Marine Le Pen et Gérald Darmanin sur le plateau de "Vous avez la parole" sur France 2 jeudi 11 février 2021. ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN /
Marine Le Pen et Gérald Darmanin sur le plateau de "Vous avez la parole" sur France 2 jeudi 11 février 2021. ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN /
Marine Le Pen et Gérald Darmanin sur le plateau de "Vous avez la parole" sur France 2 jeudi 11 février 2021. ©AFP - STEPHANE DE SAKUTIN /
Publicité
Résumé

Nous avons vécu jeudi soir le grand retour de la politique à la télévision, mais avec les têtes d’affiche du monde d’avant. Comme si le virus avait congelé les protagonistes et nous les ramenait à l’identique, avec les mêmes débats, dans un monde pourtant bouleversé par une pandémie historique.

avec :

Dominique Reynié (Politologue. Professeur des Universités à Sciences Po.), Gérard Courtois (journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde), Hubert Védrine (diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand), Sylvie Kauffmann (Directrice éditoriale au journal Le Monde. Spécialiste notamment des questions internationales.).

En savoir plus

Jeudi soir, nous avons vécu une soirée de télévision qui ressemblait au monde d’avant et de prime abord, cela avait quelque chose de réconfortant : « La politique se déconfine, le grand retour des débats politiques » promettaient les animateurs, sans mention du covid, sans médecins, sans courbes d’hospitalisations. Comme si on avait le droit de nouveau de sortir du court terme, de se projeter sur autre chose, et pourquoi pas sur l’élection présidentielle à venir, dans un an et 3 mois. 

Mais au programme jeudi soir sur France 2, une actualité pas franchement plus gaie que celle du covid - l’islamisme -, et une affiche : un ministre de l’intérieur figure montante de LREM Gérald Darmanin, face à Marine Le Pen. 

Publicité

De faux airs de débat d’entre deux tours 2017, Darmanin s’employant comme Macron en son temps à relever les erreurs de chiffres et les contradictions de la candidate RN. Au même moment, Jean-Luc Mélenchon était l’invité unique de l’animateur Cyril Hanouna et de ses chroniqueurs sur C8 dans un bazar insensé dans tous les sens du terme. 

Bref : le grand retour de la politique à la télévision, avec les têtes d’affiche du monde d’avant, en l’absence d’une nouvelle offre, comme si le virus avait congelé les protagonistes, et nous les ramenait donc à l’identique, avec les mêmes débats, dans un monde pourtant bouleversé par une pandémie historique, mais pour l’heure sans conséquences sur notre paysage politique. 

Comme il semble loin désormais, le temps où la télévision nous servait des duels entre leaders de la droite et de la gauche républicaines ! Comme ils sont spectaculaires les chiffres minuscules des intentions de vote socialiste ou LR. 

D’ailleurs jeudi Le Figaro révélait un sondage Ifop indiquant que les Français continuent très largement de penser que le  clivage droite-gauche ne veut plus dire grand-chose.  Alors, bien-sûr, les vieux sages de la politique vous diront qu’à un an d’une élection, les favoris -et les termes du débat- ne sont jamais ceux que l’on retrouve ensuite au second tour, nous laissant ainsi l’espoir d’un « monde d’après » politique dont pour l’instant on ne voit guère les prémices. Les Français eux, ne se font guère, à ce stade, d’illusions : selon le même sondage IFOP, 2/3 d’entre eux disent à la fois ne pas souhaiter la même affiche qu’en 2017 tout en se disant sûrs qu’ils auront un duel Macron/LePen.  

Ne reste plus alors qu’à savoir par moment couper l’image et le son pour aller chercher ailleurs le monde d’après. Avec en tête la phrase -certes radicale- de John Irving dans Le monde selon Garp : « Partout où luit la télévision, veille quelqu’un qui ne lit pas ».