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Lauric Henneton : Histoire religieuse des Etats-Unis (Flammarion) / La revue des revues N°48 (Entrevues)

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Lauric Henneton : Histoire religieuse des Etats-Unis (Flammarion)

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Au terme d’une enquête approfondie qui débute en Avignon avec ce que Pierre Chaunu appelait « la crise de la structure supérieure de l’Eglise visible » et se poursuit avec les épisodes mouvementés de la Réforme en Angleterre pour retracer près de quatre siècles d’histoire religieuse aux Etats-Unis, l’auteur se demande ce qui reste aujourd’hui du puritanisme des Pères fondateurs de la nation américaine. Les congrégationalistes qui débarquèrent en 1620 à bord du Mayflower et instituèrent à Plymouth leur utopie biblique de communauté spirituelle autonome font désormais partie de la United Church of Christ et ne représentent qu’une petite minorité des protestants américains, même si leur fidèle le plus connu n’est autre que Barack Obama. Il est vrai qu’à cette terre d’immigration continue, toutes les religions ou presque se sont arrimées : les divers courants du protestantisme, le catholicisme des Irlandais, puis des Italiens et des Polonais, aujourd’hui des Latinos, le judaïsme, l’orthodoxie, les religions orientales et l’islam, avec les immigrés du Moyen-Orient ou du sous-continent indien, mais aussi les mouvements noirs des années 60 et 70. De ce point de vue, l’âge d’or des puritains semble bien relégué dans l’histoire lointaine, mais l’importance du fait religieux dans la culture américaine et jusque dans la politique, où la moralité d’un candidat à la Maison Blanche est jugée à l’aune de sa pratique religieuse, laquelle peut donc difficilement se soustraire à l’espace public, cela peut être versé au crédit de l’influence qu’ont exercée les premiers colons.

Les chiffres qui attestent l’importance de cette pratique ont de quoi faire rêver n’importe lequel de nos évêques en Europe. Une grande enquête nationale publiée en 2008 révélait que 92% des Américains se disent croyants, 71% absolument convaincus de l’existence de Dieu – peut-être se sentent-ils encouragés en cela par la devise portée depuis 1956 sur le billet vert, « In God We Trust » – 39% déclarent assister à un office religieux au moins une fois par semaine, trois quarts d’entre eux croient dur comme fer à l’existence du paradis, et 59% à celle de l’enfer. Des chiffres à rapporter à ceux de l’érosion subie par la pratique de la religion catholique dans un pays où elle est pourtant majoritaire comme la France. Dans les années 50, 25% des catholiques déclarés suivaient la messe tous les dimanches et seulement 4,5% aujourd’hui. Une enquête réalisée en 2008-2009 auprès des candidats à une assistance médicale à la procréation révélait que plus de 90% des catholiques déclarés, hommes et femmes, ignoraient complètement les préceptes de l’Eglise dans ce domaine. Ne parlons pas des dogmes, l’incarnation ou la trinité, seuls 53% des catholiques français pensent que Dieu existe et ils ne sont que 10% à ajouter foi à la résurrection des morts. On comprend que les Américains regardent de travers cette vieille Europe en voie de complète sécularisation, où est né le socialisme et où a retenti le cri « Dieu est mort ».

Pourtant, c’est bien d’elle qu’est venu l’esprit qui souffle encore aujourd’hui sur la nation à la « destinée manifeste », et notamment de ces courants inspirés par la « devotio moderna », un courant mystique qui s’est développé en marge de l’Eglise et qui plaçait l’individu au cœur de la relation au divin, faisant de la quête du salut une affaire personnelle et non plus collective, orchestrée par un culte pesant et baroque. Lauric Henneton relève les nombreux aspects qui apparentent cette nouvelle pratique de la foi à la piété puritaine. Il retrace l’histoire de la Réforme en Angleterre, qui a suivi ses chemins propres mais qui s’est accordée à l’humanisme renaissant, rappelant au passage que l’édition critique du Nouveau Testament par Erasme, un modèle de philologie humaniste, avait été concoctée à Cambridge entre 1511 et 1514. On connaît l’importance de l’Ecriture dans la piété protestante, sa version anglicane et en particulier puritaine. Plus royalistes que le roi, les puritains voulaient « purifier » le protestantisme anglais de ses derniers éléments papistes, c’est pourquoi on les a appelé ainsi, d’une manière péjorative. Finalement contraints à l’exil, d’abord aux Pays Bas, puis en Amérique, ils feront alliance avec des investisseurs, dont certains étaient puritains, et des compagnies commerciales pour s’implanter outre-Atlantique. Ces colons exemplaires, sobres et industrieux inspiraient confiance et promettaient de bons retours sur investissement. L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme trouveront sur les terres américaines leurs plus fructueuses affinités.

Mais sait-on seulement que cette histoire aurait pu être catholique ? Car les catholiques anglais formèrent aussi le projet de s’installer loin d’Angleterre pour pouvoir vivre leur foi en paix, harcelés qu’ils étaient à cause de leur position en porte-à-faux entre la loyauté à la couronne et leur allégeance au pape, toujours considérés comme séditieux en puissance et soumis à des lois de plus en plus dures contre les « récusants ». Le projet échoua dans un naufrage au large de Terre-Neuve et sous l’effet des pressions espagnoles car on considérait qu’il reviendrait à affaiblir, voire à anéantir le christianisme romain au Royaume Uni, alors que les persécutions, en bonne logique martyrologe, n’avaient fait qu’accroître le nombre des fidèles.

L’histoire détaillée de la christianisation du pays, de la multiplication des courants et des sectes, le quiétisme et l’égalitarisme absolu des quakers, le rôle de la religion dans la prohibition de l’alcool et les effusions pentecôtistes, tout cela est retracé dans le détail et l’auteur conclut que, si les puritains auraient certainement vu d’un bon œil la « religion du cœur » qui caractérise les évangéliques, « on n’ose en revanche imaginer leur réaction face aux effusions caractéristiques des cultes pentecôtistes actuels ».

Jacques Munier

La revue des revues N°48 (Entrevues)

Histoire et actualité des revues

Côté histoire retour sur une revue qui à Alger en 1946 et 47 fit le lien entre deux cultures et entre écrivains français et arabes, une revue dirigée par Emmanuel Roblès, Louis Julia et El Boudali-Safir, la revue Forge

Les quarante ans d’art press (Catherine Millet, Jacques Henric)

Les 20 ans de Trafic, la revue de cinéma qui reste liée au nom de Serge Daney (et de Jean-Claude Biette)

Un dossier sur les revues de sciences humaines (notamment Christophe Prochasson EHESS et Jean Ferreux Téraèdre Cultures et société)

Références

L'équipe

Jacques Munier
Production
Didier Pinaud
Collaboration