Des migrants de l'Ocean Viking se préparent à débarquer à Toulon
Des migrants de l'Ocean Viking se préparent à débarquer à Toulon ©AFP - Vincenzo Circosta
Des migrants de l'Ocean Viking se préparent à débarquer à Toulon ©AFP - Vincenzo Circosta
Des migrants de l'Ocean Viking se préparent à débarquer à Toulon ©AFP - Vincenzo Circosta
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Le 11 novembre, les 230 migrants de l'Ocean Viking ont débarqué dans le port de Toulon après le refus de Giorgia Meloni de les accueillir en Italie. Depuis les relations Franco-Italiennes sont tendues. Pourquoi l'Europe n'arrive-t-elle pas à s'accorder sur une politique en matière d'immigration ?

Avec
  • Aurélie Filippetti Femme politique, romancière, ancienne ministre de la Culture dans les gouvernements Ayrault puis Valls
  • Thierry Pech directeur général de Terra Nova
  • Brice Couturier Journaliste, producteur jusqu'en juin 2021 de la chronique "Le Tour du monde des idées" sur France Culture
  • Bertrand Badie Politiste, spécialiste des relations internationales

Après 20 jours d’errance en Méditerranée, les 230 migrants issus de l'Ocean Viking ont enfin posé le pied sur la terre ferme en France vendredi 11 novembre. En 2018, les autorités Françaises avaient refusé d’accueillir l’Aquarius, qui avait débarqué ses réfugiés à Barcelone.

Accueillir l'Ocean Viking, un "devoir d'humanité"

Recueillir les migrants de l'Ocean Viking, un accueil exceptionnel par « devoir d’humanité », selon le ministre de l’Intérieur. Pourtant, le droit maritime prévoyait en principe que ce débarquement ait lieu plus près de la zone de secours, entre la Libye et l’Italie. Mais Giorgia Meloni s'y est opposée. Pour Gérald Darmanin, cette décision aura des « conséquences extrêmement fortes sur la relation bilatérale et sur la relation entre l’Europe et le gouvernement italien » comme la suspension en guise de rétorsion et avec « effet immédiat » de l’accueil prévu de 3.500 migrants actuellement en Italie. La cheffe du gouvernement italien a dénoncé une réaction française « agressive, incompréhensible et injustifiée » et a rappelé que son pays a déjà accueilli près de 90.000 migrants depuis le début de l’année. Qu'en est il réellement ?

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Un "devoir d'humanité" pourtant plus de la moitié des rescapés du navire humanitaire, soit cent vingt-trois migrants, ont fait « l’objet d’un refus d’entrée sur le territoire » français, a annoncé le ministère de l’intérieur devant le Conseil d’Etat, vendredi 18 novembre. En début de semaine, alors que toutes les auditions par l’Ofpra n’étaient pas encore terminées, le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, avait affirmé devant l’Assemblée nationale qu’au moins quarante-quatre personnes qui avaient reçu un avis défavorable seraient « reconduites » dans leur pays d’origine « dès que leur état de santé » le permettrait.

Migrants : l'impossible concorde Européenne

Selon Frontex, 275 000 entrées illégales de migrants en sol Européen ont eu lieu entre janvier et octobre 2022, soit une augmentation de 73% par rapport à 2021.

En 1985, le Bénélux, la France et l’Allemagne signaient les accords de Schengen, une première réalisation significative de la politique d'immigration européenne. En 1990, les accords de Dublin stipulait qu’un seul Etat soit responsable de l’examen d’une demande d’asile si le demandeur circule ou se déplace d’un Etat vers un autre. Mais ce système ne prenait pas en considération le parcours ou les intentions du demandeur d’asile, ni ne tenait compte des disparités existantes entre les différents systèmes d’asile nationaux. Mais surtout, il fait peser une charge plus importante sur les pays à la périphérie de l’Europe, les pays d’entrée qui ont déjà en charge le contrôle des frontières extérieures.

Ces dernières années ont été marquées par la formation de « hotspots », points d’entrée et d’accueil principaux des migrants situés sur dans les pays côtiers du sud de l’Europe. Les accords de Dublin semblent condamner les pays méditerranéens tels que Chypre, l’Italie ou encore la Grèce à être les principaux hôtes et gestionnaires de la crise migratoire, une situation qui ne peut plus durer.

La question de l’immigration sera de nouveau à l’ordre du jour vendredi 25 novembre à Bruxelles lors d’une réunion des ministres de l’Intérieur de l’Union Européenne. Une loi est par ailleurs en préparation en France pour janvier 2023 concernant l’immigration.

Des migrants pas tous logés à la même enseigne ?

Selon un sondage CSA paru ce jeudi 17 novembre, près de quatre Français sur dix (39%) considèrent les migrants comme une « menace » pour la France. Un climat de méfiance partagé par d’autres pays d’Europe, dont l’Italie. Mais selon leur pays d'origine, les migrants ne sont pas accueillis de la même manière.

Selon le Haut-commissariat aux réfugiés des Nations Unies, depuis le début de la guerre en Ukraine, 6,65 millions d’Ukrainiens sont toujours déplacés et ont été accueillis dans un autre pays européen. Un chiffre sans précédent depuis la Seconde Guerre mondiale. Des réfugiés Ukrainiens à qui l'Europe a immédiatement accordé un asile provisoire leur permettant d'accéder aux aides sociales et au travail.

Ce sujet de l’immigration avait provoqué des tensions en 2015 entre la France et l’Allemagne de Merkel, qui avait ouvert grand ses portes aux réfugiés syriens. Depuis, l’Union européenne s’est couverte de murs et de clôtures : entre la Hongrie et la Croatie, la Bulgarie et la Turquie, la Grèce et la Turquie, la Pologne et le Bélarus, la Lettonie et la Russie, la Lituanie et la Russie… En tout, 1 200 kilomètres de frontières physiques, véritable réminiscence du rideau de fer.

Il a creusé un fossé entre les pays d’Europe centrale et orientale, ouverts aux réfugiés ukrainiens mais pas aux migrants venus d’Afrique et du Moyen-Orient, et les pays du Sud, qui ont l’impression de subir tout le fardeau migratoire.

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