Ce n’est qu'au XIXe siècle que la ponctuation est fixée, une normalisation qui va de pair avec celle de l’orthographe.
Ce n’est qu'au XIXe siècle que la ponctuation est fixée, une normalisation qui va de pair avec celle de l’orthographe.
Ce n’est qu'au XIXe siècle que la ponctuation est fixée, une normalisation qui va de pair avec celle de l’orthographe. ©Getty -  Thomas Hertwig / EyeEm
Ce n’est qu'au XIXe siècle que la ponctuation est fixée, une normalisation qui va de pair avec celle de l’orthographe. ©Getty - Thomas Hertwig / EyeEm
Ce n’est qu'au XIXe siècle que la ponctuation est fixée, une normalisation qui va de pair avec celle de l’orthographe. ©Getty - Thomas Hertwig / EyeEm
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Résumé

Dans L’entretien infini, Maurice Blanchot définissait les signes de ponctuation comme « des signes qui sont des modes d’espace et qui font de l’espace un jeu de rapports où le temps est en jeu ».

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Première partie : Peter Szendy  : À coups de points. La ponctuation comme expérience (Minuit)

Dans L’entretien infini, Maurice Blanchot définissait les signes de ponctuation comme "des signes qui sont des modes d’espace et qui font de l’espace un jeu de rapports où le temps est en jeu". Et il est vrai que la forme la plus élémentaire de ponctuation est l’espace, le blanc ménagé entre les mots pour les distinguer et que l’on considère comme un caractère dans le comptage du nombre de signes qui forment une page. C’est aussi la plus ancienne forme de ponctuation, dans l’Antiquité elle n’existait pas, le régime étant à la scriptio continua . La trace fossile de l’oralité dans le texte écrit, et de la respiration du lecteur, du temps où la transmission se faisait par la lecture à haute voix, ne finira par se matérialiser dans le corps du texte qu’au Moyen Age.

C’est relativement tard que les écrivains se sont appropriés ce qui au départ était une affaire d’imprimeurs. Déjà Rabelais se plaint de son éditeur, Etienne Dolet, qui multiplie à plaisir et sans discernement les virgules dans son texte. Mais c’est bien après, avec la généralisation de la lecture silencieuse et l’apparition des premiers romans au cours du XVIIe siècle que le besoin se fait ressentir, pour mettre en scène un texte plus polyphonique, comprenant des dialogues de plus en plus nombreux, de codifier l’art de la ponctuation. Car on a compris, comme Nicolas Beauzée, rédacteur de 135 articles de grammaire dans l’Encyclopédie, que "les signes de la ponctuation, comme les repos de la voix servent à déterminer le sens". Et c’est au XIXe siècle que l’on procède à la normalisation de la ponctuation, qui va de pair avec celle de l’orthographe, consacrant ainsi sa fonction grammaticale et syntaxique qui supplante sa fonction respiratoire, liée à l’oralité. Aujourd’hui émoticônes et autres smileys viennent réaliser le rêve du biographe de Molière, Jean-Léonor Le Gallois, sieur de Grimarest, qui écrit en 1707 : "Il serait à souhaiter que l’on eût encore admis dans notre langue des Points de commandement d’ironie de mépris d’emportement d’amour & de haine de joie & de douleur : la lecture en serait beaucoup plus aisée."

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À réécouter : De l'usage des points de suspension

A partir de là Peter Szendy élargit la focale et laisse s’envoler la perspective, c’est la ponctuation comme expérience ontologique. La science postulée de cette expérience, la stigmatologie , du grec stigma qui est l’équivalent du latin punctum, embrasse du regard littérature et musique, philosophie et psychanalyse, cinéma, typographie et web-culture. C’est que, comme on peut l’entendre dans le mot, il y a du stigmate dans cette expérience et l’on aurait facilement pu développer aussi du côté de la christologie. Le verbe grec stizein, d’où vient stigma, signifie piquer, tatouer, marquer d’une empreinte et même contusionner, couvrir d’ecchymoses. D’où le titre du livre réjouissant et caracolant de Peter Szendy : A coups de point, parce qu’il s’intéresse à tous les "effets ponctuants" partout où ils apparaissent.

La musique notamment est très présente dans la réflexion du philosophe qui est aussi musicologue. Ici plus nettement qu’ailleurs la ponctuation impulse le rythme, l’élément essentiel de cette forme de langage. Mais là comme ailleurs tout est affaire de mesure, dans tous les sens du terme. Peter Szendy évoque la critique nietzschéenne de "l’hyperponctuation du phrasé wagnérien" qui, écrit Nietzsche, "laisse proliférer l’infinitésimal jusqu’à ce qu’il retire au tout sa sève", en quoi il voit une "forme de dégénérescence de la rythmique …" ou "une trop grande maturité du sens du rythme". "L’hyperponctuation du phrasé wagnérien, c’est le devenir-blette de la rythmique" conclut l’auteur.

À réécouter : Extension du domaine des objets

Seconde partie. Revue Dissonances n°25 

Une revue pluridisciplinaire "à but non objectif", revue littéraire thématique et semestrielle, consacrée pour cette livraison à l’organe qui construit la limite entre le soi et le non-soi. 21 textes déclinent cette épaisseur de vécu : "la peau n’oublie pas, la peau raconte" – nous dit Alban Lécuyer dans son édito – elle contient et absorbe l’inexplicable, on y surprend nos intimités restées inscrites dans la matière" comme une cicatrice ancienne. Et l’on reparle de ponctuation avec le rêve de Frédéric Le Moigne d’être tatoué, "quelques points d’entame dans la couenne", ou avec les "49 pores" de Julien Boutonnier. Lily Brooks, dans "Ce qu’il y a de plus profond" nous remet en mémoire cette pensée de Paul Valéry : "la profondeur, c’est la peau"

Références

L'équipe

Jacques Munier
Production
Geneviève Méric
Collaboration