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La loi Macron

Le projet de loi *pour la croissance, l’activité et l’égalité des chances économiques * dite Loi Macron est discuté au parlement depuis le 26 janvier. Le texte (qui doit selon le ministre de l’économie combattre les trois maladies de la France que sont la défiance, la complexité et le corporatisme ) prévoit notamment un assouplissement du travail nocturne et dominical une libéralisation de professions réglementées comme les huissiers, les notaires et les commissaires-priseurs une simplification des procédures de la justice prud’homale une facilitation des conditions de prêt financier entre les entreprises et une réforme du système d’indemnisation des salariés en cas de plan social.

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A l’issue de l’examen de plus de 3.000 amendements pour 111 heures de débat, le vote solennel devait intervenir au cours de la séance du mardi 17 février avant transmission du texte au Sénat.

L’aile gauche des députés socialistes (dits frondeurs) a vivement critiqué le projet de loi: le député PS des Hauts-de-Seine Jean-Marc Germain a dénoncé une dérégulation du marché du travail et une suppression des protections pour les plus fragiles , l’ancien ministre de l’éducation nationale Benoît Hamon a annoncé son intention de voter contre un texte qui réduit les capacités de la puissance publique à jouer son rôle et à exercer son autorité dans l'ordre économique et social, en particulier sur l'extension des exceptions au repos dominical .

Malgré les consignes du président de l’UMP Nicolas Sarkozy appelant à *ne pas se laisser piéger par un catalogue de bonnes intentions, * plusieurs députés de la droite et du centre ont annoncé leur intention de voter en faveur du texte: l’ancien candidat à la présidence de l’UMP Hervé Mariton a appelé à voter pour un bon texte et l’ancien ministre Frédéric Lefebvre a appelé à voter *sans hésiter * pour le projet de loi au nom de l’intérêt des Français . Deux membres du groupe UDI ont également annoncé leur intention de voter en faveur du projet.

A l’issue d’un conseil des ministres exceptionnel organisé mardi dernier, le premier ministre Manuel Valls a engagé la responsabilité du gouvernement sur le projet de loi selon la procédure prévue par l’article 49-3 de la Constitution. Invité au 20h de TF1, il a mis en avant sa mission réformatrice face à une *majorité vraisemblable mais incertaine * et déploré l’attitude des députés frondeurs qu’il a qualifiés de stérile.

La secrétaire nationale d’Europe Ecologie-Les verts Emmanuelle Cosse a dénoncé un aveu de faiblesse et un déni de démocratie au sein d’une Ve République à bout de souffle , Jean-Luc Mélenchon a dressé *le constat de décès de la majorité de 2012. * Nicolas Sarkozy a estimé qu’il n’y avait plus ni majorité ni gouvernement . Les groupes UMP et UDI à l’assemblée ont déposé une motion de censure contre le gouvernement qui a été rejeté jeudi. Les débats doivent reprendre au Sénat en avril.

La situation en Libye

Depuis les événements de 2011 ayant conduit à la chute du colonel Kadhafi, deux coalitions armées revendiquent le pouvoir en Libye. D’une part, le gouvernement de Tobrouk et son Armée nationale libyenne (ANL) secondée par les troupes du général Khalifa Haftar et reconnu par la communauté internationale. D’autre part les milices tripolitaines de *Fajr Libya * – ou Aube de la Libye – composées principalement d’anti-khadafistes. Un troisième acteur régional, l’Etat Islamique, s’est imposé dans la région depuis la fin de l’été 2014. Ses troupes se sont d’abord emparé le 30 octobre dernier de la ville de Derna, située à 285 km à l’est de Benghazi. Elles ont ensuite conquis les quartiers stratégiques de Nofilia et de Syrte en février 2015. Plusieurs sources s’inquiètent d’un rapprochement entre l’entité djihadiste et le mouvement d’Ansar al-Charia, lié à Al Qaida au Maghreb islamique et soutien de l’Aube de la Libye. Ce rapprochement stratégique serait destiné à combattre le général Haftar, à l’origine d’une opération destinée à sécuriser la Cyrénaïque et baptisée « Opération Dignité ».

La diffusion dimanche 15 février par l’Etat Islamique d’une vidéo de la mise à mort de 21 coptes égyptiens a conduit Le Caire à entreprendre des frappes aériennes contre les villes de Derna et de Syrte. Le maréchal-président Sissi a estimé que la mission en Libye n'a pas été achevée par les Européens , laissant le peuple abandonné, (…) prisonnier de milices extrémistes . Ce constat s’est accompagné d’une demande égyptienne d’une réunion extraordinaire du Conseil de Sécurité de l’ONU, laquelle s’est tenue mercredi 18 février à Washington. Le ministre libyen des Affaires étrangères, Mohammed al Dairi, y a exprimé la nécessité d’aider (la Libye) à renforcer ses capacités militaires nationales , ce qui selon lui implique de lever l’embargo sur les armes pour que l’armée puisse recevoir des équipements et des armes destinés à la lutte contre le terrorisme . Une proposition de résolution a été déposée en ce sens par la Jordanie, seul pays arabe actuellement membre provisoire du Conseil de Sécurité.

La position stratégique de la Libye inquiète au premier chef l’Italie, liée économiquement à son ancienne colonie. Elle répugne à laisser se former un axe Paris-Le Caire après la signature par les deux Etats d’un contrat de vente de 24 avions Rafale. En réponse à la diplomatie italienne qui a évoqué la première une possibilité d’intervention, l’Etat Islamique a menacé dernièrement d’envoyer vers les côtes italiennes des barques transportant plusieurs centaines de milliers de migrants afin de contraindre les équipes italiennes de sauvetage à intervenir.

Invités

Sylvie KAUFFMANN, directrice éditoriale au journal le Monde

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l’Institut d’études politiques de Paris

François BUJON DE L’ESTANG, ambassadeur de France

Marc-Olivier PADIS, directeur de la rédaction de la revue Esprit

Brèves

Elisée RECLUS, Histoire de la guerre de Sécession aux Etats-Unis 1861-1865 (Pocket Agora, 2014)

Abd AL MALIK, Place de la République (Indigene Editions, 2015)

Georges NIVAT, Les trois âges russes (Fayard, 2015)

Arnaud-Dominique HOUTE, Histoire de la France contemporaine : Le triomphe de la République 1871-1914 (Seuil, 2014)

Jean-Louis BOURLANGES a recommandé l'article *Voyage dans la pire économie du monde * de Jean-Marc VITTORI paru dans *Les Echos * du 17 février 2015

Philippe MEYER a recommandé Les Estivants , de Maxime GORKI, mis en scène à la Comédie Française par Gérard DESARTHE

Références

L'équipe

Philippe Meyer
Production
Luc-Jean Reynaud
Réalisation