Publicité
En savoir plus
L'Esprit public au studio 106
L'Esprit public au studio 106
© Radio France - Adrien Naselli

LE PROJET DE REVISION CONSTITUTIONNELLE
Début février, les députés débattront du projet de révision constitutionnelle « *pour la protection de la Nation * » dévoilé en conseil des ministres le 23 décembre dernier.

Annoncé par le président de la République devant les parlementaires réunis en Congrès à Versailles après les attentats du 13 novembre, ce projet prévoit d’une part l’inscription dans la Constitution des conditions de déclaration et de prorogation de l’état d’urgence, et d’autre part la possibilité de déchoir de leur nationalité française tous les individus binationaux condamnés pour « crime constituant une atteinte grave à la vie de la Nation ».

Publicité

Pour modifier la Constitution par la voie législative, c’est-à-dire sans faire appel au référendum, le gouvernement devra s’appuyer sur les trois cinquièmes du Parlement, qui sera à cet effet réuni en Congrès avant début avril.

Le projet divise la gauche. Avant-hier, les commissaires socialistes de la commission des Lois se sont prononcés par seize voix contre 2 contre l'article du texte portant sur la déchéance de nationalité, et on estime qu’une centaine de députés socialistes pourraient s’abstenir si cet article était maintenu dans le texte final.

Certains d’entre eux prônent des alternatives : l’ancien ministre Benoît Hamon et le premier secrétaire du Parti socialiste (PS) Jean-Christophe Cambadélis plaident pour que les individus condamnés pour terrorisme soient frappés d’une peine d’ « indignité nationale », tandis que le président du groupe PS à l’Assemblée nationale Bruno Le Roux propose que la déchéance de nationalité puisse s’appliquer à tous les Français, y compris ceux ne détenant pas une autre nationalité. La ministre de la Justice Christiane Taubira s’est quant à elle publiquement opposée au projet, même si elle a annoncé qu’elle le porterait devant l’Assemblée nationale.

De son côté, Nicolas Sarkozy a déclaré que son parti Les Républicains (LR) voterait en faveur de la révision constitutionnelle. Il a toutefois posé quatre conditions, notamment que la déchéance de nationalité ne s’applique pas seulement aux auteurs de crimes, mais aussi aux auteurs de « *délits * » terroristes, et qu’elle prenne effet dès le prononcé de la peine, et non à son issue. Cette ligne a été adoptée par le bureau politique du parti qui s’est réuni mercredi dernier : 51 participants, dont Alain Juppé et Bruno Le Maire, ont voté pour, cinq contre et 2, enfin, se sont abstenus.

Selon un sondage Opinion Way pour Le Figaro , 85 % des Français seraient favorables à la proposition du chef de l'État à propos de la déchéance de nationalité, y compris 80 % des sympathisants socialistes.

LES RELATIONS ENTRE L’ARABIE SAOUDITE ET L’IRAN
L’Arabie saoudite estimait hier par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Abel al Joubeir, que l’Iran était seul responsable de l’escalade des tensions entre les deux pays. Il a déclaré que le gouvernement saoudien allait prendre « de nouvelles mesures » contre l’Iran à la sortie d’une réunion extraordinaire du Conseil de Coopération du Golfe. Les participants ont condamné, je cite, « l’ingérence de l’Iran dans les affaires nationales saoudiennes et dans la politique de la région » . De son côté, le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a dénoncé dans une lettre au secrétaire général des Nation unies, Ban Ki-moon, les « provocations » de Riyad.

Samedi 2 janvier, l’Arabie saoudite a exécuté 47 prisonniers condamnés à mort, dont Nimr al-Nimr, opposant notoire au régime sunnite et dignitaire religieux chiite écouté par une grande partie des Iraniens. Son exécution a déclenché une vague de protestations à Téhéran où l’ambassade d’Arabie saoudite, envahie pendant la nuit, aurait été mise à sac sans l’intervention de la police.

Riyad a immédiatement annoncé la rupture de ses relations diplomatiques avec Téhéran et sommé les diplomates iraniens de quitter le pays dans les 48 heures. Le Barheïn et le Soudan ont rapidement pris la même décision, tandis que les Émirats arabes unis ont rappelé leur ambassadeur à Téhéran et envisagent une réduction des liens diplomatiques. Durant toute la semaine, l’Iran a continué de manifester et accuse l’Arabie saoudite d’avoir riposté jeudi en bombardant l’ambassade d’Iran au Yémen, ce que Riyad a démenti. Si cette information n’est pas confirmée et si l’ambassade n’a pas été directement touchée, on sait que l’aviation saoudienne, qui mène une guerre pour soutenir le pouvoir yéménite et anéantir les rebelles chiites, s’est approchée plus près qu’à l’accoutumée. Les négociations de paix au Yémen, qui devaient reprendre dans les prochaines semaines, sont donc compromises.

Enfin, hier, l’Arabie saoudite a fait savoir qu’elle allait juger pour terrorisme quatre nouveaux prisonniers iraniens, ce qui entretien la colère en Iran. L’arrêt des relations diplomatiques compromet en outre la lutte contre Daech, dont le ministre des Affaires étrangères saoudien estime de toute façon que, je cite, « c’est la même chose que l’Iran » .

Vladimir Poutine a proposé de servir d’intermédiaire dans le conflit qui oppose les deux pays.

Brèves

Philippe MEYER a recommandé la lecture de la revue Books .

Sylvie KAUFFMANN : Zbigniew BRZEZINSKI, stratège de l'empire , de Justin VAÏSSE (Odile Jacob, 2016)

Jean-Louis BOURLANGES : Jacques RUEFF, un libéral français , de Gérard MINART (Odile Jacob, 2016)

François BUJON DE L'ESTANG : La pensée extrême de Gérard BRONNER (PUF, réédition avec une introduction de l'auteur, 2016)

Thierry PECH : Histoire de la violence d'Edouard LOUIS (Seuil, 2016)