Manifestation contre l'antisémitisme à Paris, 19 février 2018 / Réunion du Grand Débat national à Meythet en Haute-Savoie, 25 janvier 2019 ©AFP - AFP / Grégory YETCHMENIZA
Manifestation contre l'antisémitisme à Paris, 19 février 2018 / Réunion du Grand Débat national à Meythet en Haute-Savoie, 25 janvier 2019 ©AFP - AFP / Grégory YETCHMENIZA
Manifestation contre l'antisémitisme à Paris, 19 février 2018 / Réunion du Grand Débat national à Meythet en Haute-Savoie, 25 janvier 2019 ©AFP - AFP / Grégory YETCHMENIZA
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Résumé

Analyse de l'actualité de la semaine avec le professeur de relations internationales Bertrand Badie, la journaliste du Monde Sylvie Kauffmann, la sociologue Dominique Schnapper et le directeur général du Think Tank Terra Nova Thierry Pech.

avec :

Bertrand Badie (Politiste, spécialiste des relations internationales), Dominique Schnapper (sociologue et politologue, directrice d'étude à l'EHESS), Thierry Pech (directeur général de Terra Nova), Sylvie Kauffmann (Directrice éditoriale au journal Le Monde. Spécialiste notamment des questions internationales.).

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Première partie : La France et l'antisémitisme : une histoire sans fin ?

Le visage de Simone Veil barré de croix gammées sur des boîtes aux lettres parisiennes, notre confrère de France Culture le philosophe Alain Finkielkraut agressé près de son domicile lors de la manifestation hebdomadaire des Gilets Jaunes, sous un flot d’insultes antisémites, 96 tombes juives profanées au cimetière alsacien de Quatzenheim, des croix gammées et inscriptions sales juifs encore jeudi sur un immeuble du 14 e arrondissement de Paris …

Semaine nauséabonde, marquée également par le rassemblement mardi soir de plusieurs milliers de personnes dans quelques villes de France, pour dire « ça suffit » à l’antisémitisme, cet antisémitisme français dont on avait appris qu’il prospérait, avec 74% d’actes antisémites en plus en 2018. Antisémitisme français polymorphe, Jacques Attali rappelant à bon escient cette semaine qu’il fallait urgemment réapprendre à distinguer l’antisémitisme, ou la haine du peuple juif, l’antisionisme ou le rejet de l’existence de l’Etat d’Israël, et… l’anti bibisme, référence à la politique du gouvernement israélien de Benyamin Netaniaou.

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Sans oublier cet antisémitisme inclassable et diffus que pointait le dernier rapport de la commission nationale consultative des droits de l’homme, publié en mars 2018, et ces 38% de personnes interrogées qui considéraient que les juifs « avaient un problème avec l’argent », entre 18 et 37% d’entre elles pensant également que « les juifs avaient un pouvoir excessif dans la société française », deux personnes interrogées sur 5 disant croire au « complot juif mondial ». Sans oublier l’ultime chiffre désespérant : 1 personne sur 10, dans notre pays, disant n’avoir jamais entendu parlé de la Shoah. L’antisémitisme, une histoire sans fin ? 

Deuxième partie : Grand débat national : la mi-temps ?

Plus de 10 500 cahiers de doléance avaient donc été remplis depuis leur mise en place dans les mairies de France le 15 décembre dernier. Désormais la Bibliothèque nationale de France allait conserver et numériser ces centaines de milliers de pages manuscrites rédigées par les Français ces dernières semaines. Une fois numérisés en photos, tous les fichiers seraient transmis à un autre prestataire qui aurait pour mission de les transformer en documents dactylographiques de manière à pouvoir faire ensuite les recherches par mots à l’intérieur. C’est alors que débuterait l’analyse des cahiers sur le fond, sous l’égide d’un cabinet de conseils (Roland Berger) chargé d’en restituer ensuite les grands tendances et propositions, et de les transmettre à la mission Grand Débat dans le courant du mois de mars.

Fini donc le temps des cahiers de doléance, mais la fameuse plateforme du grand débat national, restait elle encore ouverte jusqu’au 15 mars, qui serait également la date de clôture des réunions d’initiative locale. Commencerait alors, après le 15 mars la phase délibérative, avec des conférences régionales, phase qui se voulait plus fouillée, centrée sur les thèmes prioritaires apparus dans la phase précédente. Et la participation de citoyens tirés au sort. Enfin viendrait l’ultime étape : celle consistant à remettre dans le jeu les élus locaux, les parlementaires, corps intermédiaires et autres titulaires d’un mandat représentatif.

Bref, on était à mi parcours de cet exercice de participation démocratique inédit qui prendrait fin fin mars avant restitution fin avril, et le gouvernement indiquait déjà les chiffres suivants : 1,7 millions de visiteurs uniques avaient été enregistrés sur la plateforme, 34% des propositions concernaient la fiscalité et les dépenses publiques, 25% la transition écologique, 21% l’organisation de l’état et des services publics et 19% la démocratie et la citoyenneté.

Un grand débat majoritairement salué par les Français, lesquels se montraient en revanche méfiants sur les suites que le pouvoir en place lui donnerait. Le pouvoir qui commençait d’ailleurs à dire que le débat allait peut être se prolonger au-delà du printemps, comme s’il fallait à tout prix éviter qu’il ne s’arrêtât, éviter l’heure de vérité.

Voilà qui donnait envie de lire le dernier ouvrage du philosophe Pierre Henri Tavoillot, Comment gouverner un peuple roi, lequel analysait les risques de la démocratie délibérative, qui selon lui pouvait devenir soit le supplément d’âme de la démocratie –ce qui était un bienfait-, soit se substituer à la démocratie représentative –ce qui était un péril. Nous en étions précisément là. A mi temps. A mi parcours. Entre espoirs d’une démocratie qui pouvait –peut être- encore se ressourcer, se retrouver. Et craintes qu’elle ne se perde.

Références / conseils de lecture : 

  • Dominique Schnapper, La Citoyenneté à l'épreuve. La démocratie et les juifs, Gallimard
  • Pierre-Henri Tavoillot, Comment gouverner un peuple-roi ?, Odile Jacob
  • Linda M. HEYWOOD, Njinga. Histoire d'une reine guerrière (1582-1663), La Découverte
  • Delphine Horvilleur, Réflexion su la question antisémite, Grasset
  • Marceline Loridan-Ivens, Et tu n'es pas revenu, Grasset
  • Raymond Carré de Malberg, "Considérations théoriques sur la conciliation du référendum et du parlementarisme", Revue du droit public et de la science politique en France et à l'étranger, 1931