Des soldats Ukrainiens ©AFP - SERGEI SUPINSKY
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Résumé

Depuis l’automne, la tension s'accroît entre la Russie et les Occidentaux. En cause, une possible invasion de l’Ukraine par Moscou. De nombreux échanges ont eu lieu ces derniers mois pour tenter de désamorcer le conflit.

avec :

Bertrand Badie (Politiste, spécialiste des relations internationales), Thomas Gomart (Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).), Christine Ockrent (Journaliste et productrice de l'émission "Affaires étrangères" sur France Culture), Sylvie Kauffmann (Directrice éditoriale au journal Le Monde. Spécialiste notamment des questions internationales.).

En savoir plus

L’année 1991 signait la fin de l’URSS. Depuis Vladimir Poutine rêve de reconstruire cet empire.

Les prémisses du conflit, le Donbass et la Crimée

Annexion de la Crimée en 2014, guerre dans la région du Donbass, à l’est de l’Ukraine, entre séparatistes pro-russes (dont Moscou est largement considéré comme étant le parrain) et militaires ukrainiens, soutien de la Biélorussie dans sa crise migratoire avec la Pologne, nul doute que la Russie cherche à s’étendre à retrouver sa grandeur des années 1990…

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Le Donbass, cette région à l’est de l’Ukraine est au cœur d’une bataille entre Moscou et Kiev. Car ce bassin minier et industriel est économiquement vital pour l’Ukraine et intéresse fortement Moscou. C’est pourquoi Moscou soutient que cette région, peuplée de nombreux russophones, doit être protégée du nationalisme Ukrainien.

L’intérêt pour l’Ukraine ne s’arrête pas là. En 2014, Moscou annexait la Crimée. Cette péninsule Ukrainienne dont l’annexion n’est pas reconnue par la communauté internationale.

La Biélorussie, pays "ami" de la Russie

La Russie soutient également des pays à l’est. Au mois de novembre, la communauté internationale accusait la Biélorussie d’organiser depuis l’été un afflux de migrants aux portes de l’UE. C’est ainsi que des milliers de migrants étaient entassés à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne (qui a érigé un mur pour se défendre). La Russie est accusée d’avoir encouragé les tensions à la frontière de l’union européenne, ce que Moscou défend fermement. Moscou ne veut pas porter la responsabilité de cette crise mais veut réaffirmer son pouvoir dans la région.  Selon de nombreux experts, la Russie veut montrer à Bruxelles que cette zone qui comprend la Biélorussie, la Moldavie et l’Ukraine est sa chasse gardée. Cette crise permet également au président Biélorusse, Alexandre Loukachenko (pro-russe), de réaffirmer sa légitimité alors que l’UE conteste sa réélection en 2020 avec plus de 80% des voix.

La Biélorussie et la Russie sont deux nations amies. Preuve en est la récente annonce de la tenue d’exercices militaires conjoints entre les deux pays. La Russie a transféré quelque 30 000 soldats et des armes modernes en Biélorussie au cours des derniers jours, soit le plus grand déploiement militaire réalisé par Moscou dans ce pays depuis la fin de la guerre froide, a déclaré jeudi 3 février le secrétaire général de l'Otan, Jens Stoltenberg.

Le déploiement comprenait des forces spéciales ("Spetsnaz"), des avions de chasse SU-35, des missiles Iskander à double capacité et des systèmes de défense aérienne S-400, a-t-il déclaré à des journalistes à Bruxelles. La Pologne, pays frontalier avec l’Ukraine regarde donc le conflit entre la Russie et l’Ukraine avec inquiétude. Mais attaquer la Pologne reviendrait pour la Russie à attaquer la Pologne.

En parallèle, l’OTAN a envoyé des troupes de renfort en Roumanie et quelques soixante-dix soldats français se trouvent actuellement en Estonie pour un exercice conjoint avec des militaires britanniques. Objectif : répéter des savoir-faire et s'adapter à un nouveau milieu.

