Des armes à Marioupol
Des armes à Marioupol
Des armes à Marioupol ©AFP
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Résumé

Depuis le début de l'invasion de l'Ukraine, les Occidentaux ont fourni quantité d'armes à l'Ukraine. Mais face à la deuxième puissance militaire cette aide est elle suffisante ? Est-elle adaptée ? Quels pays fournissent le plus d'armes à l'Ukraine ? Quels sont les freins ?

avec :

Bertrand Badie (Politiste, spécialiste des relations internationales, professeur émérite des universités à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris et enseignant-chercheur associé au Centre d’études et de recherches internationales (CERI)), Thomas Gomart (Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).), Dominique Schnapper (sociologue et politologue, directrice d'étude à l'EHESS), Aurélie Filippetti (Femme politique, romancière, ancienne ministre de la Culture dans les gouvernements Ayrault puis Valls).

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Cela fait 115 jours que la Russie a envahi l'Ukraine. Une guerre qui a déjà fait de nombreuses victimes. Le 4 juin, l'Ukraine annonçait les pertes du côté russe : 30 950 morts ou blessés. Le pays affirmait le 15 avril avoir perdu entre 2 500 et 1 300 soldats et 10 000 blessés. Depuis Moscou n'a donné aucun chiffres... Côté Ukrainien, vendredi 10 juin, Oleksiy Arestovych, conseiller du président Zelensky, a reconnu que l’armée ukrainienne avait perdu près de 10 000 soldats depuis le début de l'invasion russe. Soit une centaine tous les jours, sans compter 500 blessés quotidiens. Pour arrêter ce massacre, il faut stopper l'ennemi. Et cela passe par des armes...

L'aide occidentale apportée à l'Ukraine

Selon Kiev, la puissance de feu de l’armée russe est encore très supérieure à celle de ses troupes. Chaque jour, entre cent et deux cents soldats ukrainiens sont tués du fait d’une " absence totale de parité" des forces, a expliqué Mykhaïlo Podolyak, l’un des conseillers du président ukrainien, Volodymyr Zelenski. Les forces ukrainiennes, qui tirent entre 5 000 et 6 000 obus par jour, ont besoin d’un ravitaillement rapide en munitions, canons, chars et drones.

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Et pourtant, depuis le début du conflit, les Occidentaux n’ont pas lésiné sur les envois de matériels militaires. Les Etats-Unis ont déjà livré pour 4 milliards de dollars d’armement, mais ils ont surtout voté une enveloppe de 40 milliards. C’est presque dix fois plus que tous les autres pays réunis. Il n'empêche, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne ne sont pas les seuls fournisseurs de l'Ukraine depuis le début du conflit. Les envois européens sont plus compliqués car les Etats n'ont que de faibles stocks, des modèles tous différents qui compliquent les besoins de formation, et une industrie d'armement taillée pour une période de paix. Sur l'enveloppe de 5 milliards d'euros du fonds abondé par les Vingt-Sept pour la paix, le montant réservé aux remboursements des armes livrées à Kiev atteint déjà 2 milliards. Mais les pays qui payent le plus, comparé à leurs moyens, ce sont les voisins de l'Ukraine et de la Russie, ceux qui ont le plus peur de Poutine. La Pologne et les trois pays baltes. Les petites républiques d'Estonie et de Lettonie ont payé chacune deux fois plus que la France. Et en Lituanie, il y a même eu une mobilisation citoyenne. Une cagnotte a permis de rassembler 5 millions d’euros pour acheter des drones dernier cri…

Plusieurs facteurs freinent néanmoins les fournitures à l’armée ukrainienne et expliquent des délais parfois importants entre les annonces et les livraisons. Certains matériels doivent ainsi être adaptés avant de pouvoir être envoyés. Comprendre : ils sont débarrassés de certains de leurs attributs, notamment en matière électronique, jugés trop sensibles pour les voir tomber entre les mains des Russes. Par ailleurs, ces équipements sont plus sophistiqués que ceux d’origine soviétique habituellement utilisés par les troupes de Kiev. Or, la conversion du parc militaire de l’armée ukrainienne aux normes de l’OTAN, ne peut se faire d’un claquement de doigts et nécessite des qualifications spécifiques.

