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La politique étrangère russe

La Russie de Vladimir Poutine mène une politique étrangère expansionniste. Le dirigeant russe a réaffirmé son pays comme un acteur majeur de l’échiquier mondial, après des années d’effacement devant la superpuissance américaine. Moscou est aujourd’hui incontournable dans le règlement du dossier du nucléaire iranien et de la guerre civile syrienne. Le Kremlin n’hésite pas à défier les pays occidentaux à qui il reproche le renversement du régime libyen en 2011 et le soutien à l’indépendance du Kosovo en 2008. La même année, Moscou intervenait militairement en Géorgie pour soutenir l’indépendance de deux territoires séparatistes. C’est le même précédent du Kosovo que le Kremlin a invoqué lors du rattachement de la Crimée à la Russie, le 18 mars dernier. Ce jour-là, Vladimir Poutine déclarait qu’après la dissolution de l’URSS, la Russie était devenue « le plus grand pays divisé au monde » et qu’elle cherchait à restaurer l’unité du « monde russe ».

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La crise ukrainienne qui a débuté en décembre dernier est une conséquence de la volonté du Kremlin de reconstituer son pré carré, perdu avec la chute de l’URSS. L’effacement russe avait permis à l’OTAN d’avancer jusqu’aux frontières de la Russie et trois anciennes républiques soviétiques, les Pays baltes, ont intégré l’Union européenne en 2004. La Géorgie et l’Ukraine espéraient rejoindre l’Alliance atlantique, sans succès. De son côté, Moscou propose aux anciennes républiques soviétiques de rejoindre une Union eurasiatique à laquelle Kiev semblait préférer un accord de partenariat avec Bruxelles. C’est le rejet de ce partenariat européen, sous pression de Moscou, qui a déclenché la « révolution de Maïdan » qui à son tour a poussé les russophones de l’est du pays dans les bras du « grand frère » russe. Après la Crimée, c’est maintenant le Donbass, cœur industriel de l’Ukraine, qui menace de faire sécession, avec l’appui russe.

Moscou est très isolée sur la scène internationale. Les Occidentaux ont réagi par des sanctions politiques et économiques et ils ont interrompu leur coopération militaire avec la Russie. La bourse de Moscou a chuté mais la dévaluation du rouble n’a pour l’instant pas mécontenté la population, qui soutient très majoritairement l’action de Vladimir Poutine. Ce dernier a d’ailleurs reçu ce jeudi un large soutien lors de la « ligne directe » un marathon télévisé récurrent depuis 2001 au cours duquel le Chef d’Etat répond aux questions du public. De nombreux téléspectateurs l’ont remercié « pour la Crimée ». Le Président russe a comparé l’encerclement de l’OTAN à la progression d’une « tumeur cancéreuse » et il a ajouté « Nous pouvons nous-mêmes tous les étouffer, pourquoi avez-vous peur? ». Le même jour, une rencontre diplomatique entre la Russie, l’Ukraine, les Etats-Unis et l’Union européenne, a toutefois abouti à un accord « sur les étapes d’une désescalade ».

La situation intérieure de la Russie

En mars 2014, la popularité de Vladimir Poutine a atteint un niveau record. Selon le quotidien moscovite Vzgliad, 83% des personnes interrogées approuvent l’action du président, qui a été trois fois réélu depuis 2000. Premier ministre de 2008 à 2012, il a été réélu chef de l’Etat en mars 2012, dès le premier tour, avec 63% des voix. Le scrutin a été très contesté et la classe moyenne a défilé dans les grandes villes. Moscou avait déjà été le théâtre, quelques mois plus tôt, de manifestations de colère après les élections législatives de 2011, elles aussi probablement truquées. Mais le Kremlin n’a pas vacillé il pouvait d’ailleurs compter sur le soutien des villes moyennes et des campagnes. En 2013, la dissolution de la principale agence de presse officielle, Ria Novosti, a renforcé le contrôle de Vladimir Poutine sur les médias. Deux ans après son élection troublée, Vladimir Poutine est fort du succès des Jeux olympiques de Sotchi et de l’annexion de la Crimée.

Pourtant, la santé du pays n’est pas bonne. La Russie est 55ème au classement des pays selon l’indice de développement humain. Le taux de mortalité infantile est élevé, à 8.6 pour 1 000, quand il est à 3.6 pour 1 000 en France. L’espérance de vie culmine à 68 ans, contre une moyenne européenne de 80 ans. Elle est à 63 ans pour les hommes, frappés par un alcoolisme endémique. L’hémorragie démographique est néanmoins terminée. Les Russes n’étaient plus que 143 millions en 2009, cinq millions de moins qu’en 1991. La population augmente très légèrement depuis cinq ans.

Pour mener atteindre les objectifs de son troisième mandat, Vladimir Poutine comptait sur un rythme de croissance de 5 à 6%. Or la Russie est frappée par les maux communs aux pays émergents : ralentissement de la croissance, sortie des capitaux, affaiblissement de la monnaie. La crise ukrainienne et les menaces de sanction ont davantage fragilisé la confiance dans l’économie russe. Le 8 avril dernier, le vice-ministre de l’économie Andreï Klepatch, annonçait une prévision de croissance de 0,5 % pour 2014, soit deux points de moins que la prévision précédente. Andreï Klepatch prévoit d'augmenter la dépense publique et d'utiliser les excédents de revenus pétroliers pour stimuler l'investissement et financer le développement de la Crimée. Selon l’économiste russe Sergueï Gouriev, chercheur à Sciences Po, le régime de Poutine repose sur les bénéfices économiques qu’il redistribue à la population. Dans l’espoir de s’assurer le soutien populaire, le Kremlin adopte des solutions de court-terme. Pour Sergueï Gouriev « Tordre les règles budgétaires lui donnera un peu d'oxygène, mais il commence déjà à ressentir la douleur ». Car « si les Russes ne font pas attention au PIB ou au déficit budgétaire, ils connaissent « le taux du rouble et le prix du baril de pétrole ».

Invités

Sylvie KAUFFMANN, directrice éditoriale au Monde

Jean-Louis BOURLANGES, professeur à l'Institut d'Etudes Politiques de Paris

François BUJON DE L'ESTANG, ambassadeur de France

Max GALLO, romancier et historien

Brèves

Rémi Brague, Modérément moderne (Flammarion, mars 2014)

Prix Pulitzer 2014 remis au Guardian et au Washington Post, pour leur rôle dans l'affaire Snowden

Mona Ozouf, *Jules Ferry, La liberté et la tradition * (Gallimard, avril 2014)

François de Rose, Un diplomate dans le siècle (Fallois, mars 2014)

Références

L'équipe

Philippe Meyer
Production
Luc-Jean Reynaud
Réalisation
Jean Fabre-Mons
Collaboration