Le président Ukrainien Volodymyr Zelensky rend visite à ses troupes
Le président Ukrainien Volodymyr Zelensky rend visite à ses troupes ©AFP - HANDOUT / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS-SERVICE / AFP
Le président Ukrainien Volodymyr Zelensky rend visite à ses troupes ©AFP - HANDOUT / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS-SERVICE / AFP
Le président Ukrainien Volodymyr Zelensky rend visite à ses troupes ©AFP - HANDOUT / UKRAINIAN PRESIDENTIAL PRESS-SERVICE / AFP
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Depuis quelques semaines, la Russie déploie de nombreux soldats (175 000 actuellement) à sa frontière avec l'Ukraine. Malgré les menaces brandies par l'Otan, les Etats-Unis et l'Union Européenne, la situation ne bouge pas. Les experts parlent d'une invasion fin janvier 2022.

Avec
  • Thomas Gomart Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
  • Gérard Courtois Journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde
  • Thierry Pech directeur général de Terra Nova
  • Sylvie Kauffmann Directrice éditoriale au journal Le Monde. Spécialiste notamment des questions internationales.

Depuis son accession au pouvoir il y a 21 ans, Vladimir Poutine n’a qu’une obsession : effacer l’effondrement de son pays dans les années 1990 après la fin de l’URSS, et lui redonner les attributs d’une superpuissance, comme précisément du temps de l’Union soviétique.

L'expansionnisme russe

En 2014, la Russie annexait la Crimée. Au printemps dernier, jusqu’à 100 000 soldats russes (selon des chiffres de l’Union européenne) avaient été déployés non loin de la frontière ukrainienne. La communauté internationale s’en était déjà émue, les troupes étaient ensuite reparties. Les accordes de cessez-le-feu de Minsk de 2015 n’ont rien solutionné. Depuis cet été, la Russie a redéployé des soldats à la frontière avec l'Ukraine, faisant craindre une invasion de Moscou. Mais il n'y a pas qu'en Ukraine que Vladimir Poutine ait parler de lui. Les Occidentaux lui imputent un rôle dans la crise actuelle à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. La Pologne est confrontée un afflux de milliers de migrants à sa frontière avec le Bélarus. Varsovie accuse la Russie, sans avoir avancé de preuves, d'être le commanditaire de la crise migratoire, sur fond de tensions russo-occidentales. Des accusations que rejette Moscou.

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Dans un long article publié en juillet, Vladimir Poutine a accusé les pays occidentaux de cultiver un sentiment anti-russe en Ukraine. Les Russes et les Ukrainiens sont "un seul peuple", a-t-il écrit, soulignant les "liens spirituels, humains, civilisationnels" qui "se sont tissés depuis des siècles". "Et nous ne permettrons jamais que nos territoires historiques et que les personnes qui nous sont proches et qui y vivent soient utilisées contre la Russie", a-t-il mis en garde.

Une escalade de violences

Le sentiment de tension au sein de l’état-major russe peut s'expliquer par plusieurs facteurs : les exercices effectués par l’OTAN il y a quelques mois en mer Noire, le fait que des navires russes croisent régulièrement des navires américains, l'interception par l’aviation russe le 8 et 9 décembre de deux patrouilles françaises au dessus de la mer Noire...

Le 1er décembre, la Russie a accusé l'Ukraine de masser des troupes dans l'est du pays. La porte-parole de la diplomatie russe, Maria Zakharova, a assuré que "l'armée ukrainienne renforce ses capacités militaires, en faisant venir des équipements lourds et du personnel" dans l'Est. Selon elle, 125.000 soldats, soit "la moitié des forces armées ukrainiennes", se trouvent dans cette zone située près des frontières russes et où des pans de territoires sont sous contrôle des séparatistes pro-russes.

Enfin, Vladimir Poutine a affirmé que Moscou avait "le droit de protéger sa sécurité", estimant que laisser l’OTAN s’approcher de ses frontières sans réagir serait "criminel". "Nous ne pouvons qu’être préoccupés par l’éventualité d’une admission de l’Ukraine au sein de l’OTAN, car cela s’accompagnerait sans aucun doute d’un déploiement de contingents militaires, de bases et d’armements qui nous menacent", a-t-il ajouté.

De l'autre côté ce sont Washington et Kiev qui accusent Moscou de masser des troupes à la frontière avec l'Ukraine (175 000 soldats sont actuellement à la frontière) pour attaquer le pays. Une attaque qui pourrait avoir lieu fin janvier 2022, selon les experts. C'est pourquoi, mi-novembre, le chef de la diplomatie ukrainienne Dmytro Kouleba déclarait que l'Ukraine voulait acquérir des armes "défensives" auprès des Occidentaux face à "l'agressivité" de la Russie à ses frontières.

Les réactions de la communauté internationale

Si Moscou devait passer à l'acte, un haut responsable de la Maison Blanche a détaillé lundi les leviers que les États-Unis seraient prêts à actionner. D'abord, "les États-Unis répondraient favorablement" à une demande de présence militaire accrue de la part de leurs alliés de l'OTAN en Europe de l'Est. Ensuite, ils soutiendraient davantage l'armée ukrainienne. Enfin, Washington prendrait des sanctions économiques lourdes contre le régime de Vladimir Poutine, et surtout différentes de celles empilées depuis 2014 contre la Russie, sans grand effet. Mardi 7 décembre, Joe Biden et Vladimir Poutine se sont entretenus virtuellement pendant deux heures pour tenter d'apaiser la situation. A l'issue de l'entretien, Washington a parlé avec les dirigeants français, allemand, italien et britannique pour "les informer" de la conversation avec Vladimir Poutine "et se consulter sur la marche à suivre".

"Les cinq leaders ont réaffirmé leur détermination à œuvrer ensemble pour garantir la souveraineté de l'Ukraine et veiller à ce que sa stabilité et sécurité soient assurées", a indiqué l'Élysée dans un communiqué émis à la suite de l'échange avec Joe Biden. "À cet égard, ils demeurent vigilants sur les initiatives agressives qui pourraient être prises par la Russie envers l'Ukraine", ajoute Paris.

L’Élysée a annoncé mardi 7 décembre qu'Emmanuel Macron s’entretiendra "dans les prochains jours" avec son homologue russe Vladimir Poutine. Il devrait également discuter avec son homologue ukrainien Volodymyr Zelensky.

Washington a également menacé Moscou de sanctions : en cas d'invasion de l'Ukraine par l'armée russe, l'administration Biden étudie la possibilité de couper la Russie de la messagerie "SWIFT", un système de paiement international utilisé par les banques du monde entier. Les États-Unis sont prêts à utiliser le gazoduc Nord Stream, par lequel la Russie veut fournir l'Europe en gaz naturel, comme "levier" pour dissuader Moscou d'attaquer l'Ukraine, a dit mardi le conseiller américain à la sécurité nationale, Jake Sullivan. Joe Biden, qui a traité Vladimir Poutine de "tueur", joue une partition délicate. Il se veut le grand porte-parole des démocrates dans le monde. Il a d'ailleurs organisé les 9 et 10 décembre dernier un sommet virtuel pour la démocratie, ouvertement critiqué par Moscou et Pékin, qui n'y sont pas invités.