Contrairement à l’Ukraine, qui peut compter sur les fournitures d’armes de l’Occident, la Russie a une capacité limitée à reconstituer ses stocks, d’autant plus que son industrie militaire est entravée par les sanctions occidentales. Mais Moscou ne s'avoir jamais vaincu et résiste pour le moment. D'ailleurs, le Kremlin a jugé jeudi " futiles " les livraisons d'armes occidentales à l'Ukraine. Et le chef d’état-major des armées britannique, l’amiral Tony Radakin a estimé vendredi que le "président Poutine a utilisé 25 % de la puissance de son armée pour engranger des gains territoriaux minuscules".

La menace nucléaire

Depuis le début de l'invasion du territoire ukrainien par son armée, le président russe Vladimir Poutine ne cesse de brandir la menace nucléaire en cas d'interférence des pays occidentaux dans le conflit. En parallèle, d'autres pays seraient déjà en train de développer secrètement leur arsenal nucléaire**,** d'après un rapport publié par le Sipri, l'Institut international de recherche sur la paix de Stockholm. Après 35 ans de désarmement, le risque d'escalade nucléaire est au plus haut, alerte le rapport. Aujourd'hui, le Sirpi en recense 12 705.

Face aux conflits, l'Europe se réarme

L’offensive menée par la Russie en Ukraine le 24 février 2022 a fait l’effet d’une onde de choc pour les Européens. La majeure partie des 27 pays de l’Union européenne dépensent entre 1 % et 2 % de leur PIB dans le domaine militaire. Au total, les Etats membres ont consacré 232 milliards de dollars à leur défense en 2020, soit 1,6 % de leur PIB en moyenne. Sur la même année, aux Etats-Unis, le montant de ces dépenses a atteint 778 milliards de dollars, équivalents à 3,7 % du PIB. C’est dans ce sens qu’en réaction à la guerre en Ukraine, plusieurs Etats membres de l’Union européenne ont annoncé une volonté d’augmenter leurs dépenses militaires. En moins de trois mois, le paysage de la Défense européenne a été profondément bouleversé. Après l'Allemagne, qui avait augmenté fortement le budget alloué à sa Défense, la Finlande et la Suède ont choisi de demander leur adhésion à l'Otan, et le Danemark vient d'abandonner son statut à part dans l'Union européenne, en votant massivement pour un alignement sur sa politique de Défense. Pour la France, Emmanuel Macron a également annoncé une amplification de l’effort d’investissement en faveur des armées. Dans la loi de programmation militaire 2019-2025, il était déjà prévu de porter le budget de l’Armée française à 50 milliards d’euros dès 2025 (alors qu’il est de 41 milliards en 2022). La Pologne est allée encore plus loin dans ses annonces : elle souhaite consacrer dès l’année prochaine 3 % de son PIB au budget de la Défense alors qu’il est de 2,2 % en 2022.

Bruxelles veut promouvoir la coopération entre les vingt-sept Etats membres pour le développement et les acquisitions d’armement. Mi mai, Josep Borrell présentait, avec le commissaire au marché intérieur et à l’industrie de défense, Thierry Breton, un vaste projet pour ce qu’il appelle "non pas un réarmement, mais la fin du désarmement silencieux". . Investir plus, mieux et dans un « sens européen », acquérir ensemble des équipements en vue d’obtenir des économies d’échelle, établir des priorités stratégiques, soutenir la base industrielle du continent, développer la recherche-développement : l’ambition est grande. Pour la traduire en actes, la Commission table sur le choc provoqué par l’invasion de l’Ukraine. Il a, en tout cas, déjà incité les Vingt-Sept à programmer 200 milliards d’euros de dépenses pour les prochaines années.

Références

L'équipe

Luc-Jean Reynaud
Réalisation
Anne-Claire Bazin
Collaboration