Benoît Hamon à Chateau Chinon le 7 avril 2017 ©AFP - Jeff Pachoud
Benoît Hamon à Chateau Chinon le 7 avril 2017 ©AFP - Jeff Pachoud
Benoît Hamon à Chateau Chinon le 7 avril 2017 ©AFP - Jeff Pachoud
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Résumé

Avec Gérard Grunberg, politologue spécialiste de la gauche. Directeur de recherche émérite au Centre d'études européennes de Sciences Po et animateur du site internet Télos

avec :

Michaela Wiegel (Correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung), Gérard Grunberg, Lionel Zinsou (banquier d'affaires franco-béninois, ex Premier ministre du Bénin), Marc-Olivier Padis (Directeur des études de la fondation Terra Nova).

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LA RECOMPOSITION DE LA GAUCHE

Gérard Grunberg, vous êtes historien, politologue et spécialiste de la gauche. Vous êtes directeur de recherche émérite au Centre d’études européennes de Sciences Po et vous animez le site internet Télos : une plateforme de débats entre intellectuels d’inspiration réformiste. Avec vous, nous allons nous intéresser à la situation de la gauche et à ses perspectives de recomposition au lendemain des dernières élections présidentielles et législatives.

La renonciation de François Hollande à briguer un second mandat à l’Élysée marque selon vous la fin du parti socialiste crée par François Mitterrand en 1971 au congrès d’Epinay. Vous pensez cet évènement comme l’aboutissement de l’opposition entre une gauche « de gouvernement » et une gauche d’opposition. Leur coexistence au sein d’un même parti, possible dans un contexte de lutte pour la conquête du pouvoir, n’a pas résisté à son exercice au cours du précédent quinquennat. Vous décrivez un Président de la République à l’action paralysée, écartelé entre une tendance sociale-démocrate qui lui reproche de ne pas pousser les réformes assez loin et une tendance anti-libérale, en rupture avec le capitalisme. Pour la première fois depuis que les socialistes sont revenus au pouvoir, en 1981, une fraction du parti (les frondeurs) a entrepris de combattre son propre gouvernement à l’Assemblée nationale, allant, à deux reprises, jusqu’à tenter de faire adopter une motion de censure contre lui.

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L’échec du candidat socialiste à l’élection présidentielle avec 6,3% des suffrages et la déroute de son parti aux législatives, passé de 264 à 29 députés, consacre la perte de sa position dominante dans le spectre des forces de gauche. Benoit Hamon s’est retrouvé selon vous « dans une impasse stratégique » face à Jean-Luc Mélenchon et dans l’incapacité de défendre son projet de refondation d’une gauche radicale. Le leader de la France Insoumise, engagé selon vous dans une « démarche sectaire » et une stratégie de la terre brulée, n’a pas fait mystère de son ambition de « détruire le PS » et n’avait aucun intérêt à soutenir l’aile gauche de Solferino. Le nombre réduit de députés issus de la France Insoumise empêche toutefois cette formation de s’affirmer comme une force à même de recomposer la gauche autours de son projet.

La victoire d’Emmanuel Macron, soutenu par l’aile réformiste du parti socialiste, aboutit selon vous à une disparition des forces traditionnelles qui structuraient la vie politique française et à l’explicitation du clivage entre progressistes et conservateurs ; division qui n’épargne pas l’autre parti traditionnel des Républicains. Vous interprétez la formation d’un gouvernement composé de figures de gauche, du centre et de la droite comme un « projet de concentration républicain » qui pourrait provoquer des changements aussi fondamentaux que ceux qui se sont produits en 1958. L’entrée de Nicolas Hulot au gouvernement a de plus « enfoncé le denier clou du cercueil du parti écologiste ». Vous déclinez le clivage progressistes contre conservateurs en « européistes contre nationalistes, humanistes contre xénophobes, libéraux contre étatistes, modérés contre extrémistes et tolérants contre rigoristes ». Vous questionnez la survie même du modèle de parti traditionnel avec l’affirmation de La République en Marche et de La France Insoumise, structures articulées autour de leurs personnalités fondatrices.

Ce contexte ne permet pas en l’état un mouvement de recomposition des forces traditionnelles de gauche, d’autant plus que le processus de décomposition n’est selon vous pas encore arrivé à son terme.

Quel plus petit dénominateur commun lie encore les multiples formations qui se réclament de la gauche ? Le parti socialiste a-t-il laissé passer une occasion de clarifier sa ligne politique et d’éviter son éclatement ? L’affaiblissement des partis traditionnels est-il sain pour notre vie politique ? Assiste-on à la même remise en question du clivage droite / gauche dans d’autres démocraties comparables à la nôtre ? Que voulez-vous dire quand vous comparez la décomposition et la recomposition actuelles avec la situation de 1958 ?

Références

L'équipe

Philippe Meyer
Production
Luc-Jean Reynaud
Réalisation