Bureau de vote ©Getty
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Résumé

Il sont 6 293 candidats à se présenter aux législatives. Des élections cruciales pour le Président car sans majorité absolue, il lui sera difficile de mettre en œuvre ses promesse de réforme. Face à lui, l'omniprésence de Jean-Luc Mélenchon, alors que Marine Le Pen joue la carte de la discrétion.

avec :

Monique Canto-Sperber (Philosophe, directrice de recherche au CNRS, ancienne directrice de l’ENS et ancienne présidente de l'université Paris sciences et lettres (PSL), auteure de plusieurs ouvrages de philosophie antique et philosophie morale contemporaine), Bertrand Badie (Politiste, spécialiste des relations internationales), Gérard Courtois (journaliste, ancien chroniqueur au quotidien Le Monde), Hubert Védrine (diplomate, ancien ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement Jospin et ancien secrétaire général de la présidence de la République sous François Mitterrand).

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Par rapport à 2017, le nombre total de candidats est en baisse de 20%. Parmi eux, 44% de femmes. 441 sortants briguent un nouveau mandat.

Selon le dernier sondage Elabe pour BFM, l'Express et SFR, publié mercredi 1e juin, la Nupes devance Ensemble ! d'une courte tête au 1e tour des législatives : l'alliance des gauches concentre 25% d'intentions de vote, la majorité présidentielle 24,5%, tandis que le RN en réunit 22%. Au 2ème tour, la majorité absolue n'est pas assurée pour Ensemble !, mais elle semble illusoire pour la Nupes : les sondeurs laissent espérer à Jean-Luc Mélenchon autour de 180 députés au maximum, loin des 289 élus nécessaires pour imposer une cohabitation. Pourtant Jean-Luc Mélenchon se voit en Premier ministre. Sitôt le second tour de l’élection présidentielle plié, et avant même que l’alliance des gauches ne voit le jour, il avait appelé les Français à “l’élire Premier ministre” aux législatives (fort de ses 22% de voix au premier tour de l'élection présidentielle).

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À gauche, l'alliance et la personnalisation du scrutin

Pour espérer obtenir une majorité aux législatives et imposer une cohabitation à Emmanuel Macron, le chef de la France Insoumise a créé une alliance politique entre plusieurs partis de gauche en vue des élections législatives des 12 et 19 juin. Selon cet accord, LFI présentera des candidats dans 330 circonscriptions sur 577. Le pôle écologiste (EELV, Génération Ecologie, Génération.s...) présentera 100 candidats, le PS sera présent dans 70 circonscriptions et le PCF dans 50 circonscriptions. En cas de victoire aux législatives, la Nupes a prévu de porter Jean-Luc Mélenchon au poste de Premier ministre. La Nupes a présenté le 7 mai un "programme partagé de gouvernement" comptant 650 mesures (comme la retraite à 60 ans, le blocage des prix, la VIe République ou la planification écologique) et quelques divergences, notamment sur le nucléaire ou l’Europe (la désobéissance à certaines règles communautaires).

Autour de la Nupes, un homme est omniprésent, Jean-Luc Mélenchon. Le but : éviter la démobilisation de ses partisans, et même créer une dynamique. car les partis de gauche n’ont que 70 députés sortants, dont 17 insoumis, Mais l'inconvénient c'est que cette personnalisation à outrance peut susciter en retour une mobilisation des électeurs effrayés par la perspective de l’arrivée de Mélenchon à Matignon.

Alliance également du côté de la majorité présidentielle

Même stratégie du côté de la majorité présidentielle avec la création de la confédération Ensemble, qui regroupe notamment LREM, le MoDem et Horizons. Avec son parti Horizons, Édouard Philippe convoitait 140 circonscriptions, il en obtient pour le moment 58. Le MoDem en aura entre 100 et 110, et le reste ira à "Renaissance" (anciennement LREM). Ces forces politiques espèrent faire aussi bien qu’en 2017​, quand LREM avait remporté 350 sièges sur 577.

A droite pas d'alliance

A l'extrême droite, l'accord entre Debout la France et les Patriotes permet à ses candidats souverainistes d'être présents dans 427 circonscriptions. Reconquête parvient à présenter des candidats dans 551 circonscriptions, le rassemblement national est présent dans 567 circonscriptions. Le président de Reconquête!, Éric Zemmour, s’est lancé dans la bataille des élections législatives et brigue la 4e circonscription du Var. Lui qui a longuement prôné une alliance à droite, a fustigé la stratégie du Rassemblement national qui présente un candidat face à lui. Marine Le Pen est candidate à sa réélection dans la 11ᵉ circonscription du Pas-de-Calais mais s'est faite discrète depuis sa défaite à la présidentielle. Et elle ne se fait pas d'illusion : elle ne cherche pas à obtenir une majorité à l'Assemblée nationale. Mais, depuis quelques jours, elle mobilise ses militants pour décrocher un groupe parlementaire et estime que "ce serait un déni démocratique" si le Rassemblement national n’obtenait pas de groupe à l’Assemblée nationale après les élections législatives.

Enfin, le parti Les Républicains présente 542 candidats. Ce parti dispose d’une centaine de députés sortants qui pour la plupart cachent le logo les Républicains. Ils n’ont pas de leader national à mettre en avant. Pour sauver leur peau, ils misent sur leur notoriété, leur ancrage local, parfois en jouant d’une certaine ambiguïté vis-à-vis d’Emmanuel Macron, pas franchement pour mais pas totalement contre non plus.

Ces ministres qui jouent leur poste

15 ministres sont en lice pour les élections législatives des 12 et 19 juin, soit plus de la moitié du gouvernement. Mais Emmanuel Macron l’a rappelé : les perdants lors du scrutin devront quitter leurs fonctions au gouvernement. Parmi les profils à risque, Clément Beaune, Stanislas Guerini, Olivier Dussopt et Amélie de Montchalin ou encore Damien Abad (affaibli par les accusations de viol émises par deux femmes). Reste Elisabeth Borne qui se présente pour la première fois face aux électeurs dans la 6e circonscription du Calvados. Emmanuel Macron y a fait de bons scores au premier et au second tour de la présidentielle.

Un précédent il y a 15 ans, Alain Juppé quitte le gouvernement

Le 17 juin 2007, le numéro deux du gouvernement de François Fillon, Alain Juppé, encore marqué par son exil canadien provoqué par l’affaire des emplois fictifs de la Mairie de Paris, avait dû démissionner de ses fonctions de ministre d’Etat après sa défaite aux élections législatives dans la 2e circonscription de la Gironde. Il aura été le "moins durable des ministres du développement durable" (un mois), comme le raconte dans son livre Impressions et lignes claires (JC Lattès, 2021) l’ex-Premier ministre Edouard Philippe, qui était à l’époque conseiller spécial de cette figure de la droite.

Références

L'équipe

Patrick Cohen
Production
Luc-Jean Reynaud
Réalisation
Anne-Claire Bazin
Collaboration