Le 12 décembre, les habitants de Nouvelle-Calédonie votaient pour le troisième et dernier référendum d'auto-détermination sur l'indépendance du territoire.
Le 12 décembre, les habitants de Nouvelle-Calédonie votaient pour le troisième et dernier référendum d'auto-détermination sur l'indépendance du territoire. ©AFP - Théo Rouby
Le 12 décembre, les habitants de Nouvelle-Calédonie votaient pour le troisième et dernier référendum d'auto-détermination sur l'indépendance du territoire. ©AFP - Théo Rouby
Le 12 décembre, les habitants de Nouvelle-Calédonie votaient pour le troisième et dernier référendum d'auto-détermination sur l'indépendance du territoire. ©AFP - Théo Rouby
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La France compte 12 territoires d'Outre-Mer avec des statuts juridiques différents. Ce dimanche, les Calédoniens votent pour l'indépendance du pays. Il y a quelques semaines les Antilles s'embrasaient et Sébastien Lecornu prononçait le mot "autonomie" pour la Guadeloupe...

Avec
  • Thomas Gomart Historien des relations internationales, directeur de l’Institut français des relations internationales (IFRI).
  • Gérard Courtois Journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde
  • Thierry Pech Directeur général de Terra Nova
  • Sylvie Kauffmann Directrice éditoriale au journal Le Monde. Spécialiste notamment des questions internationales.

En 1853, la Nouvelle Calédonie a été colonisée par la France sur ordre de Napoléon III. Elle dispose d'un statut particulier de large autonomie sui generis instauré par l'accord de Nouméa de 1998. Les Kanaks, qui bénéficient de la citoyenneté française depuis 1946, revendiquent depuis plus d’un siècle leur droit à l’indépendance. C'est la première communauté de la Nouvelle Calédonie. Ce dimanche 12 décembre, les Calédoniens sont appelés aux urnes pour le troisième et dernier référendum sur l'indépendance de l'archipel. Un référendum qui sera suivi d'une période transitoire jusqu'au 30 juin 2023, quel que soit le résultat.

L'indépendance de la Nouvelle-Calédonie?

Deux référendums ont déjà eu lieu les 4 novembre 2018 et 4 octobre 2020, remportés par les pro-France avec 56,7% des voix (taux de participation de 80%) puis seulement 53,3% (taux de participation de 85,6 %). La question posée était « voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » Au sortir du 3ème référendum, de nouvelles relations entre la Nouvelle-Calédonie et la France devront nécessairement être tissées au cours d’une période de transition de dix-huit mois, du 13 décembre 2021 au 30 juin 2023. L’État français sera alors tenu par une obligation constitutionnelle d’ouvrir une négociation politique. 

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L'autonomie aux Antilles ?

Barricades, pillages, incendies... Pendant plusieurs semaines, la Guadeloupe et la Martinique ont été secouées par un mouvement émaillé de violences. Né de la contestation face à l'obligation vaccinale des soignants, les protestations s'inscrivaient dans un climat social tendu depuis plusieurs années. Ces contestations ont découlé sur des revendications politiques et sociales, notamment contre la vie chère. Face aux pillages, l'État a choisi la "fermeté" et envoyé des renforts de policiers et de gendarmes et un couvre-feu a été instauré. Fin novembre, le ministre de l'Outre Mer, Sébastien Lecornu, a affirmé que le gouvernement était "prêt" à évoquer la question de l'autonomie si cela pouvait permettre de "résoudre les vrais problèmes du quotidien des Guadeloupéens". Mais il a ajouté "l'autonomie, ce n'est certainement pas l'indépendance : elle  existe déjà pour certaines collectivités à des degrés divers, le modèle le plus poussé étant la Polynésie". Le gouvernement avait également indiqué qu'il repoussait au 31 décembre la mise en œuvre de l'obligation vaccinale des soignants et pompiers.  Autre annonce : la création de « 1.000 emplois aidés pour les jeunes »  en Guadeloupe, département où 34,5 % de la population vit au-dessous du  seuil de pauvreté national. Depuis quelques jours, la situation semble redevenue calme.

La richesse de nos territoires d'Outre-Mer

Une autonomie de la Guadeloupe évoquée par Sébastien Lecornu qui pourrait tenter les autres territoires d'Outre-Mer. Or ces territoires sont une richesse économique pour la France. 10,2 millions de kilomètres carrés d’espaces maritimes, répartis sur tous les océans, permettent à la France d’être la deuxième puissance maritime mondiale. 1,4 million de kilomètres carrés reviennent directement à la Nouvelle-Calédonie, qui assure (avec Wallis-et-Futuna et la Polynésie française) la présence bleu-blanc-rouge dans le Pacifique. Perdre la Nouvelle-Calédonie, ce serait aussi pour la France faire une croix sur sa présence et son influence dans toute la zone du Pacifique Sud. Depuis le Brexit, la France est le dernier pays de l’Union européenne présent dans le Pacifique. Conserver une présence en Nouvelle-Calédonie, c'est donc continuer de contrer l'expansion chinoise dans la région quand on voit ce qui se passe dans les eaux Indo-Pacifique et les affrontements sino-américain. La Nouvelle Calédonie, c'est aussi de nombreuses ressources minérales, comme le nickel, dont l'économie calédonienne est le berceau mondial. Cet ingrédient, pèse pour 90% des exportations de la Nouvelle-Calédonie et représente plus d’un emploi sur cinq. L’archipel abrite environ 25% des réserves mondiales de ce minerai, utilisé pour fabriquer l’acier inoxydable et les batteries des voitures électriques. Un marché en pleine expansion et dont le leader mondial n’est autre... qu'une entreprise chinoise.

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