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La crise entre l'Ukraine et la Russie

En septembre dernier, de violents combats entre les séparatistes et l’armée ukrainienne ont offert à Vladimir Poutine un prétexte pour mobiliser ses troupes, en vue de "protéger" les combattants pro russes. Depuis, l’Europe et les États-Unis multiplient les avertissements à la Russie, qu’ils soupçonnent de vouloir envahir l’Ukraine. Les États-Unis ont notamment annoncé, mercredi, l’envoi de 3 000 soldats américains supplémentaires en Europe de l’Est, une décision dénoncée comme "destructrice" par Moscou. Le Kremlin a exhorté jeudi les États-Unis à "cesser" d'aggraver la crise russo-occidentale autour de l'Ukraine. Ces troupes Américaines s'ajoutent aux 8500 militaires placés en état d'alerte fin janvier par le président Biden. Mais Vladimir Poutine attend des engagements de la part des pays de l’Ouest : l’interdiction de tout élargissement futur de l’OTAN, y compris à l’Ukraine, le retrait des forces de l’Alliance des pays devenus membres de l’Organisation du traité de l’Atlantique nord après 1997 et l’interdiction de toute coopération militaire avec les pays de l’ex-URSS non membres de l’OTAN. Les forces de Vladimir Poutine atteindraient aujourd’hui plus de 100 000 hommes.

Depuis plusieurs mois, les rencontres entre pays occidentaux et la Russie se sont multipliées. Prochain rendez vous, la rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine lundi. Le lendemain le président de la république rencontrera le président Ukrainien.

Jusqu'à deux millions de personnes vivant près de la ligne de front dans l'est de l'Ukraine risquent d'être déplacées en cas de reprise active des combats, a alerté jeudi 3 février le Conseil norvégien pour les réfugiés. Selon le Conseil norvégien pour les réfugiés, plus de 850 000 personnes ont déjà été déplacées en Ukraine à cause des combats.

Qui soutient qui ?

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, se rend à Kiev jeudi 3 février pour tenter une médiation entre son allié ukrainien et la puissante Russie afin d'éviter un conflit qui pourrait aussi porter préjudice à son pays. Erdogan doit s'entretenir avec son homologue Volodymyr Zelensky, dont le pays est menacé par quelque 100 000 troupes russes massées à ses frontières, sans froisser Vladimir Poutine.

Connu pour ses positions très pro-Poutine, le président Hongrois Viktor Orban s’est efforcé d’apparaître en position de relais entre une Russie et un Occident antagoniste. "Je suis venu en faiseur de paix", a-t-il dit après cinq heures de discussions. S’il s’est abstenu de prendre position dans le dossier ukrainien, constatant simplement que les points de vue de Moscou et de l’Alliance étaient "éloignés", le dirigeant hongrois s’est aussi livré à une critique des sanctions en place depuis 2014 contre la Russie.

Face aux pressions de l’Occident, Moscou et Pékin se sont rapprochés. Un accord de coopération stratégique a été conclu mardi lors d’un échange virtuel entre les responsables chinois et russes des Affaires asiatiques. Les « préoccupations raisonnables de la Russie doivent être prises au sérieux et recevoir une solution » a répété Wang Yi ce jeudi, tout en appelant « toutes les parties au calme et à s’abstenir d’accroitre les tensions et monter la crise en épingle. » Lors des émeutes au Kazakhstan le mois dernier, Pékin avait également formellement soutenu l’envoi de troupes russes à Almaty, mais en tentant de renforcer dans le même temps ses liens avec les pays d'Asie centrale. Vladimir Poutine est invité choyé de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Pékin qui s’est tenu vendredi. Il s’est affiché aux côtés du président Chinois, Xi Jinping.

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Références

L'équipe

Patrick Cohen
Production
Luc-Jean Reynaud
Réalisation
Anne-Claire Bazin
Collaboration