France Culture
France Culture
Publicité
En savoir plus

Kostas Nassikas, Emmanuelle Prak-Derrington, Caroline Rossi (dir.) : Fabriques de la langue (PUF) / Revue **Le français aujourd’hui ** N°178 L’enseignement des lettres et le numérique (Armand Colin)

LFA
LFA
PUF
PUF

Kostas Nassikas, Emmanuelle Prak-Derrington, Caroline Rossi (dir.) : Fabriques de la langue (PUF)

Publicité

L’ouvrage rassemble les contributions de spécialistes ayant une relation de travail avec le langage : des linguistes, bien sûr, mais aussi des psychanalystes, des écrivains et des philosophes, d’où son titre, qui évoque l’atelier ou l’usine, Fabriques de la langue . Les interventions sont regroupées suivant trois axes : la question de la transmission et de l’apprentissage de la langue, celle du transfert dans la cure psychanalytique et celle de la création littéraire et poétique. S’y ajoute la question ouverte de l’origine du langage, dont Saussure disait qu’elle n’est pas distincte de celle de ses transformations et qui gravite également dans cet horizon industrieux.

Le livre s’ouvre sur le texte d’André Green, qui nous a quittés au début de cette année. Sur la relation de la psychanalyse et des théories du langage, il constitue une lourde charge contre Lacan, sous l’impulsion duquel, pense-t-il, la psychanalyse française « a fait fausse route ». « Il est enfin temps de redresser la barre », dit-il et pour cela de commencer à prendre en compte les différences entre la langue de naissance de la psychanalyse, on pourrait dire sa langue maternelle qui est l’allemand et la langue française, reconnue pour sa précision et sa clarté, qui ne sont pas nécessairement des qualités pour la pensée psychanalytique, plus soucieuse de complexité et d’inquiétante étrangeté, comme l’a si bien montré Georges-Arthur Goldschmidt dans ses deux livres sur Freud et la langue allemande. Par ailleurs les Allemands n’idéalisent pas autant leur langue que les Français. Il reste que dans la cure analytique tout passe par les mots – ou leur absence – même si André Green rappelle cette curieuse pratique des débuts de la psychanalyse qui consistait à poser les mains sur le front du patient, créant ainsi un contact corporel inaugural sans doute destiné à faciliter la retraite ultérieure du praticien dans le contre-transfert ou dans le silence. Freud avait d’ailleurs souligné la relation de la parole au corps et aux affects, ce qui n’empêchera pas Lacan de considérer le langage comme une sorte de laboratoire d’explorations scientifiques, ce qui s’accorde mal avec le fait, établi depuis longtemps par les linguistes, que le langage n’est pas un instrument de vérité. La fameuse découverte lacanienne selon laquelle l’inconscient est structuré comme un langage reposerait sur « des analogies superficielles » inspirées par le structuralisme de Lévi-Strauss et par quelques exemples tirés du Mot d’esprit , de L’interprétation des rêves ou de la Psychopathologie de la vie quotidienne . Et cette théorie repose sur le postulat, inacceptable pour un linguiste, de la séparation du signifiant et du signifié.

D’après Green, Lacan, entraîné par ses options en faveur de la science, voulait ignorer la première des six fonctions du langage énoncées par Jakobson, la fonction émotionnelle, qui est l’élément où se déploie la parole poétique, dans laquelle la langue se transforme et se recrée sans cesse, adossant aux signes familiers les métamorphoses du sens. C’est également cette fonction émotionnelle qui est activée dans la voix et l’intonation, éléments charnels de la parole. A mi-chemin du geste et du mot, la voix est – je cite André Green – « une fenêtre sur le monde intérieur, en particulier sur la vie affective. Le diagnostic de dépression se fait sur la voix pour un psychanalyste ». Et il paraît que le nourrisson réagit au son de la voix de sa mère, même enregistrée à l’envers. C’est cette prégnance de la voix qui enclenche le processus mimétique à l’origine de l’apprentissage de la langue chez les enfants, un phénomène étudié dans ce livre par les linguistes Caroline Rossi et Aliyah Morgenstern. Celle-ci montre à quel point la fabrique de la langue chez l’enfant est aussi une fabrique du sujet – ce qui pourrait rendre rétrospectivement justice à Lacan – et elle illustre cette construction mimétique par l’usage du mot « non », que l’enfant retourne à ses parents comme une affirmation de soi après qu’il ait si souvent signifié une entrave à sa liberté. Caroline Rossi insiste quant à elle sur les gestes qui font signe, comme celui de désigner un objet en le pointant du doigt, une ébauche de communication pour faire place au mot, ou comme elle dit « une porte d’entrée dans le signe ». Or c’est précisément ce geste déictique (du grec deixis qui signifie l’acte de montrer) qui serait pour Cassirer à l’origine de la formation du langage. Désigner une place, ici ou là, serait le point de départ du langage, un peu comme si la parole était un geste fossile. La linguiste relève également la perte qu’occasionne l’acquisition du langage par rapport à la richesse phonétique du babil, une observation corroborée par les études des phonéticiens qui constatent une disparition de l’extraordinaire variété des sons produits par les tout petits avant l’apprentissage de la langue. En somme, tout se passe comme si une sorte d’aptitude babélienne à parler dans toutes les langues s’effaçait au profit de l’acquisition d’une seule d’entre elles. On peut donc considérer que, lorsque comme des nains nous apprenons à parler, nous rejouons à chaque fois la grande histoire de l’origine des langues.

Pour évoquer cette difficile question de l’origine en linguiste, Michel Arrivé a trouvé un biais adapté. C’est par le truchement du récit de la création du monde, la Genèse, qu’il aborde l’histoire des premiers mots – des noms d’animaux, pour l’homme. Pour Dieu, ce fut, au commencement, la lumière. Vous vous souvenez, « Dieu *dit * : Que la lumière soit. Et la lumière fut ». Il faut croire que la langue dans laquelle ces mots furent prononcés avait un sacré pouvoir performatif.

Jacques Munier

Revue Le français aujourd’hui N°178 L’enseignement des lettres et le numérique (Armand Colin)

L’enseignement et, du point de vue des élèves, l’apprentissage de la lecture et des lettres à l’heure de l’ordinateur, des objets nomades, des tableaux blancs interactifs, des environnements numériques de travail et des réseaux sociaux : comment tirer un profit pédagogique des nouvelles technologies de l’information et de la communication sans basculer dans la dispersion ou ouvrir le champ à une école buissonnière aux dimensions subitement décuplées, d’autant que les nouvelles générations d’élèves sont nées dans ces nouvelles technologies et les maîtrisent parfaitement

Pratiquer un enseignement plus collaboratif que transmissif et une réalité nouvelle : le « collectuel », mot valise formé par collectif et individuel qui exprime cette nouvelle ressource qui conjugue les expressions individuelles et collectives

Avec au sommaire un retour sur l’objet livre et les mutations qu’a connu le système de transmission du savoir depuis les Lumières par Roger Chartier

Et ce que nous apprennent en retour les nouvelles technologies sur l’apprentissage de la lecture (Emmanuel Fraisse et Jean-François Rouet)