La politique énergétique d'Emmanuel Macron

Centrales nucléaires
Centrales nucléaires ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Centrales nucléaires ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
Centrales nucléaires ©AFP - JEAN-PHILIPPE KSIAZEK
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A Belfort, ce jeudi 10 février, Emmanuel Macron a dévoilé sa stratégie énergétique pour la France de 2030 comprenant un vaste plan de relance du nucléaire. Comment a évolué la politique énergétique du président ? Qu'a t'il fait ? Que proposent les candidats à l'élection présidentielle ?

Avec
  • Gérard Courtois Journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde
  • Giuliano da Empoli Essayiste, romancier et ancien conseiller politique de Matteo Renzi
  • Brice Couturier Journaliste, producteur jusqu'en juin 2021 de la chronique "Le Tour du monde des idées" sur France Culture
  • Aurélie Filippetti Femme politique, romancière, ancienne ministre de la Culture dans les gouvernements Ayrault puis Valls

En 2017, le candidat Emmanuel Macron insistait sur son engagement de réduire le nucléaire à 50% de la production électrique, hérité de François Hollande. Cinq ans plus tard, le président sortant, pas encore officiellement candidat à sa réélection, a changé d'avis : il souhaite mettre l'accent sur le nucléaire...

Les annonces d'Emmanuel Macron à Belfort

Accompagné de plusieurs ministres, le président de la république s'est exprimé jeudi sur le site de fabrication des turbines à vapeur Arabelle. Ce, alors qu'EDF a signé le matin même, un accord d'exclusivité pour le rachat d'une partie de l'activité nucléaire de GE Steam Power dont ces turbines. Elles avaient été vendues à l'Américain General Electric en 2015 quand Emmanuel Macron était ministre de l'économie. Selon le chef de l'état, "pour augmenter la production électrique, il nous faut, à côté des énergies renouvelables, reprendre le fil de la grande aventure du nucléaire civil en France." Mettre en place six nouveaux réacteurs nucléaires EPR2, prolonger les réacteurs qui peuvent l'être au delà de 50 ans, développer les énergies renouvelables (multiplier par dix la puissance installée en ce qui concerne l'énergie solaire d'ici 2050), réaliser une cinquantaine de parcs éoliens en mer : voici quelques unes des mesures annoncées par le chef de l'état. Pour sortir des énergies fossiles et réduire de 40% la consommation d'énergie en 2050, le premier chantier consiste à "consommer moins d'énergie" et "produire davantage d'énergie décarbonée", a expliqué Emmanuel Macron. Pour remplacer le gaz et le pétrole, le président souhaite augmenter de 10% la part du gaz renouvelable d'ici 2030.

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Un chef de l'état pas toujours pro-nucléaire

Durant sa campagne de 2017, il s'était engagé à poursuivre la politique de François Hollande : fermeture de Fessenheim et réduction du nucléaire dans le mix électrique de 75% à 50%. Élu, il recrute Nicolas Hulot au ministère de la Transition écologique. Emmanuel Macron met alors le turbo sur les renouvelables, la rénovation thermique, la mobilité électrique. Et, en 2020, ferme les deux réacteurs de Fessenheim qui sont en parfait état de marche. Douze autres fermetures sont prévues. Mais, en août 2018, Nicolas Hulot démissionne du gouvernement. Le changement ne s'amorce pas tout de suite. Un premier signe survient début 2020 quand Emmanuel Macron critique le développement erratique de l'éolien terrestre. Puis survient le Covid. La crise sanitaire remet au premier plan le thème de la souveraineté. Le président diffuse alors des petites phrases sur l'atome, "technologie d'avenir". "Notre avenir énergétique et écologique passe par le nucléaire", dit-il au Creusot en décembre 2020.

Le 12 octobre 2021, Emmanuel Macron a annoncé un investissement d'un milliard d'euros dans l'énergie nucléaire d'ici à 2030 pour développer des technologies de ruptures, notamment des réacteurs nucléaires : "il faut lancer plusieurs projets sur des familles technologiques différentes", soulignant que l'on "continuera à avoir besoin" du nucléaire. Le chef de l’État a promis "500 millions d'euros" d'investissements sur les énergies renouvelables pour améliorer les technologies actuelles "éoliennes, terrestres et en mer et photovoltaïque". Deux semaines plus tard, le gestionnaire de réseau RTE publie une étude montrant qu'il serait difficile de se passer de nucléaire en 2050. Le 9 novembre, Macron franchit le rubicon et annonce la construction de nouveaux réacteurs.

Quel bilan écologique en cinq ans?

