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François Dosse : Castoriadis Une vie (La Découverte) / Revue Politique étrangère , Été 2014 Dossier Ukraine : premières leçons, et Kurdistan(s) (Ifri)

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Avec cette biographie c’est toute une tranche relativement méconnue de la vie intellectuelle et politique française de la deuxième moitié du XXe siècle qui refait surface. François Dosse se demande comment un intellectuel ayant exercé une telle influence, que Pierre Vidal-Naquet considérait comme un « génie » ou Edgar Morin comme un « Titan de l’esprit » soit resté aussi confidentiel et ignoré par l’université. Pour expliquer ce paradoxe, il avance plusieurs hypothèses. Philosophe, théoricien d’un socialisme antitotalitaire, psychanalyste, son œuvre diverse apparaît inclassable. En outre, il fut l’un des tout premiers à dénoncer la bureaucratie soviétique à une époque où le Parti communiste français jouissait d’un grand prestige dans les milieux intellectuels, et dans les années consécutives à l’après-68 il s’est trouvé confronté à une crise de l’espérance révolutionnaire et à un repli de l’individu sur la sphère privée, un contexte peu favorable à la diffusion de sa pensée. Mais on peut ajouter qu’il appartient à cette catégorie d’intellectuels qui exercent une influence souterraine, touchant leurs pairs plutôt que le grand public. Et c’est l’écho de cette influence qui s’est répandu au-delà du cercle de ses lecteurs les plus fidèles. Même ceux qui ne l’ont pas lu connaissent la revue Socialisme ou Barbarie et le groupe qui l’a fondée.

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Son projet d’anthropologie globale, qui articule philosophie et psychanalyse, sujet individuel et émancipation collective avait pourtant de quoi séduire et pour une grande part il demeure un horizon pour la pensée. Dans l’un de ses livres les plus connus – L’institution imaginaire de la société – il croise l’analyse historienne et l’approche psychanalytique, et sa critique du matérialisme historique débouche sur l’étude du rôle de l’imaginaire politique dans la formation des institutions qui structurent la vie sociale. Ce sillon restera la ligne directrice de sa pensée. Le séminaire qu’il anime dès son élection acquise en 1979 à l’École des hautes études en sciences sociales porte sur « le social-historique et l’imaginaire social ». Dans le public, aux côtés de quelques personnalités, un jeune thésard d’origine grecque comme lui témoigne : « Son séminaire avait un côté banquet socratique au sens d’un savoir qui est en train de s’élaborer, très vivant grâce à sa maïeutique ». Travaillant sous la direction de Milan Kundera qui lui a conseillé de découvrir Castoriadis, cet étudiant n’est autre que Lakis Proguidis, qui lancera en 1993 une revue désormais bien installée dans le paysage : L’Atelier du roman .

Socialisme ou Barbarie fut d’abord un groupe avant d’être une revue. Dans le sillage de leur engagement critique et constamment discuté au Parti communiste internationaliste, d’obédience trotskiste, Castoriadis et Claude Lefort décident en 1949 de doter d’un organe d’expression et de diffusion la tendance qu’ils ont formée au sein du parti avec quelques autres. Dans le contexte de la guerre froide, l’allure quelque peu apocalyptique de son titre traduit la conviction de ses animateurs de se trouver au seuil d’un troisième conflit mondial. Dans cette situation la marge est étroite pour ouvrir une perspective socialiste qui ne soit pas inféodée au monde soviétique. « Partis de la critique de la bureaucratie, nous sommes parvenus à formuler une conception positive du contenu du socialisme » affirme Castoriadis dans la dixième livraison de la revue. Cette conception oscillera entre pouvoir des conseils ouvriers fédérés et autogestion. Une notion prend forme dans ce creuset, qui sera capitale dans sa pensée, celle de l’autonomie comme condition de l’approfondissement démocratique. Et la revue accorde une large place aux témoignages de la résistance ouvrière, en France et dans le monde, notamment anglo-saxon.

Une telle revendication de démocratie directe ne pouvait que séduire les jeunes contestataires de mai 68, d’autant que son promoteur avait prévu l’élargissement de la base ouvrière de la révolution aux intellectuels et aux jeunes. Mais lorsqu’éclate le mouvement, la revue a cessé de paraître depuis un an alors même qu’elle avait le mieux anticipé les événements, notamment en rendant compte de la contestation étudiante aux Etats-Unis. Elle figure cependant en bonne place dans la cour de la Sorbonne occupée et Castoriadis sonne le rappel de ses troupes pour produire un texte d’analyse à chaud de la révolte en cours. On a beaucoup glosé sur l’influence des situationnistes mais un témoin et acteur de premier ordre, Daniel Cohn-Bendit, a confirmé le rôle prépondérant de Socialisme ou Barbarie dans l’armature idéologique des contestataires et même dans le déclenchement de l’insurrection. Au cours d’un débat public avec Castoriadis en 1981, il fera l’aveu de sa gêne d’avoir à parler après lui en confiant : « je me trouve un peu dans la situation d’un marxiste qui aurait passé des années à lire Marx et qui, un soir, se trouve discuter avec Marx. »

Jacques Munier

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Les éditions du Sandre publient les Écrits politiques de Cornelius Castoriadis. Il s’agit d’une œuvre politique qui couvre plusieurs milliers de pages, élaborée durant plus d’un demi-siècle, et où sont abordés quelques-uns des problèmes essentiels de la société dans laquelle nous vivons.

« Comment résumer, comment synthétiser une aussi formidable aventure intellectuelle qui s’exprima dans tant de livres et d’articles […]. Jaurès avait placé son Histoire socialiste sous le signe de Marx, de Michelet et de Plutarque, on pourrait, quitte à être réducteur, placer l’oeuvre de Castoriadis sous le triple signe de Thucydide, de Marx et de Freud. » (Pierre Vidal-Naquet)

La Question du mouvement ouvrier T1,

Écrits politiques1945-1997, I.

La Question du mouvement ouvrier T2,

Écrits politiques1945-1997, II.

tome 1
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Enrique Escobar, Myrto Gondicas, Pascal Vernay, (éd), Quelle démocratie? - Tome 1 et 2 , Paris, Editions du Sandre, 2013.

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Revue** Politique étrangère** , Été 2014 Dossier Ukraine : premières leçons, et Kurdistan(s) (Ifri)

http://politique-etrangere.com/

2 points chauds de la planète à quelques heures de vol de Roissy… A propos de l’Ukraine, Iouri Iakimenko et Mikhaïl Pachkov rappellent dans leur contribution ces propos de Poutine lors de son investiture en 2012 : « L’avenir historique de l’Etat dépend de notre capacité à devenir les leaders et le centre d’attraction de toute l’Eurasie ». Comme l’attractivité de la Russie ne semble pas s’imposer d’évidence, le maître du Kremlin alterne menaces et expéditions guerrières, hier en Géorgie ou en Moldavie, aujourd’hui en Ukraine