crise énergétique pourrait entraîner une incidence économique forte, jusqu’à 6%. La Hongrie, la Slovaquie ou encore la République tchèque sont particulièrement vulnérables, du fait de leur forte utilisation du gaz russe et des difficultés de diversification des sources d’approvisionnement.

L’Italie sera également fortement exposé à cette crise. L’Allemagne ainsi que la Hongrie vont également connaître des effets défavorables sur le plan économique.

La question de l’efficacité des sanctions est évidemment légitime, en Russie comme ailleurs. Mais la manière dont le débat est posé par l’extrême droite, en Italie et en France, vise surtout à surfer sur les inquiétudes face à la facture énergétique et à l’inflation. A Prague ce weekend, des dizaines de milliers de personnes ont, là aussi, été rassemblées par l’extrême droite aux cris de « La Tchéquie d’abord ».

Il se trouve que c’est dans ce sens que pousse la propagande russe, pour dire aux Européens que les sanctions leur font plus de mal qu’elles n’en infligent à la Russie elle-même.