Le roi Salmane d'Arabie saoudite
Le roi Salmane d'Arabie saoudite
Le roi Salmane d'Arabie saoudite ©AFP
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Résumé

Vladimir Poutine a repoussé sa visite à Paris prévue pour l'inauguration du centre spirituel et culturel russe // La communauté internationale a critiqué le dernier bombardement de l'aviation saoudienne sur la capitale du Yémen Sanaa

avec :

François Bujon de l'Estang (diplomate), Nicole Gnesotto (Historienne et politiste, titulaire de la chaire « Union européenne » au Conservatoire national des arts et métiers.), Michaela Wiegel (Correspondante à Paris du Frankfurter Allgemeine Zeitung), Thierry Pech (directeur général de Terra Nova).

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LA RUSSIE

Vladimir Poutine a annoncé le report de sa visite à Paris prévue le 19 octobre. Au nom de la pression « morale » que Paris entend exercer sur Moscou, ce report avait été envisagé publiquement par François Hollande. Si Jean-Marc Ayrault a déclaré ne déceler aucune « rupture ni complaisance » dans ce report, Sergueï Lavrov, son homologue russe, lui reproche d’avoir « quitté Moscou [le 6 octobre] pour rencontrer John Kerry et le jour d’après, [d’avoir] accusé la Russie de tous les péchés mortels [sans que] personne [n’ait] discuté avec [eux]. » Le porte-parole du Kremlin a par ailleurs déclaré que Vladimir Poutine était prêt à se rendre à Paris « à une date qui conviendra à François Hollande ».

Le 8 octobre, au Conseil de Sécurité de l’ONU, la Russie avait opposé son veto – le cinquième sur le dossier depuis 2011 – au texte français en faveur du cessez-le-feu en Syrie. La délégation russe avait par ailleurs proposé une résolution concurrente qui a été rejetée par neuf pays sur 15 (dont la France, le Royaume-Uni et les Etats-Unis) – la Chine, soutien traditionnel de la Russie, s’est abstenue. Tout en appelant à la fin des hostilités en Syrie, le texte russe ne faisait aucune mention de l’arrêt des bombardements en cours sur la ville d’Alep. John Kerry et Jean-Marc Ayrault ont dénoncés les « crimes de guerre » qui se déroulent en Syrie. « Nous avons tous en mémoire Guernica, Srebrenica, Grozny » a déclaré le ministre français, « ce qui se déroule à Alep est la répétition de cette tragédie ». Dimanche 9, Sergueï Lavrov dénonçait à la télévision russe « un changement fondamental dans la russophobie agressive » ; « il ne s’agit pas seulement de rhétorique » a-t-il souligné, mais cela se traduit par des « mesures agressives qui concernent nos intérêts nationaux et menacent notre sécurité ». Le 12 octobre, François Hollande et Angela Merkel ont à nouveau exhorté le président russe au cessez-le-feu en Syrie, lors d’une conférence téléphonique.

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Syrie est au carrefour d’intérêts stratégiques importants pour la Russie. Son territoire, qui concentre d’importants gisements gaziers et pétroliers, est central dans l’extraction et l’acheminement de ces ressources qui participent significativement à la conflictualité de la région car elles impliquent des intérêts nationaux antagonistes – régionaux, russes, européens et au-delà. L’économie russe, très dépendante des matières premières, est plongée dans la période de récession la plus longue depuis l’arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine. Le vice-ministre de la Défense Nikolaï Pankov a annoncé le 10 octobre que la base navale russe de Tartous, au Nord-Est de la Syrie, deviendra permanente.

L'ARABIE SAOUDITE

En Arabie saoudite, après la mort du roi Abdallah en janvier 2015, l’avènement de son demi-frère Salmane a été suivi d’un important remaniement gouvernemental marqué par le limogeage de deux fils d’Abdallah et par la nomination d’un des fils du nouveau monarque, Mohammed ben Salmane, au poste de ministre de la défense et de président du Conseil économique du royaume.

Le nouveau souverain fait face à plusieurs défis susceptibles de déstabiliser le royaume : l’économie du premier exportateur de pétrole est confrontée à une baisse très importante des prix du baril passé de 114 dollars en juin 2014 à environ 50 dollars ces derniers mois. Un plan visant à réduire la dépendance de Riyad à une rente finançant 90% des revenus de l’État a été présenté dans l’objectif de réduire le déficit budgétaire estimé à 98 milliards de dollars soit 15 % du PIB. Le gouvernement a également annoncé la mise en place d’une TVA, la vente de 5% de la compagnie pétrolière nationale Aramco et une baisse des salaires des fonctionnaires. Paradoxalement, l’Arabie saoudite n’est pas étrangère à la baisse des cours de l’or noir qu’elle a utilisé comme levier pour contrer l’accroissement de la production des huiles de schiste aux États-Unis et l’augmentation de la production de pétrole iranien.

La rivalité entre l’Arabie saoudite et l’Iran s’est imposée comme un élément clef de la géopolitique régionale. La dynastie des Saoud s’affirme comme le héraut des musulmans sunnites, forte de son statut de gardien des lieux saints, et redoute le retour de l’Iran chiite sur la scène internationale consacré par l’accord de janvier 2015 sur le nucléaire. Cette opposition irrigue le conflit syrien où l’Arabie saoudite soutient des groupes rebelles face aux forces du régime de Bachar El-Assad soutenues par Téhéran et le Hezbollah libanais. Elle a également provoqué l’intervention saoudienne dans la guerre civile yéménite où elle bombarde les rebelles chiites outhistes, qu’elle considère manipulés par l’Iran, depuis mars 2015.

L’interventionnisme brutal de l’Arabie saoudite ainsi que sa politique de diffusion du salafisme auprès des musulmans du monde a récemment provoqué des réactions des pays occidentaux : les relations avec son allié historique américain se sont continuellement dégradées depuis l’accord sur le nucléaire iranien alors que le Congrès a légalement autorisé les proches des victimes des attentats du 11 septembre 2001 à poursuivre les États impliqués dans le terrorisme. Après le bombardement du 8 octobre qui a causé la mort de plus de 140 civils, le Conseil national de sécurité américain a décidé de réexaminer son soutien à l’intervention saoudienne au Yémen et affirmé que cette coopération n’était pas « un chèque en blanc ».

Brèves

Philippe MEYER : Le fils, de Philipp Meyer (Le Livre de Poche, mars 2016)

François BUJON DE L'ESTANG : Dans la tête de de Vladimir Poutine, de Michel Eltchaninoff (Solin/Acte Sud, février 2015)

Nicole GNESOTTO : Revue Esprit d'octobre 2016 : Les États désunis d'Amérique

Thierry PECH : Intelligence du travail, de Pierre-Yves Gomez (Desclée de Brouwer, octobre 2016)

Michaela WIEGEL : Les réseaux du Kremlin en France, de Cécile Vaissié (Les Petits Matins, mars 2016)