Convention citoyenne pour le climat, conseil de défense écologique, One Planet Summit… Pour verdir son action, Emmanuel Macron a multiplié les initiatives tout au long du quinquennat. Ce qui n’a pas empêché l’État français d’être déclaré responsable d’inaction climatique. Le 14 octobre, il a été condamné à réparer, dans les quatorze mois à venir, le préjudice écologique qu'il a causé en ne tenant pas ses engagements. Une première au niveau mondial.

Le chef de l'état promettait en 2017 "de fermer dans le quinquennat toutes les centrales à charbon qui existent encore dans notre pays". Objectif raté : la centrale à charbon de Cordemais continuera à fonctionner jusqu’en 2024, voire 2026. Concernant la taxe carbone, le chef de l’État a préféré rétropédaler face au mouvement des gilets jaunes.

Il faut cependant concéder au gouvernement quelques timides avancées dans le domaine des énergies renouvelables. Alors qu’elle affichait 7 200 mégawatts en 2017, la puissance du parc solaire photovoltaïque atteignait 10 860 mégawatts en 2020. Le parc éolien, lui, affichait une puissance de 12 121 mégawatts en mars 2017 et de 16 897 mégawatts en 2020. Malgré tout, si Emmanuel Macron s’engageait en 2017 à "tenir l’objectif de 32 % en termes d’énergies renouvelables", en 2019, seulement 17,2 % de l’énergie consommée brute en France provenait de ce type d’énergie. Soit 0,9 % de plus qu’en 2017. Depuis juin, la loi d’orientation des mobilités impose un quota de véhicules propres lors du renouvellement des parcs automobiles. Et le nombre de voitures électriques vendues depuis 2015 a quasiment septuplé. Cela grâce à la création d’une prime exceptionnelle de 1 000 euros et "la fin du véhicule thermique d’ici 2040". Depuis 2020, l’exécutif propose aux particuliers un dispositif d’aide pour l’isolation de leur logement ou l’installation d’équipements plus écologiques.  Enfin, parmi les mesures saluées par les ONG, se trouvent l’abandon de plusieurs projets d’urbanisation, comme le méga-complexe EuropaCity ou l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Les associations saluent également les efforts faits en matière de restauration collective pour une alimentation plus durable, l’interdiction de l’élimination des invendus non alimentaires ou encore l’extension des zones protégées (d’ici à 2022, 30 % des écosystèmes marins et terrestres français doivent être classés en aires protégées.

En 2017, alors candidat, il s’était engagé à interdire le glyphosate dans un horizon de trois ans. Il n’a pas réussi et a reconnu en 2020 un "échec collectif" avec l’Europe. Sur la question des pesticides toujours, la réintroduction partielle des néonicotinoïdes, ces pesticides "tueurs d’abeilles", en 2020, alors qu’ils avaient été interdits en 2018, pèse sur le bilan.

Quel est le positionnement des candidats sur le nucléaire?

Dans la catégorie "je veux sortir du nucléaire" , on retrouve sans surprise Yannick Jadot. Pour lui, le président "est en train de condamner la France à un siècle de nucléaire". Il promet de "mettre le paquet sur les économies d'énergie, déployer les énergies renouvelables, et au fur et à mesure progressivement fermer" les centrales nucléaires. Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon ont également fixé cet objectif, mais "pas avant 2050" pour la première, et en 2045 pour le second. Jeudi sur l'émission Elysée 2022, le candidat de l'Union Populaire expliquait vouloir sortir du nucléaire mais souhaitait pour cela passer par un référendum. "Si les Français décident qu'ils veulent y rester (dans le nucléaire), on y restera. (...) Même si cela ne me fait pas plaisir, j'appliquerai les précisions du peuple français".

De l'autre côté, on retrouve des partisans de l'atome aussi bien à gauche qu'à droite et à l'extrême droite. Marine Le Pen dit vouloir "construire six EPR et rouvrir [la centrale de] Fessenheim". Elle a appelé à "sortir" du marché européen de l'électricité. "C'est lui qui pose un problème. C’est lui qui oblige à ce que EDF vende à ses concurrents à prix coûtant (..)Il nous empêche de continuer à bénéficier d’une électricité à très bas coût", a-t-elle déploré sur Europe 1.

Valérie Pécresse souhaite lancer "un nouveau programme nucléaire" et assure que l’objectif zéro carbone en 2050 est inatteignable sans le nucléaire.

Eric Zemmour plaide pour donner "vite un beau coup de fouet" à l'atome, et le communiste Fabien Roussel y voit le moyen de "lutter contre l'énergie chère".

Reste enfin Christiane Taubira. "Pas favorable" personnellement au nucléaire "compte tenu des déchets radioactifs", l'ancienne ministre souhaite consulter les Français par référendum sur cette question.

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